Il a pratiqué le judo pendant près de 20 ans, participé à cinq JO et remporté un titre en 1980. Sa vitrine est bourrée de distinctions, mondiales et européennes. Pourtant, il ne peut se passer de sport. Dans son Resourcement Centre, à Hastière, Robert Van de Walle (48 ans) applique les principes du judo aux hommes d'affaires et dirigeants d'entreprises qui viennent s'y ressourcer. Il veut maintenant faire profiter les athlètes belges de son expérience, pour les Jeux 2004. Il met déjà les points sur les "i": il n'emmènera pas de touristes.
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Il a pratiqué le judo pendant près de 20 ans, participé à cinq JO et remporté un titre en 1980. Sa vitrine est bourrée de distinctions, mondiales et européennes. Pourtant, il ne peut se passer de sport. Dans son Resourcement Centre, à Hastière, Robert Van de Walle (48 ans) applique les principes du judo aux hommes d'affaires et dirigeants d'entreprises qui viennent s'y ressourcer. Il veut maintenant faire profiter les athlètes belges de son expérience, pour les Jeux 2004. Il met déjà les points sur les "i": il n'emmènera pas de touristes. Robert Van de Walle: Je dirige une quarantaine de séminaires par an, ce qui est évidemment lourd, mais m'engager pour le sport belge en vaut la peine. On a besoin d'un certain renouvellement. Au terme de sa carrière, tout sportif de haut niveau devrait partager son expérience avec des jeunes qui ont la même ambition. J'ai déjà tourné le dos au sport mais est-ce la solution? Peut-être le COIB aurait-il dû faire appel à des sportifs de haut niveau avant, pas seulement comme chefs de délégation, mais aussi pour motiver. Comment voyez-vous ce renouvellement?Ce n'est pas parce que je suis chef de délégation que je vais tout changer. Je n'ai rien inventé. Je m'appuie sur mon expérience et celle d'autres, à l'étranger. C'est une quête permanente, dépourvue de secrets. Il faut travailler plus dur. La médiocrité des résultats belges a différentes causes, dont un manque d'engagement. La Belgique est un petit pays, au potentiel moindre que la Russie ou l'Amérique, sans oublier les tensions et conflits opposants Wallons et Flamands. Le suivi des athlètes de haut niveau doit être meilleur. Vous travaillez donc pour le COIB, avec lequel vous avez été en conflit.Avant, il n'y avait pas de structure. Je devais tout faire moi-même. Au sein des fédérations, on trouve toujours des dirigeants qui ne comprennent pas qu'un sportif puisse être exigeant, ne soit pas vite content et qu'il incrimine le manque d'organisation ou de culture sportive quand ça va moins bien. Or, un athlète est absorbé par son sport. Il a un caractère spécial. Je suis conscient maintenant que la critique est facile. Quand on passe de l'autre côté de la barrière,on comprend qu'il n'est pas si évident de trouver des solutions, même si les structures se sont améliorées. Les Jeux de Sydney ont été décevants et le COIB m'a demandé si je pouvais l'aider. J'avais déjà une idée: assurer personnellement le suivi de dix athlètes. C'est toutefois très difficile. J'ai donc préféré utiliser les instances déjà mises sur pied.Vous avez participé à cinq JO. Quel est le profil d'un bon chef de mission? En restant discret, il veille à ce que tout soit en ordre. Il doit résoudre les petits et grands problèmes sans qu'on en discute trop car à ce moment, un sportif est très fragile. A Athènes, je vais travailler avec Eddy De Smedt, Thierry Zintz et Renno Roelandt. Je veux faire plus que de contrôler si les lits sont bien faits, la nourriture saine et les vols réservés. Je veux être en contact avec les sportifs, connaître leurs besoins, les comprendre. Je veux former une équipe, avec les athlètes comme avec les entraîneurs. Je veux être