Depuis le début de la saison, le Real Madrid brille en Ligue des Champions mais balbutie son football en championnat. Pour certains observateurs, l'amalgame a été vite fait entre la présence et l'absence de Zinedine Zidane. Le Français est suspendu pour les compétitions européennes. Il n'a pas joué à Rome voici quinze jours, ni contre le Lokomotiv Moscou la semaine dernière, et n'affrontera pas davantage Anderlecht. Ni ce soir au stade Santiago Bernabeu, ni dans quinze jours au Parc Astrid. D'aucuns en ont rapidement conclu que le Dream Team madrilène était plus fort sans le stratège français.
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Depuis le début de la saison, le Real Madrid brille en Ligue des Champions mais balbutie son football en championnat. Pour certains observateurs, l'amalgame a été vite fait entre la présence et l'absence de Zinedine Zidane. Le Français est suspendu pour les compétitions européennes. Il n'a pas joué à Rome voici quinze jours, ni contre le Lokomotiv Moscou la semaine dernière, et n'affrontera pas davantage Anderlecht. Ni ce soir au stade Santiago Bernabeu, ni dans quinze jours au Parc Astrid. D'aucuns en ont rapidement conclu que le Dream Team madrilène était plus fort sans le stratège français. Un déséquilibre dans l'entrejeuAprès les premiers matches de championnat, fort décevants, du Real Madrid, un doigt accusateur s'est également porté sur Claude Makelele et Flavio Conceiçao, les deux demis défensifs à qui l'on a reproché de ne pas avoir su s'adapter au jeu de Zizou. Ils s'en défendent. "Le principal problème du Real Madrid actuellement n'est pas de trouver la meilleure place de Zidane, mais de parvenir à exercer une pression plus constante sur l'adversaire", affirment-ils de concert. "Les critiques qui nous accablent sont injustifiées. Nous donnons le maximum à chaque match, nous n'arrêtons pas de courir durant 90 minutes. Malheureusement, les lignes sont très espacées et il reste toujours des trous. Courir sans cesse derrière le ballon est très fatiguant, mais c'est indispensable". Le début de championnat hésitant du Real Madrid a soulevé pas mal de questions et certains s'ingénient à trouver des coupables. C'est que le Real Madrid n'a pas le droit d'échouer au cours de cette saison où il fêtera son centenaire. Il faudra payer très cher le droit de faire partie de ce Dream Team. Si les premières critiques ont été formulées à l'égard de Claude Makelele et Flavio Conceiçao, c'est parce que l'arrivée de Zinedine Zidane les a affectés au premier plan. Le Français et le Brésilien souffrent du déséquilibre engendré par l'absence d'un demi gauche, ce flanc étant l'apanage quasiment exclusif de Roberto Carlos. Le même problème, en quelque sorte, que celui que rencontre Anderlecht sur le flanc droit lorsqu' Alin Stoica est aligné devant deux demi défensifs. "Je ne pense pas que l'arrivée de Zinedine Zidane ait modifié beaucoup de choses", tempère Flavio Conceiçao. "Si l'équipe ne trouve pas ses marques en championnat, ce n'est pas uniquement en raison d'un déséquilibre dans l'entrejeu. Beaucoup de joueurs, dans tous les compartiments, sont obligés de couvrir beaucoup de terrain. Pour notre part, Claude et moi effectuons surtout un travail de récupération. Il nous est très difficile de nous mêler aux actions offensives, car le risque est trop grand de dégarnir le compartiment arrière. Nous ne pouvons pas non plus exercer un pressing trop important sur le porteur du ballon, car si l'adversaire déjoue le piège, il aura quasiment un boulevard devant lui. Je pense toutefois qu'avec le temps, nous parviendrons à corriger toutes ces imperfections". Claude Makelele et Flavio Conceiçao s'époumonnent donc durant 90 minutes pour tenter de combler les brèches laissées par les montées de Roberto Carlos et l'absence d'un véritable demi gauche. Cette débauche d'énergie se révèle souvent inutile.Les montées de Roberto CarlosVicente Del Bosque s'est déjà occasionné