Six semaines... Pour des acteurs dont ce sera incontestablement le rendez-vous le plus important de la saison, le temps de gestation entre la demi-finale et la finale de la Coupe de Belgique s'écoule avec la lenteur des grains d'un sablier
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Six semaines... Pour des acteurs dont ce sera incontestablement le rendez-vous le plus important de la saison, le temps de gestation entre la demi-finale et la finale de la Coupe de Belgique s'écoule avec la lenteur des grains d'un sablier "La plupart des joueurs de La Louvière en seront à leur première participation", dit Davy Cooreman, le meneur de jeu des Loups. "Siquet, Olivieri, Teelen et moi avons déjà eu la chance de fouler la pelouse du Heysel. Pour ma part, c'était avec le Cercle de Bruges: nous nous étions inclinés 2-1 face au Club qui, comme cette saison, était champion. Nous avions même mené 0-1 mais nous n'avions pu résister à la pression. J'ai encore participé à la campagne européenne qui a suivi: nous avions été éliminés au premier tour par un club norvégien où évoluait Tore Andre Flo. Nous l'avions emporté 3-2 chez nous mais ce fut 4-0 au retour".Davy Cooreman: Nous avons perdu 1-2 chez nous et 2-1 là-bas mais, à chaque fois, nous aurions pu prétendre à mieux. Ce furent toujours des matches très serrés et je suis certain d'une chose: en finale, ce ne sera pas 3-0 ou 4-0. Je vais peut-être vous surprendre: le potentiel de St-Trond n'est pas tellement supérieur au nôtre. Son meilleur classement, il le doit peut-être à son réalisme car si nous nous créons beaucoup d'occasions, nous ne parvenons pas à les mettre au fond. A Mouscron, nous nous sommes présentés trois ou quatre fois devant le but: nous aurions dû marquer au moins une fois. C'est un problème qui ne date tout de même pas d'hier. Comment se fait-il qu'il ne soit pas encore résolu?Il ne faut pas oublier que nous sommes privés depuis longtemps de Tilmant, un type qui travaille énormément devant et fait preuve d'opportunisme. Je n'aime pas chercher d'excuses mais celle-ci tient la route car nos autres attaquants sont très jeunes. Si pour les médians, qui sont chargés de les alimenter, c'est parfois un peu frustrant, il faut être patient car ils ont du potentiel. Nous avons aussi essayé d'autres solutions, avec un système de jeu différent mais les résultats n'ont pas été plus probants pour autant. C'est un sujet délicat et je suppose qu'avant la finale contre St-Trond, notre entraîneur saura faire son choix en fonction de l'analyse de nos qualités ainsi que de celles de l'adversaire.Cette finale ne déchaîne pas les passions: on parle de coupe en chocolat, on dit qu'on pourrait jouer sur le parking du Heysel. N'est-ce pas frustrant?Pas du tout. Jusqu'ici, tout le monde s'est focalisé sur le championnat. Maintenant que les verdicts sont tombés, on va commencer à parler de la Coupe. Bien sûr, ce n'est pas Bruges-Anderlecht mais nous n'avons pas volé notre place en finale. Nous avons tout de même éliminé Genk et le Standard.Le président de La Louvière a même dit qu'il n'aimerait pas gagner la Coupe, que ce serait mieux que le Standard joue en Coupe d'Europe.Je n'ai pas lu ces déclarations mais, quand je vois la joie qui était la sienne après nos matches contre Genk ou le Standard, j'ai un peu de malà imaginer qu'il ait réellement dit cela. D'un autre côté, c'est lui qui connaît l'épaisseur de son portefeuille. Moi, je vous donne mon point de vue de joueur et je peux vous dire que nous avons tous travaillé pour atteindre cette finale.Difficile de préparer une finale de Coupe lorsque l'enjeu du championnat a disparu depuis longtemps?C'est une saison très bizarre, en effet. Et ce n'est pas bon pour le football dans son ensemble. En Israël, le club qui ne dépose pas une garantie bancaire en début de saison ne peut prendre part au championnat. On est au moins sûr que chaque club ira jusqu'au bout. Ici, plus personne ne s'y retrouve et le jeu est faussé. Malgré cela, nous sommes proches de l'objectif de 35 points que nous nous étions fixé en championnat. J'espère que ce ne sera pas une raison pour lever le pied en vue de la finale car ce serait un mauvais calcul. Et puis, nous sommes professionnels, il y a des primes en jeu et nous avons intérêt à gagner le plus de rencontres possibles."On apprend trop