SA POPULARITÉ

21 avril 2019. Mathieu van der Poel enlève l'Amstel Gold Race et Twitter explose. Lance Armstrong déclare à ses trois millions de followers que c'est la plus belle course qu'il a jamais vue. " Van der Poel va devenir le grand héros des Pays-Bas ! "
...

21 avril 2019. Mathieu van der Poel enlève l'Amstel Gold Race et Twitter explose. Lance Armstrong déclare à ses trois millions de followers que c'est la plus belle course qu'il a jamais vue. " Van der Poel va devenir le grand héros des Pays-Bas ! " Le graphique de Google Trends souligne sa popularité : elle atteint 100 après l'Amstel, alors qu'elle n'est que de 27 et 29 à l'issue des Mondiaux de cross 2019 et 2020. Van der Poel le constate : " Avant, on me reconnaissait plus en Belgique qu'aux Pays-Bas. Ça a changé. " Fin 2019, il est élu Sportif néerlandais de l'Année, devançant Virgil van Dijk, lauréat de la Ligue des Champions avec Liverpool, et Max Verstappen (trois victoires en F1). " Il n'est pas encore le sportif le plus populaire du pays ", nuance Daan Hakkenberg, journaliste de l' Algemeen Dagblad. " Des footballeurs comme Memphis Depay, Frenkie de Jong, Virgil van Dijk, ainsi que Verstappen et le patineur Sven Kramer le devancent. Mathieu suit de près. Il est le numéro un de notre cyclisme, avec Tom Dumoulin. " À l'échelle planétaire, MVDP est plus éloigné des footballeurs et de Verstappen, le cyclisme étant moins populaire. Le nombre de suiveurs sur les réseaux sociaux, qui est devenu le principal critère en la matière, le révèle. Sur Instagram, Verstappen a 3,65 millions d'abonnés, Frenkie de Jong 7,60 millions, Virgil van Dijk 9,95 wmillions et Memphis Depay 10,11 millions. Van der Poel doit se contenter de 492.000 followers. Il est huitième au classement des cyclistes, après Peter Sagan (1,81 million), Nairo Quintana (1,34 million), Rigoberto Uran (1,24 million), Chris Froome (1,11 million), Egan Bernal (930.000), Julian Alaphilippe (710.000) et Mark Cavendish (603.000), originaires de pays plus peuplés. En plus, ils se sont distingués à plusieurs reprises au Tour de France, auquel MVDP n'a pas encore participé. Le Néerlandais a toutefois un atout : il est le petit-fils de Raymond Poulidor, récemment décédé, mais immensément populaire dans l'Hexagone. Il est aussi populaire en Belgique, où il est né et où il vit, d'abord avec ses parents, à Kapellen, et maintenant avec Roxanne Bertels à 's-Gravenwezel. Bien qu'il soit le rival de Wout van Aert, il a rarement été hué en cross, contrairement à ses compatriotes Lars Broom et Richard Groenendaal. Il a même deux groupes de supporters sur Facebook, qui regroupent respectivement 11.000 et 5.000 membres. Van der Poel doit une grande part de sa popularité à son comportement et à sa rage de vaincre. C'est un natural born killer qui n'hésite pas à placer une attaque à septante kilomètres de l'arrivée. Il est parfois déraisonnable, mais il est spectaculaire. Il rayonne de passion : il veut gagner et il veut s'amuser. Il suffit de voir ses acrobaties en cyclocross. Les amateurs de cyclisme et les entreprises en raffolent. Ce n'est pas un hasard si Peter Sagan, la plus grande star du cyclisme, a bâti sa renommée grâce à son image de marrant.Indépendamment du sport, Van der Poel est la simplicité, la modestie et la gentillesse personnifiée. Il s'exprime bien et est dénué de caprices, comme son père Adrie. Il se déplace bien en Porsche Panamera GTS immatriculée " MVDP 1 ", mais il ne commet pas d'infractions, comme Tom Boonen en son temps. Le Belge et le Néerlandais moyens apprécient cette normalité. Son image n'a pas été créée artificiellement par une machine de marketing comme c'est le cas de Peter Sagan. D'ailleurs, contrairement au Slovaque, Van der Poel gère