quelques sérieux maux de tête en essayant d'intégrer Zinedine Zidane dans son équipe sans démanteler son système en 4-2-3-1 qui lui avait valu tellement de satisfactions la saison dernière. Le Real Madrid se trouve actuellement engagé dans un processus de transformation de son système de jeu, rendu obligatoire par l'arrivée de Zizou. Le stratège français n'était pas le joueur dont Vicente Del Bosque avait le besoin le plus urgent, mais on ne laisse évidemment pas un footballeur d'un tel talent sur le banc. C'est aux autres à s'adapter. Alors que la période de préparation, propice aux essais, est arrivée à son terme, la solution idéale n'a pas encore été trouvée. Si l'équation principale que Vicente Del Bosque doit résoudre est liée à l'intégration du Français dans son dispositif, il doit aussi constater que son "quatre" arrière se réduit en un "trois" arrière lorsque Roberto Carlos se sent des envies de débordement. Fernando Hierro ne peut plus compter, dans ce cas, que sur Michel Salgado (ou Geremi) à sa droite et sur Karanka à sa gauche pour faire face aux assauts adverses. D'aucuns estiment que le capitaine n'est plus assez rapide pour assurer, seul, la couverture de la défense lorsqu'elle se trouve opposée à des attaquants rapides. Lui aussi se défend : "On a souvent critiqué la défense. A cause de sa prétendue lenteur, certains observateurs affirment qu'elle est le talon d'Achille de l'équipe. Pourtant, les chiffres démontrent que le Real Madrid possédait la saison dernière la deuxième défense d'Espagne, derrière Valence. Laissons dire. Malgré notre début de championnat laborieux, aucun doute ne s'est emparé de l'équipe. Il ne sert à rien de dramatiser, il faut se retrousser les manches, c'est tout. La saison dernière, nous avions également commencé le championnat sur un mode mineur. Cela ne nous avait pas empêché d'être champion. En ce qui me concerne, ma mise en train n'est pas plus laborieuse que les années précédentes. De toute façon, je ne dresse le bilan qu'en fonction de l'équipe, pas sur un plan individuel. Nous avons mal commencé le championnat, mais ce n'est pas une raison pour passer aussi brutalement de l'euphorie à la crise. La présence de Zinedine Zidane attire tous les regards. Qu'on cesse de se focaliser sur lui! Un seul joueur ne peut pas modifier toute une équipe. Il est faux de prétendre que nous jouons plus mal depuis qu'il est là. C'est ridicule. En théorie, nous devrions être meilleurs. Mais il faut être patient. Laissons-lui le temps de s'adapter. Nous, les joueurs, sommes très contents qu'il soit là, car c'est un garçon exceptionnel qui, sur le plan humain, s'est remarquablement intégré. Ce qui est vrai, c'est que cette année, la pression est plus forte que jamais. Cela s'est ressenti dès la période de préparation. Mais il faut garder la tête froide. Nous avons besoin de sérénité. Qu'on nous laisse travailler! Cette saison, tout sera plus difficile qu'avant. L'incorporation de Zizou n'est pas une garantie de faire main basse sur tous les trophées mis en jeu". Helguera plus important que ZidaneLe poste d'arrière droit pose également un problème. Michel Salgado est considéré comme l'un des maillons les plus faibles de la chaîne. Lors du match au Betis Séville, il avait d'ailleurs cédé sa place à Geremi, sans que cette modification ne puisse éviter une deuxième défaite en championnat. Et que dire du jeu de Zinedine Zidane lui-même? Le Français constitue la référence dans l'équipe madrilène, dont il est la plaque tournante. Mais il doit avoir du soutien. Jusqu'à présent, il n'en a trouvé ni derrière lui -Claude Makelele et Flavio Conceiçao doivent trop s'époumonner à combler les brèches pour pouvoir lui être d'une grande utilité sur le plan offensif-, ni devant lui. Avec Luis Figo à sa droite, et Raul en soutien d'attaque, mais avec un seul attaquant de pointe ( Guti ou Morientes), le Français ne trouve pas assez de solutions pour lancer un joueur en