CONTRER, UNE SECONDE NATURE

Le contre passe trop souvent pour l'arme des " faibles " qui attendent l'erreur adverse pour frapper sournoisement. Mais l'Atlético est passé maître dans l'optimalisation des transitions offensives. Le but marqué par Griezmann à l'Allianz Arena est une action typique des Colchoneros, au moment où l'équipe de Simeone subit un véritable raz-de-marée d'attaques allemandes :
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Le contre passe trop souvent pour l'arme des " faibles " qui attendent l'erreur adverse pour frapper sournoisement. Mais l'Atlético est passé maître dans l'optimalisation des transitions offensives. Le but marqué par Griezmann à l'Allianz Arena est une action typique des Colchoneros, au moment où l'équipe de Simeone subit un véritable raz-de-marée d'attaques allemandes : Godin renvoie le long ballon de Boateng et trouve Gabi (1er appui). Pressé, le capitaine joue directement pour Koke (1er soutien). Griezmannrepère l'espace libéré et se projette pour servir de point d'ancrage un cran plus haut (2e appui) à la transmission de Koke. Pour ne surtout pas interrompre l'action, Torres (2e soutien) se propose à Griezmann, reçoit sa remise de la tête et met le Français sur orbite, seul à la rencontre de Neuer. Ce but illustre l'importance de cette notion d'appui-soutien pour casser les lignes bavaroises en une seule passe, avec des réponses intelligentes proposées à chaque échelon, avec ou sans ballon. L'Atlético actionne ce type de pressing durant le premier quart d'heure de chaque mi-temps. Systématiquement, ses joueurs ferment l'axe pour orienter et presser sur les côtés. En 4-4-2, les deux attaquants jouent le rôle de " rabatteurs " pour orienter la passe du central adverse vers son latéral tout en fermant la possibilité d'une remise vers le central (course de Griezmann). L'autre attaquant contrôle le 6 adverse, et cette situation est le point de départ du pressing. Le piège est tendu : Saul " ferme " le latéral gauche, tandis que Gabi, par sa course, interdit le jeu intérieur. Dissuadé de prendre des risques, le central adverse n'aura pour seule solution qu'un long ballon facilement récupérable par les Colchoneros. Lors de ces phases, le bloc adverse s'étire naturellement, et laisse la possibilité de contre-attaquer une équipe déstructurée grâce à la verticalité des courses de Griezmann ou Carrasco, qui permettent de creuser la profondeur et d'arriver rapidement dans les 16 mètres. Peu importe le score, la fin du pressing haut agressif laisse souvent la place à un 4-1-4-1, pour deux raisons : il est impossible de tenir physiquement ce pressing tout au long d'un match, et la qualité de l'opposition en C1 oblige à quadriller sa propre moitié pour neutraliser le secteur offensif adverse. La polyvalence des joueurs fait que l'équipe n'a pas besoin d'un changement pour modifier son système. Pour rendre la possession adverse stérile, la gestion des intervalles est cruciale. L'idée est de placer un joueur qui sort de position dans la ligne de passe qui mène du central (3) au milieu offensif (10). L'espace est couvert par le très intelligent Gabi juste devant sa défense, et évite à Godin de devoir sortir de l'axe. Ce système permet également une distance entre le latéral (ici, Luis) et son opposant direct beaucoup plus courte que dans une animation défensive " classique. " Cela permet une sortie rapide au pressing pour empêcher l'ailier de prendre de la vitesse en se retournant. Le concept de " sacrifice " a été mis en exergue par l'Atlético durant toute cette campagne. L'individu sert l'équipe et le collectif le lui rend, voilà une phrase chère à Simeone. Ces performances divisent, certains vantant l'état d'esprit pendant que d'autres n'y voient qu'un football hyper-défensif, rugueux et anti-sportif qui a eu raison des footballs plus " romantiques " du Bayern et du Barça. Au-delà de ces jugements de valeur, Simeone prouve que cette vision du football ne s'épuise pas aussi vite que le disent les idées reçues. En général, la sollicitation mentale et physique est tellement exigeante que les joueurs ne tiennent pas le coup sur le long terme. Mais à Madrid, c'est différent. Grâce à un recrutement ciblé et indépendant de l'âge des joueurs (arrivé cet hiver, Fernandez a 30 ans), le club parvient à poursuivre son projet en perdant chaque saison des éléments-clés (Courtois, Costa, Miranda, ...). La progression individuelle des recrues est souvent spectaculaire. Le tandem formé par Griezmann et Carrasco, est le prolongement de la marque de fabrique du club, réputé pour faire éclore des attaquants redoutables (Hasselbaink, Forlán, Agüero, Falcao, Costa). Assisté du fidèle German Burgos, Simeone tire la quintessence de son groupe au travers d'une méthodologie d'entraînement basée sur un véritable sens de l'apprentissage. Plus qu'un manager/coach, c'est un formateur dans l'âme, qui n'hésite pas à " enseigner ", à " élever " ses joueurs afin de répondre aux attentes tactiques liées à chaque situation de match. C'est ainsi que de jeunes défenseurs comme Gimenez ou Hernandez peuvent disputer des rencontres de très haut niveau sans décevoir malgré leur manque d'expérience. Pour faire taire définitivement ses détracteurs, quoi de mieux pour El Cholo et son armée que d'affronter leur meilleur ennemi dans un San Siro qu'il connaît par coeur depuis ses années interistes ? Zizou est prévenu... PAR ALEX TEKLAKL'individu sert l'équipe et le collectif le lui rend, voilà une phrase chère à Diego Simeone.