Nous sommes le 31 décembre 2018. L'Athletic Bilbao, la fierté footballistique du Pays basque, pointe à la 18e place en championnat et il semble arriver au bout d'une série unique. Jamais encore le club n'a été rétrogradé. Il en est alors à sa 88e saison consécutive en Primera Liga, un record qu'il partage avec le Real Madrid et le FC Barcelone. Le mercato hivernal débute quelques heures plus tard et le club doit tenter de se renforcer mais c'est tout sauf évident pour l'Athletic.
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Nous sommes le 31 décembre 2018. L'Athletic Bilbao, la fierté footballistique du Pays basque, pointe à la 18e place en championnat et il semble arriver au bout d'une série unique. Jamais encore le club n'a été rétrogradé. Il en est alors à sa 88e saison consécutive en Primera Liga, un record qu'il partage avec le Real Madrid et le FC Barcelone. Le mercato hivernal débute quelques heures plus tard et le club doit tenter de se renforcer mais c'est tout sauf évident pour l'Athletic. L'argent ne manque pourtant pas. Le club a 200 millions d'euros sur son compte en banque et peut obtenir 90 millions de plus si nécessaire. Mais il est lié à une tradition : il ne peut aligner que des footballeurs nés au Pays basque ou des joueurs ayant rejoint la région très jeunes et ayant été formés par un club basque. L'Athletic cultive toujours cette pureté, même si de jeunes Basques attirent de plus en plus les grands clubs européens. Mais pour enrôler un joueur de San Mamés, encore faut-il débourser le montant stipulé par le contrat. Le club ne négocie pas, comme le Bayern l'a constaté lors de l'été 2012, quand il a voulu transférer Javi Martinez. " Cette clause de 40 millions est excessive, nous proposons 23 millions. " Le président Josu Urrutia s'est moqué de l'offre d' Uli Hoeness. " Parfait, il peut continuer à jouer ici. " Quelques semaines plus tard, le Bayern s'acquittait des 40 millions... Bilbao n'a pas davantage marchandé pour les transferts d' Ander Herrera (Man United, 37 millions), Aymeric Laporte (Man City, 65 millions) et Kepa Arrizabalaga (Chelsea, 80 millions). " Nous préférons conserver nos joueurs ", a réagi Urrutia, frustré de voir ses meilleurs éléments s'en aller, saison après saison. " Ils oublient que c'est grâce à notre philosophie qu'ils ont pu devenir pros. Si le club avait déploré autant de départs dans le passé, il aurait sans doute opté pour une autre voie. " Comme ses voisins de la Real Sociedad, qui ont attiré à San Sebastian le premier joueur non-basque, John Aldridge (Liverpool), en 1989. Aucun président de l'Athletic n'a jamais osé proposer pareil changement de cap. La devise du club ? " Con cantera y aficion, no hace falta importacion ". En traduction libre : avec les supporters et les jeunes du cru, pas besoin d'importer de joueurs. Afin de conserver ses joueurs, le club les paie bien. Le salaire annuel moyen est de quatre millions, soit nettement plus que la moyenne espagnole. " Nous préférerions qu'ils restent parce qu'ils chérissent nos valeurs mais soit... " L'Athletic cherche d'abord en ses rangs les joueurs susceptibles de pallier les départs. 85% des joueurs du noyau A ont passé en moyenne sept ans à Lezama, le complexe d'entraînement de l'équipe première, des dames et des jeunes, et ils forment une vraie famille. L'Athletic s'appuie sur ses traditions. Depuis 1929, avant chaque match, le capitaine visiteur fleurit le buste de Rafael Moreno Aranzadi, le buteur qui a offert quatre coupes d'Espagne au club et était mieux connu sous son surnom, Pichichi : il ne mesurait que 1m54 mais a inscrit plus de 200 buts en 170 matches. En 1953, quand Marca a voulu récompenser le meilleur buteur du championnat, il n'a pas hésité un instant : il a baptisé le prix Trofeo Pichichi. Le club a remporté huit titres - seuls le Real (33), le Barça (26) et l'Atlético Madrid (10) le surpassent - et 23 coupes - le Barça le devance avec 30 victoires. Mais le passé est accessoire. Jour après jour, le club offre des ballons et des cadeaux aux parents de nouveaux-nés, dans un rayon de 60 kilomètres autour de Bilbao. La saison passée, 1.500 jeunes se sont affiliés en U9, prêts à embrasser l'identité basque. L'Athletic Bilbao est un anachronisme dans le football moderne, motivé par l'argent. Il n'en a pas moins évité la rétrogradation, la saison passée.