un facteur de motivation, les aider à dépasser leurs limites, à se remettre en question. Comment le COIB peut-il soutenir ça, le perfectionner? Nous voulons entourer l'athlète d'une équipe à son service. éa demande un suivi très individuel."Je les ai secoués"Je n'ai pas l'intention de jouer les chefs ni de reprendre la tâche des entraîneurs. Je ne suis ni psychologue ni gourou mais je voudrais être une sorte de mentor qui place les jeunes en bonne voie. En novembre, pendant le stage olympique de Pretoria, j'ai fait connaissance avec tout le monde et j'ai exposé ma vision des choses. Je les ai secoués: voilà notre objectif, vous avez notre confiance. Je veux créer une bonne ambiance, regrouper tout le monde sous le même drapeau. L'expérience a été très positive. Nous avons de chouettes sportifs. Beaucoup d'entre eux sont déjà en bonne voie mais ils peuvent encore mieux, plus dur, aussi. Je parle en temps et en qualité, aussi. Je veux que notre collaboration soit encore plus étroite.Ce stage a quand même été assombri par l'affaire Sissi Veys. La judoka a été renvoyée chez elle pour raisons médicales mais elle affirme qu'il s'agissait d'une mesure disciplinaire. Avez-vous voulu faire un exemple?Pas du tout. Je ne l'ai pas obligée à rentrer. Je lui ai simplement demandé d'adapter son comportement. J'espère que nous avons réussi à faire passer le message: -Tu ne fais pas ce que tu dois. Sissi Veys n'est pas encore une athlète de haut niveau. Elle en a les aptitudes mais n'est pas encore prête. Elle peut doubler ses efforts actuels alors qu'elle pense pouvoir les diminuer de moitié. Un chef de délégation doit surveiller la dynamique du groupe. Si quelqu'un la compromet, il faut le remettre en bon chemin ou le renvoyer. Donc, vous prônez l'esprit de groupe alors que vous étiez un individualiste forcené.J'ai commis des erreurs aussi. J'étais embêtant, égoïste, inexpérimenté. Il faut toutefois replacer ça dans son contexte. Avant, il y avait un esprit d'équipe mais la moitié du groupe n'avait pas la même motivation que l'autre. Quand vous avez une mentalité de vainqueur, vous ne supportez pas de voir des touristes aux Jeux. Vous dites que ces gens ne vous conviennent pas et que vous ne voulez pas faire partie de ce groupe. Je ne partageais pas les normes de certains autres. J'avais une autre vision, je travaillais seul,les moyens étaient limités. J'ai été un pionnier en m'entraînant au Japon et quand je voyais les autres aux stages olympiques, je trouvais ça risible. Ils se comportaient en amateurs. Evidemment, certains étaient déjà très professionnels. Comme Gaston Roelants, par exemple, que j'admirais beaucoup. Les critères de sélection doivent-ils être plus sévères?Ils le sont. J'ai plaidé pour. Trop d'athlètes se sont présentés à Sydney sans la mentalité adéquate. Participer leur suffisait alors que nous voulons obtenir des résultats. Les sportifs qui remplissent les critères ont tous une chance à Athènes. Nous n'emmènerons pas de touristes. Il y en avait déjà trop à Sydney. Au sein d'un groupe restreint, les athlètes auront tous les mêmes objectifs. C'est une source supplémentaire de motivation."Quatre heures par jour, ce n'est pas assez"Certains me trouvent extrême, estiment exceptionnel ce que j'ai fait. éa fait peur mais ce n'était pas si spécial. Regardez ce que Frederik Deburghgraeve a réussi et ce que Filip Meirhaeghe fait. Je me suis entraîné dur, j'en ai vu de toutes les couleurs au Japon mais ce n'est pas l'entraîneur qui détermine la dureté de l'entraînement: c'est la concurrence. J'ai vu les Français et les Japonais à l'oeuvre. Ce que je faisais n'était pas exceptionnel. Il n'y a qu'en Belgique qu'on m'a pris pour un fou. Ici, certains estiment que s'entraîner quatre heures