lui-même ses comptes sur les réseaux sociaux. Il est moins actif : il a posté seize photos en 2020, mais chaque fois, ses abonnés ont réagi en masse : le cliché de son phénoménal solo au Tour Binckbank lui a valu 97.000 likes et celui du Mondial de cyclocross à Dübendorf en a récolté 143.000. Sur Twitter, Van der Poel se limite à des retweets de sponsors ou d'articles en ligne, comme son interview après Gand-Wevelgem, en réaction à la déclaration de Wout van Aert, qui avait déclaré : " Il a roulé pour me faire perdre. " Peter Sagan et Mathieu Van der Poel sont jouettes. Depuis fin 2016, ils ont un autre point commun : le même sponsor, 100%, un fabricant californien de lunettes, qui s'intéresse surtout au VTT, au BMX et au motocross, des sports que Sagan et Van der Poel ont souvent pratiqué pendant leurs loisirs. Sagan s'est d'ailleurs tourné vers la marque de sa propre initiative, parce qu'il voulait " autre chose ". Mathieu Van der Poel s'intègre bien dans le projet, puisqu'il roule aussi bien sur route qu'en cross et en VTT. Le fabricant américain a étendu son partenariat à toute l'équipe de MVDP de même qu'à celle de Sagan, BORA-Hansgrohe, depuis 2019 et à Movistar depuis cette année. La polyvalence de Van der Poel a aussi incité Canyon, le fabricant allemand de cycles, à se lier à l'ancienne équipe continentale du coureur, Corendon-Circus. En juillet 2019, Canyon a offert au Néerlandais un contrat personnel de quatre ans. Il peut ainsi mettre deux types de cycles en vitrine tout en bénéficiant du feed-back du coureur. Il ne faut donc pas s'étonner qu'au Mondial, le coureur ait mis en évidence son nouveau Inflite CF SLX ni que cet été, il ait posté un cliché du nouveau e-bike de Canyon. Si la route attire les plus de cinquante ans, le VTT, le cross et les courses sur terre battue, de plus en plus populaires, plaisent aux jeunes. Les managers de l'équipe de MVDP, Christoph et Philip Roodhooft, misent à fond là-dessus, avec plusieurs coureurs qui pratiquent deux ou trois disciplines et l'équipe féminine Ciclismo Mundial, emmenée par la charismatique championne du monde de cyclocross, Ceylin del Carmen Alvarado, qui roule en Canyon. Le deal de Mathieu Van der Poel et de son équipe avec une autre firme californienne, Zwift Inc., un concepteur de logiciels d'entraînement en salle, s'intègre dans cette stratégie. Cette société affirme avoir enregistré 2,5 millions de comptes en un an. L'agence financière Bloomberg l'estime déjà à un milliard de dollars. D'après Laurent Janneau, directeur du marketing, Van der Poel est l'ambassadeur de rêve pour ses projets off-road. Début novembre 2019, deux jours avant l'EURO de Silvelle, le coureur a dû se rendre à un studio de Londres pour tourner les spots que vous avez sans doute vus sur les réseaux sociaux ou pendant les pauses publicitaires d' Eurosport. Van der Poel a trimé six heures, pendant d'innombrables prises de vue. Le titre ? " Fun is fast ". Il y a deux ans, Shimano avait déjà lancé une séquence titrée " It's all about having fun ". On y voyait Van der Poel exécuter toutes sortes de tours avec son vélo de cross, sur une plage. Tout a commencé durant la saison 2009-2010 chez Isorex, une équipe formatrice de Gavere, au sein de laquelle Mathieu van der Poel a effectué ses deux saisons en néophytes, avant de rejoindre les frères Roodhooft. Christoph, qui était alors le directeur sportif de Niels Albert, connaissait bien Adrie et avait déjà mis des vélos à la disposition de ses fils, Mathieu et David. Les années suivants, les frères ont ainsi roulé pour IKO-Enertherm, BKCP-Powerplus, Beobank-Corendon, Corendon-Circus, et, depuis cette année, pour Alpecin-Fenix, respectivement une marque allemande de shampoings et une firme italienne