Le 30 mai dernier, Vincent Mannaert (manager général du Club Bruges) reçoit un sms de Qerim Likaj. " Je quitte à l'instant le bureau de notre avocat, avec le père de Ronald Vargas. Nous vous conseillons d'entamer le plus vite possible des négociations avec Anderlecht. Sinon, j'ai aussi un rendez-vous au Standard, qui se moque de la loi 78. Vous recevrez demain la lettre de notre avocat. Je vous avais dit que je ne plaisantais pas. Salut. "
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Le 30 mai dernier, Vincent Mannaert (manager général du Club Bruges) reçoit un sms de Qerim Likaj. " Je quitte à l'instant le bureau de notre avocat, avec le père de Ronald Vargas. Nous vous conseillons d'entamer le plus vite possible des négociations avec Anderlecht. Sinon, j'ai aussi un rendez-vous au Standard, qui se moque de la loi 78. Vous recevrez demain la lettre de notre avocat. Je vous avais dit que je ne plaisantais pas. Salut. " Likaj est le compagnon albanais de Dirk De Vriese. Quinquagénaire, il a joué pour l'UR Namur et vit en Belgique depuis longtemps. De Vriese, qui a joué notamment pour Anderlecht, le RWDM et Gand, tient une brasserie au centre de Bruxelles mais est avant tout agent de joueurs, avec une prédilection pour l'Amérique du Sud. Ni lui ni Likaj ne possèdent de licence officielle. En 2008, De Vriese a emmené Paul Courant au Venezuela, ce qui a permis le passage de Vargas au Club Bruges. Le ton du sms n'est pas vraiment diplomatique mais Likaj n'est pas un modèle de tact. Au moins sait-on d'emblée à qui on a affaire... " Ces mots ont été lâchés dans un coup de colère car nous étions furieux que le Club ait tenté de faire resigner Ronald Vargas derrière notre dos ", tente de minimiser De Vriese. Une chose est certaine : c'est le Club qui a pris l'initiative de prolonger le contrat de Vargas, qui arrive à terme dans un an. Luc Devroe, l'ex directeur sportif, a abordé le sujet en décembre 2010, alors que le médian vivait sa meilleure période depuis son arrivée en Belgique. Devroe ayant été limogé en janvier, il a fallu attendre la fin mars pour une première proposition orale, sous l'ère de Bart Verhaeghe, le président du conseil d'administration. Courant et De Vriese sont présents et le premier cité recevra ensuite l'offre par e-mail. Vargas et son père jugent cette offre inacceptable et formulent une contre-proposition par courriel. " C'est à ce moment que le feuilleton a commencé, sans raison. Avec Devroe et Pol Jonckheere, l'ex-président, tout aurait été réglé en janvier mais la nouvelle direction a sans cesse reporté sa décision, nous tenant en haleine. Je pense qu'elle voulait s'assurer que Ronald retrouve la plénitude de ses moyens. Ronald devenait fou face à ce manque de respect. " Deux facteurs ont en effet ralenti les négociations : la grave blessure aux ligaments croisés que s'est occasionnée Vargas le 9 février 2011 contre Genk et le changement de direction au Club. Après Devroe, c'est le président Jonckheere qui a quitté son poste. Une visite de la nouvelle direction au malheureux joueur, un beau cadeau et quelques actions des supporters pour lui remonter le moral n'y ont rien fait : cela n'allait pas assez vite pour la famille Vargas et ses managers. On reproche au Club de mal communiquer. Comme lorsque Salvador Maestro, le manager officiel de Vargas, et son comptable sont venus d'Espagne. Maestro enrage d'avoir été accueilli par le nouveau directeur sportif, Henk Mariman, et non par Mannaert ou Verhaeghe. De rage, il jette un journal au nez de Mariman. Il est ouvert à la page des statistiques des joueurs les plus efficaces de D1. Vargas est en tête. En échange, il requiert du respect. Et de l'argent. Paul Courant décide d'intervenir, pour restaurer la confiance et éviter la rupture. Sur son conseil, le 5 mai, Vargas et son père acceptent un rendez-vous avec Verhaeghe et Mannaert, au château de Bever, qui abrite les bureaux d'Uplace, la société de Verhaeghe. Les Vargas exposent spontanément leurs exigences financières, que Verhaeghe accepte. La petite troupe rejoint Bruges, où elle tient une conférence de presse. Ronald Vargas annonce aux journalistes présents qu'il est d'accord : " Je souhaite rester. " Deux jours plus tard, il s'envole pour le Venezuela, où il va poursuivre sa revalidation. Il est convenu que Mannaert présente l'accord verbal au conseil d'administration brugeois le 24 mai, avant signature du contrat. Le ciel semble dégagé. C'est sans compter avec De Vriese et Likaj, qui se sentent dribblés. C'est encore Likaj qui téléphone à Mannaert, lui expliquant ce qu'il pense des méthodes brugeoises. De Vriese : " Paul Courant voulait seulement rétablir la confiance. Nous avons été surpris qu'on ait abordé les conditions financières mais c'était sans doute le but de la man£uvre. On a proposé un montant brut à Ronald, ce qu'il ne comprend évidemment pas. Il n'est pas au courant des taux d'imposition ni des avantages en nature. Ils ont essayé de lui faire signer des choses qu'il ne comprenait pas. Ronald s'est senti abusé quand nous lui avons expliqué ce qu'il conserverait en net. "C'est bizarre car