suffit. Au Japon, on dispense un entraînement hivernal spécial, très dur, de quatre à sept heures du matin. Quand je passais, en vélo, devant le centre d'entraînement des joueuses de volley, le terrain était déjà trempé de sueur. A la fin de ma séance, à sept heures, elles s'entraînaient toujours. Alors, quand je vois ce que font les joueurs belges de basket et de volley, je dis: ça ne marche pas comme ça.Est-ce que ça marche avec tout le monde?Je ne leur demande pas de souffrir de la faim ni du froid, ni de chercher eux-mêmes leur budget, de s'entraîner sans assurance ni statut social. Ce temps-là est révolu. On a parfaitement résolu le problème, à part pour ceux qui n'ont pas achevé leurs études. Mais un sportif de haut niveau qui décide de vivre pour son sport dispose maintenant de tout ce dont il a besoin. Le problème, c'est: un athlète professionnel va-t-il s'entraîner plus professionnellement qu'avant? J'ai l'impression que ce n'est pas le cas de tous. A mon sens, voilà la différence entre un sportif de haut niveau et un pseudo sportif de haut niveau qui se fait des illusions.Plus d'argent et un meilleur accompagnement ne produisent donc pas automatiquement de meilleurs résultats?L'argent peut rendre mou. Dans beaucoup de pays, le sport constitue une issue mais ici, les possibilités ne manquent pas. Le sport de haut niveau n'est que souffrance. Aujourd'hui, il n'est plus nécessaire d'être dur parce qu'on n'a pas de chauffage, de nourriture ni de structure. Il faut pourtant s'entraîner dur et le coach a le droit d'être plus exigeant. Certains estiment normal de recevoir un salaire, de bénéficier d'un entraîneur, d'un médecin. Ils vous jugent sur des futilités et c'est parfois décevant. On consent tant d'efforts pour donner des outils à un athlète mais il ne fait pas ce qu'on lui demande. Face à une telle attitude, on est impuissant. C'est pour ça qu'on devient plus sévère, plus dur. Ce sont les vrais grands qui se distinguent, qui obtiennent des résultats, qu'on leur mâche la besogne ou non. Combien d'athlètes vivent-ils vraiment pour leur sport?Il y en a mais ils doivent être accompagnés. Les 50 de Pretoria sont tous des candidats potentiels. Ils sont encore loin d'être arrivés. Si le suivi est mauvais, tout peut foirer très vite. Pour le moment, je compte cinq, allez, dix athlètes pour être positif, qui sont obsédés par leur sport. Ils en rêvent jour et nuit. Se lever, manger, dormir, se détendre, tout est calculé en fonction du sport. Je n'aime pas citer de noms mais Kathleen Smet, Filip Meirhaeghe, Gella Vandecaveye vivent pour leur sport sans compromis. C'est la seule méthode possible. En fin de compte, qu'y a-t-il de plus beau que le sport de haut niveau?"Plus sévères et plus compétents"Le fait que les athlètes ne soient plus satisfaits de mon apport, qu'ils disent que Robert est un bricoleur. Je serais très déçu et ce serait fini. Jusqu'à présent, il semble que mon action soit positive. J'ai reçu beaucoup de cartes de remerciement pour ce stage olympique. Je ne peux pas être sympathique aux yeux de tous ni faire l'unanimité mais je suis animé de bonnes intentions et je serais déçu que les athlètes n'apprécient pas mon travail. Sous quelles conditions Athènes sera-t-il une réussite? J'espère que nous pourrons dire, à Athènes: nous avons dix médailles parce que nous avons été plus sévères et que notre approche a été meilleure. Il faut y croire. Deuxièmement, j'espère créer une ambiance positive qui plaise à tout le monde. Je ne veux pas de problèmes de dopage. Je défendrai mes sportifs jusqu'au bout mais s'ils touchent à ça, ils ne devront plus compter sur mon soutien. Je ne peux tolérer ce genre de pratiques. Inge Van Meensel"Qu'y a-t-il de plus beau que le sport de haut niveau?"