C'était le temps des règlements de compte, des barons de la drogue et des statistiques écrites en rouge sang. De Medellin, on ne connaissait que cela. Et un nom, celui de Pablo Escobar, sans doute le plus grand parrain de la drogue en Colombie, tué en 1993. Depuis lors, la ville panse ses plaies. Elle n'a plus la réputation d'être la ville la plus dangereuse du monde, même si elle n'en est pas pour autant devenue la plus sûre. Elle a introduit des transports publics et ouvert des écoles dans les quartiers les plus pauvres et les plus dangereux. Cette idée a p...

C'était le temps des règlements de compte, des barons de la drogue et des statistiques écrites en rouge sang. De Medellin, on ne connaissait que cela. Et un nom, celui de Pablo Escobar, sans doute le plus grand parrain de la drogue en Colombie, tué en 1993. Depuis lors, la ville panse ses plaies. Elle n'a plus la réputation d'être la ville la plus dangereuse du monde, même si elle n'en est pas pour autant devenue la plus sûre. Elle a introduit des transports publics et ouvert des écoles dans les quartiers les plus pauvres et les plus dangereux. Cette idée a permis à la 2e ville de Colombie de se régénérer. Le tout en conservant sa propre identité, quelque peu mise à mal par des années de peur et de haine. Car Medellin est un peu à part. Il y a d'abord cette spécificité géographique (cette montagne qui cerne la ville). Il y a aussi le caractère de ses habitants, ceux que l'on nomme les paisas (les paysans), fiers d'avoir été colonisés par des Basques et non des Espagnols. Et puis, il y a le derby, le clasico paisa. Le plus chaud de Colombie. Avec d'un côté, le DIM, le Deportivo Independiente Medellin, le plus vieux club de la ville qui a fêté son centenaire en 2013. De l'autre, l'Atletico Nacional, fondé en 1947, et depuis les années 70, une des forces du football colombien (13 titres). A eux deux, ils résument toute l'identité de la ville. Depuis la création de l'Atletico Nacional, Independiente a longtemps vécu dans l'ombre de son rival, se contentant d'une pléthore de surnoms romantiques. Quand on parle du DIM, on parle en effet du Poderoso de la Montana (la puissance de la montagne), de l'Equipo del Pueblo (l'équipe du peuple), du Rey de Corazones (le roi des coeurs) ou du Decano (l'ancêtre). Du côté des Verdolagas (le nom d'une plante verte de la région d'Antioquia), le nombre de trophées acquis (le second club le plus titré en Colombie) et un statut d'intouchable acquis en 1989 lorsque l'Atletico Nacional, composé uniquement de joueurs colombiens, devint le premier club du pays à remporter la CopaLibertadores parlent d'eux-mêmes. Entre les deux, une vision du football différente mais une rivalité acérée, d'autant plus forte que les deux clubs évoluent dans le même stade, l'Estadio Anatasio Girardot. Les noyaux durs de chaque club ont leur propre emplacement dans le stade et pas question d'y empiéter lorsque leur club respectif ne joue pas à la maison. Reste enfin quelques histoires. Celles qui forgent les légendes. Comme le titre du DIM en 2002, après 45 ans de disette. 45 années raillées par les supporters de l'Atletico Nacional. Longtemps, le DIM a en effet semblé maudit. Comme en 1989. Alors que le DIM dominait le championnat, celui-ci fut arrêté après l'assassinat d'un juge de ligne. La Fédération ne décerna pas le titre. Maudit Independiente. PAR STÉPHANE VANDE VELDE