Été 1976. Saint-Étienne danse plus que jamais au rythme du football. Les Verts viennent de remporter leur neuvième sacre national et ont réussi un parcours incroyable en Coupe d'Europe des Clubs champions, l'ancêtre de la Ligue des Champions. À Glasgow, le Bayern a été un rien trop fort pour les Stéphanois, mais les joueurs de Robert Herbin n'en ont pas moins été accueillis en héros à leur retour. Le gardien Ivan Curkovic, le capitaine Jean-Michel Larqué, le buteur Hervé Revelli, Jacques Santini (futur sélectionneur) et les dribbleurs Christian Sarramagna et Dominique Rocheteau sont pour toujours des icônes au Stade Geoffroy-Guichard.
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Été 1976. Saint-Étienne danse plus que jamais au rythme du football. Les Verts viennent de remporter leur neuvième sacre national et ont réussi un parcours incroyable en Coupe d'Europe des Clubs champions, l'ancêtre de la Ligue des Champions. À Glasgow, le Bayern a été un rien trop fort pour les Stéphanois, mais les joueurs de Robert Herbin n'en ont pas moins été accueillis en héros à leur retour. Le gardien Ivan Curkovic, le capitaine Jean-Michel Larqué, le buteur Hervé Revelli, Jacques Santini (futur sélectionneur) et les dribbleurs Christian Sarramagna et Dominique Rocheteau sont pour toujours des icônes au Stade Geoffroy-Guichard. Rocheteau était un prodige. Il a grandi dans une ferme d'ostréiculture. Adolescent, il avait des idées communistes. Marié à une écrivaine, il vouait une profonde admiration à Johan Cruijff. " Un génie qui alliait technique, frivolité et audace. Tout en personnifiant une certaine liberté, avec ses longs cheveux. " L'Ange Vert a participé à trois Coupes du monde et a été champion d'Europe en 1984 mais surtout, il a incarné le football frivole qui a permis à Saint-Étienne de dominer la France jusqu'au milieu des années '70. Le club a remporté son dixième titre national en 1981, ce qui reste un record, puisqu'il en compte un de plus que l'Olympique de Marseille (9), deux de plus que le Paris Saint-Germain et l'AS Monaco (8) et trois de plus que l'Olympique lyonnais (7). Rocheteau avait déjà rejoint le PSG - il allait ensuite revenir comme dirigeant -, mais une nouvelle génération pointait le bout de son nez chez Les Verts : Patrick Battiston, Jean-François Larios, un produit du cru, le dribbleur néerlandais Johnny Rep, Jacques Zimako et... Michel Platini. L'équipe était toujours entraînée par le charismatique Robert Herbin, le Sphinx, un ancien international qui avait raccroché ses crampons en 1972 pour intégrer le dug-out. Il a vécu neuf des dix titres au premier rang : cinq comme joueur (1964, 1967-1970) et quatre au poste de T1 (1974-1976, 1981). Entre les coups, il a enlevé la Coupe de France à six reprises. Durant sa troisième saison au poste d'entraîneur, alors qu'il filait vers un deuxième titre consécutif, il a participé au dernier match de la saison, contre Troyes. Et il a marqué. Mais les étoiles sont parties. Pour diverses raisons. Rep voulait retourner aux Pays-Bas - au PEC. Platini, ambitieux, a rejoint la Juventus, et Larios a été bouté hors du Stade Geoffroy-Guichard quand on a appris que le médian offensif avait une liaison depuis deux ans avec Christèle Bigoni, l'épouse de... Platini. Loire-Matin, le journal local, a annoncé la fin définitive de cette période dorée le 1er avril 1982, en révélant que le président Roger Rocher puisait depuis des années dans une caisse noire pour offrir de plantureux salaires à ses footballeurs. L'ancien mineur, qui avait dirigé le club d'une poigne de fer pendant vingt ans, s'est retrouvé en prison et on n'a plus entendu parler de lui. Le club a sombré dans l'anonymat. Il est devenu un cimetière à entraîneurs. Il a été relégué en deuxième division, a connu un malaise financier, subi des reprises et un trafic de faux passeports étrangers. Il n'en a pas moins conservé ses valeurs - le travail et le respect - et s'est battu pour remonter à la surface. Jusqu'en Coupe d'Europe.