de décoration intérieure. La première, une filiale du groupe de cosmétiques Dr Wolff, n'en est pas à son coup d'essai en cyclisme. Elle s'est lancée dès 1949 comme sponsor principal d'Alcina, une petite équipe. Vingt ans plus tard, elle était co-sponsor de Batavus, et plus récemment, de 2015 à 2016, elle a été la partenaire de Giant, puis de 2017 à 2019, de Katusha. Elle a eu en Marcel Kittel un porte-drapeau de rêve : un grand sprinteur allemand doté d'une belle coiffure. Parfait pour une marque de shampoing. Mais sans beaucoup de résultats : trois victoires seulement en 2018-2019, avant qu'il ne fasse ses adieux à la compétition. Alpecin s'est donc mis en quête d'un nouveau partenaire. Comme il était associé à Canyon, qui avait sponsorisé Katusha pendant huit ans, il s'est tout naturellement tourné vers les frères Roodhooft. Le directeur du marketing, Eduard Dörrenberg, avait empilé les dossiers de quatre équipes du WorldTour sur son bureau, mais un seul entretien avec Christoph et Philip Roodhooft et Mathieu van der Poel l'a convaincu : il avait devant lui une formation procontinentale ambitieuse, dont la vision claire, spéciale et multidisciplinaire se distinguait nettement des grandes équipes du WordTour. De même qu'Alpecin, avec un budget de seulement 313 millions, rivalise avec les milliardaires que sont Unilever et L'Oréal. En se qualifiant " d'Astérix des marques de shampoing ". Le Gaulois néerlandais semblait donc être l'ambassadeur idéal d'Alpecin pour le marché du Benelux et de la France. Ce n'est donc pas un hasard si, en surfant sur le site néerlandophone d'Alpecin, vous tombez immédiatement sur Van der Poel, les cheveux soigneusement coiffés en arrières, un flacon de shampoing en main, avec en légende : " Battez-vous pour vos cheveux ". Le retour est assuré. Dès le mois d'août 2018, le coureur a prolongé jusqu'en 2023 son contrat chez Ciclismo Mundial, la société des Roodhooft. Alpecin et Fenix ont accepté de se lier jusqu'en 2022 avec option. Canyon a signé jusqu'en 2023, comme Van der Poel. Depuis cette année, 4GOLD est le sponsor nutritionnel d'Alpecin-Fenix. Mathieu Van der Poel a lancé la marque en 2017 avec ses amis Brent Luyckx et Axel Roelants. Cette start-up novatrice offre des compléments alimentaires de grande qualité. Sur base d'une analyse ADN personnalisée, ils sont adaptés au profil génétique de l'athlète. La formule a du succès : de plus en plus de sportifs de haut niveau et d'équipes sont devenus les ambassadeurs de 4GOLD. Outre Alpecin-Fenix, il y a l'équipe néerlandaise de patinage IKO de Bart Swings, la joueuse de tennis Kirsten Flipkens, le champion de Belgique de VTT Jens Schuermans, le marathonien Bashir Abdi, le crossman Liam Everts (fils de) et, le nom le plus célèbre, Alberto Contador. L'Espagnol a annoncé sa participation au projet en août dernier, peu après avoir amélioré le record du monde d'Everesting, avec quatre bidons 4GOLD. Dans un communiqué de presse, El Pistolero a qualifié Van der Poel de " Lionel Messi du cyclisme, un coureur qui suscite l'intérêt, partout et tout le temps. " Cette collaboration avec Contador, qui est en train de former sa propre équipe WorldTour, constitue un pas important pour l'internationalisation de la marque, qui travaille avec un modèle de distribution en ligne. 4GOLD et Canyon collaborent. Fin juin, les deux firmes ont lancé un concours en ligne. Le prix : un vélo Ultimate CF SLX unique, recouvert d'une feuille d'or de 24 carats et agrémenté de la signature de MVDP. Il convient parfaitement à la vision commerciale de 4GOLD : #DontSettleForSilver. Ne vous contentez pas de l'argent, seule compte la victoire, comme pour Van der Poel. C'est ça qui fait la force de sa marque, avec son facteur fun.