profondeur. Par conséquent, il tergiverse en cherchant des appuis. Ses adversaires en profitent pour mettre la pression sur lui et lui faire perdre le ballon. Face à tous ces problèmes, il se peut que Vicente Del Bosque en revienne à un 4-4-2 plus traditionnel. Il l'a déjà tenté au Betis Séville, sans succès cependant.Fabio Capello, l'entraîneur de l'AS Rome qui a également dirigé le Real Madrid précédemment, estime que l'absence d' Ivan Helguera (sur la touche en raison d'une fracture au pied) est plus préjudiciable que celle de Zinedine Zidane dans le dispositif madrilène. "Ivan Helguera est un footballeur exceptionnel, une pièce fondamentale dans le dispositif du Real Madrid", estime-t-il. "Il est capable de verrouiller le compartiment arrière mais aussi d'inscrire l'un ou l'autre but lorsqu'il s'autorise une montée. Son absence est fortement ressentie dans les rangs madrilènes. Zinedine Zidane, dans un autre style, est un footballeur exceptionnel lui aussi. Lorsqu'il n'est pas là, le niveau technique du Real Madrid est moins élevé, même si l'équipe est peut-être mieux équilibrée. Ses rouages s'emboîtent plus facilement. J'admire Zidane, c'est un footballeur précieux qu'il convient d'utiliser de la meilleure façon qui soit, mais il est encore en pleine phase d'adaptation actuellement. Son remplaçant, en Ligue des Champions, trouve plus facilement ses partenaires parce qu'il les connaît mieux. L'adaptation de Zizou n'est qu'une question de temps". L'attente est démesuréeJorge Valdano, le directeur sportif du Real Madrid, se veut rassurant lui aussi. Il veut mettre fin à la polémique qui entoure la présence ou l'absence de Zidane. "Le stratège français est, individuellement, ce que le Real Madrid est collectivement. A savoir, l'un des joueurs qui jouissent du plus grand prestige au niveau international. A ce titre, il doit être l'un de ceux qui résistent le mieux à la pression et à la critique. Humainement, c'est un type formidable, un homme au grand coeur et assorti d'un grand sens des responsabilités. Je ne doute pas un seul instant qu'il marquera l'histoire du Real Madrid de son empreinte. J'espère simplement qu'il sera épargné par les blessures". Et d'ajouter: "En cette saison marquant le centenaire du club, nous affichons de grandes ambitions. C'est la même équipe que celle qui a remporté le championnat d'Espagne la saison dernière, renforcée par l'un des meilleurs joueurs du monde. Il n'y a aucune raison que cela n'aille pas aussi bien".Emilio Butragueño, ancien footballeur mythique du Real Madrid devenu le bras droit de Jorge Valdano, abonde dans ce sens. "Avec Zinedine Zidane, il se produit actuellement le même phénomène que lors de l'arrivée de Luis Figo la saison dernière. L'attente est démesurée. Je crois que le Français a lui-même été surpris par l'enthousiasme que son transfert a déclenché et par toutes les sollicitations dont il a été l'objet. Il est normal que les spectateurs n'aient pas encore vu Zizou à l'oeuvre sous son meilleur jour. Il découvre un nouvel environnement, une nouvelle ville, une nouvelle équipe. Inutile de s'inquiéter, il lui faudra simplement un peu de temps pour s'adapter. Lorsque ce sera fait, l'équipe disposera d'options offensives encore plus nombreuses que par le passé". Il est clair que tout ce qui se réfère au Real Madrid est magnéfié. L'arrivée de Zinedine Zidane a provoqué une attente surdimensionnée chez les supporters et les médias. La barre a été placée très haut. Chacun s'est imaginé que l'équipe était devenue invincible et qu'elle signerait un véritable récital lors de chaque match. On ne voyait aucun rival susceptible de s'opposer à la domination des Madrilènes, que ce soit en Espagne ou en Europe. Le Dream Team a fait rêver beaucoup de personnes. Le retour à la réalité a été brutal. Pourtant, il n'y a pas encore péril en la demeure. Le Real Madrid n'a fait qu'entamer au petit trot un chemin qui s'annonce fort long. Daniel Devos, avec ESM