par la presse"Des joueurs en fin de contrat, il y en a partout. A La Louvière un peu plus qu'ailleurs, sans doute. Toutefois, ce qui me dérange, c'est que toutes les discussions transpirent beaucoup trop, alors que nous avons encore un objectif important. On parle beaucoup trop peu de football, même si je comprends que chacun songe à son avenir.Didier Ernst a pointé l'absence de dialogue entre les joueurs et la direction.Je pense qu'il a raison. La direction se soucie énormément de l'avenir du club et la communication avec les joueurs en souffre. Nous apprenons beaucoup de choses par les journaux. C'est dommage.De votre côté, vous respirez la forme. Il n'en a pas toujours été ainsi cette saison.J'ai raté les deux premiers mois à cause des problèmes d'obtention de ma licence. J'étais très nerveux car cela m'empêchait de bien m'intégrer au groupe et je craignais de devoir retourner en Israël. Pas que je ne m'y sois pas amusé, au contrairetant l'insécurité était devenue trop importante. Les problèmes administratifs à peine réglés, j'ai été victime d'une déchirure musculaire. Je pouvais difficilement imaginer pire. Finalement, j'ai saisi ma chance après l'hiver. Et ces derniers temps, c'est vrai, j'ai inscrit des buts et tenté de marquer les matches de mon empreinte.On a même parlé de transfert raté.Evidemment. Je n'apportais pas ce que l'on attendait de moi et les gens ne voient bien souvent que le résultat, ils oublient d'où on vient, ce que l'on a vécu.Qui vous a aidé?L'entraîneur, qui m'a rendu une chance; mon épouse, qui m'a dit de continuer à croire en mes capacités; et moi-même, qui n'ai pas laissé tomber les bras. J'ai prouvé que, contrairement à ce que l'on pouvait penser de moi, j'avais du caractère. C'est quelque chose que j'ai appris en Israël. Là, j'ai vu des types portés en triomphe après un match mais descendus en flamme la semaine suivante. Un international macédonien transféré à grands coups d'annonces médiatiques est un jour parti sous la protection de la police. Le lendemain, il a abandonné tout ce que le club lui devait, à condition qu'on lui rende sa liberté."Je ne suis pas un dandy"On classe beaucoup les gens par étiquette, en Belgique. Et on accorde souvent plus d'importance à vos défauts qu'à vos qualités. Mais je viens de disputer mon 200e match de D1 et je ne crois pas que cela soit possible si on n'a pas un minimum de caractère.A l'image de Lemoine ou Van Geneugden, on a un peu l'impression que vous êtes passé à côté d'une plus grande carrière.J'ai eu la chance de jouer dans de grands clubs, notamment à La Gantoise. C'est vrai que, quand on est jeune, on commet des erreurs. J'étais trop impulsif. On ne peut pas revenir en arrière mais, hormis un ou deux, mes entraîneurs ont toujours cru en moi. Voici trois ans, j'ai prouvé qu'ils avaient raison: j'étais meilleur buteur d'Alost. Je ne suis donc pas si mécontent de ce que j'ai obtenu jusqu'à maintenant. Et ma carrière n'est pas finie. Il me reste encore quelques belles années.Si vous étiez né dix ans plus tard, vous auriez pu tenter votre chance dans le football hollandais, qui vous aurait peut-être mieux convenu.C'est quelque chose qu'on me dit souvent mais je n'en sais rien: je n'y ai jamais joué. C'est comme quand on prétend que j'aurais pu faire une plus belle carrière: possible, cela reste quand même un point d'interrogation.Etiez-vous étonné qu'après votre séjour en Israël, on pense encore à vous en Belgique?Non. A vrai dire, je ne m'étais même jamais posé la question. Lorsqu'Alost a connu ses premiers problèmes financiers, j'ai suscité l'intérêt d'Utrecht. Ils sont venus me voir trois ou quatre fois puis plus rien. Les Israéliens, eux, n'ont pas traîné et j'ai tenté le coup car, financièrement, c'était intéressant. J'ai signé sans arrière-pensées parce que j'ai appris qu'en football, mieux vaut vivre au jour le jour. Et je suis plutôt un optimiste.Vous songez à votre reconversion?Un peu, évidemment. A partir du mois de septembre, j'aimerais pouvoir suivre les cours d'entraîneurs, même si je sais que c'est un métier où la concurrence fait rage. Mais le football est toute ma vie, je n'ai rien connu d'autre depuis l'âge de sept ans et j'aimerais rester dans ce domaine.Patrice Sintzen"J'ai été aidé par trois personnes: Jacobs, mon épouse et moi-même""Quelle saison bizarre..."