c'est Vargas qui a proposé ces chiffres et pas le contraire. Si De Vriese a basé ses calculs sur quelque chose, ce doit être sur un sms de Mannaert. Le 17 mai, Vargas téléphone au manager général, qu'il tire de son lit. Peut-il confirmer par écrit les conditions financières convenues une semaine plus tôt que prévu ? La même nuit, Mannaert envoie un message en anglais à Vargas, répétant que le Club est prêt à lui offrir un contrat jusqu'au 30 juin 2011, aux conditions qu'il a formulées. Le sms reprend les sommes convenues - un salaire mensuel brut et une prime nette à la signature. " Un sms ? Peut-être ", répond De Vriese, vague. " Nous n'en avons pas connaissance, n'ayant jamais rien reçu. La seule offre écrite a été notre contre-proposition par courriel. "Bruges commence à comprendre que les managers de Vargas cherchent à transférer le joueur pour toucher une commission. Un nouveau coup de fil de Likaj semble confirmer ces soupçons. Cette fois, il brandit la loi de 1978, qui permet à un joueur de racheter à bas prix son contrat et de changer de club. " J'ai bien dit que je ne plaisantais pas ", écrit par sms l'Albanais quelques jours plus tard, en quittant les bureaux de l'avocat Luc Misson. Quand il réitère sa menace et conseille à Bruges de négocier avec Anderlecht, Mannaert forme le numéro d' Herman Van Holsbeeck, qui répond que les managers de Vargas lui ont proposé le joueur et demande le prix du Club. " Cinq millions d'euros ", annonce Mannaert. " A ce prix-là, Vargas ne nous intéresse pas ", répond son collègue mauve. Malgré les dires de " l'entourage du joueur ", ce sera le seul contact entre les deux clubs. De Vriese déclare : " Les négociations ont commencé. Je crois. Anderlecht a demandé le prix. La première fois, il n'a pas obtenu de réaction. Je ne peux pas contrôler les rapports entre Van Holsbeeck et Mannaert mais quand un joueur a des problèmes dans son club, il en trouve toujours d'autres. Je sais ce qu'Anderlecht envisage à son sujet. "Le 6 juin, sportmagazine.be annonce qu'il n'y a pas de négociations entre le Club et Anderlecht. Le lendemain, le stade Vanden Stock décide d'abandonner la piste du Vénézuélien blessé, malgré l'insistance de ses représentants. Après sa pire saison de la décennie, Anderlecht, dont la gestion sportive est critiquée, n'a pas le choix. Van Holsbeeck : " Nous recherchons un rendement immédiat alors que Vargas ne serait qu'un investissement à terme. Blessé, il ne sera sans doute en forme que pour le second tour. Compte tenu de ce fait, nous sommes disposés à discuter sur base d'un certain montant, que je tairai. " Il ajoute : " Ses managers me téléphonent sans arrêt mais je suis clair : jamais Anderlecht n'engagera un joueur qui a recours à la loi 78. S'il l'utilise, ce sera pour un transfert à l'étranger. "Ou au Standard. Un gentlemen's agreement lie les membres de la Pro League : ils n'embaucheront pas de joueur grâce à cette loi. Likaj se fait pourtant fort que le Standard s'en moquera. Manifestement, c'est là un v£u pieux. Le Standard est en pleine reprise et il y a peu de chances que son nouveau propriétaire, que ce soit Value8 ou un autre, entache sa réputation d'emblée. Reste l'étranger. La semaine dernière, " l'entourage de Vargas " se flattait d'intérêts en Allemagne, en Espagne, au Portugal et en Turquie. S'il devait invoquer la loi 78, Michel D'Hooghe, le président d'honneur du Club, ferait certainement usage de son influence à la FIFA pour contrer Vargas. Pourquoi courir ce risque ? De Vriese : " Nous ne voulons pas vraiment avoir recours à cette loi et ce n'était d'ailleurs pas la seule raison de notre consultation chez cet avocat. " Ronald Vargas revient aujourd'hui. Il a consacré les six dernières semaines à sa revalidation, à part de brèves vacances à New York. Son seul contact direct avec le Club remonte au 17 mai. Ses managers se sont chargés du reste et à voir la nature de leur communication, ce n'est pas demain que le footballeur va parapher un nouveau contrat. Le Club va d'abord sonder les intentions réelles de Vargas. Ses agents n'ont pas placé le médian dans une position idéale, d'autant que la guérison complète d'une déchirure des ligaments croisés reste délicate - il suffit de penser à Tom De Sutter ou à Ivan Bosnjak (ex-Genk). Les médecins membres du conseil d'administration brugeois le savent très bien. En lui accordant dès maintenant un contrat de quatre ans revu à la hausse, le Club prend un risque, risque qui fait sans doute reculer d'autres formations. " Nous l'avons dit et redit à Vargas et à son entourage ", déclare Mannaert. " Il ne peut pas obtenir de bonnes conditions de transfert maintenant. Il a tout intérêt à prolonger son contrat au Club et à attendre le bon moment, pour que toutes les parties y gagnent. "" Nous sommes toujours ouverts à une offre mais elle doit nous être adressée ", conclut De Vriese, sans claquer la porte... PAR JAN HAUSPIE" Ils ont voulu lui faire signer des choses qu'il ne comprenait pas. " Dirk De Vriese " Nous vous conseillons d'entamer les négociations avec Anderlecht. Sinon, j'ai rendez-vous au Standard. " Qerim Likaj