Des mobilhomes immatriculés en Espagne sont stationnés sur le parking de la Piazza Caiazzo, à cinq minutes à pied de la Stazione Centrale de Milan. Des fans espagnols vêtus de maillots de l'Atlético Madrid se désaltèrent à la bière sous un soleil de plomb à des terrasses improvisées. Un peu plus loin, au restaurant Frijenno Magnanno, qui sert des pizzas et du poisson, des supporters de l'Atlético et du Real fraternisent.
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Des mobilhomes immatriculés en Espagne sont stationnés sur le parking de la Piazza Caiazzo, à cinq minutes à pied de la Stazione Centrale de Milan. Des fans espagnols vêtus de maillots de l'Atlético Madrid se désaltèrent à la bière sous un soleil de plomb à des terrasses improvisées. Un peu plus loin, au restaurant Frijenno Magnanno, qui sert des pizzas et du poisson, des supporters de l'Atlético et du Real fraternisent. La veille déjà, c'était la fête sur la Piazza del Duomo, où les DJ's chauffaient la foule. Des fans du Real et de l'Atlético se promenaient, chantaient et buvaient aux mêmes terrasses sous les yeux de policiers détendus sans gilets pare-balles. Dans le métro, les fans espagnols à la tenue négligée croisaient les élégantes milanaises prêtes à sortir en ville. Pour quelqu'un qui, depuis les attentats de Paris, ne voit plus la vie comme avant, ça fait bizarre de se replonger dans l'ambiance d'une ville qui fait spontanément la fête. Milan accueille la finale de la Ligue des Champions au Stade Giuseppe Meazza, du nom d'une légende de l'Inter également passée par l'autre club de Milan. La chambre de commerce a calculé qu'une telle finale devait rapporter 25 millions d'euros à la ville : 12 millions pour les mille hôtels, qui affichent tous complet, six millions pour les magasins, cinq millions pour les restaurateurs et un million pour les boardings et autres publicités. Au total, 60.000 supporters espagnols sont descendus sur Milan, dont les deux grands clubs ont disputé 16 finales de la plus prestigieuse épreuve européenne, avec 10 victoires à la clé. Mais la dernière fois remonte déjà à six ans, lorsque l'Inter de José Mourinho avait battu le Bayern Munich en pratiquant le catenaccio. Aujourd'hui, les fans de l'AC Milan et de l'Inter ne rêvent plus de finale. Ils ne participeront même pas à la prochaine édition. L'Inter, quatrième, devra se contenter de l'Europa League, bien moins lucrative, tandis que l'AC, huitième, sera privé d'Europe pour la deuxième année consécutive. Alors que, le temps d'un week-end, Milan a pris l'accent espagnol, dirigeants rossoneri et nerazzurri font les comptes et constatent que ceux-ci sont dans le rouge. Tous deux espèrent conclure cet été un partenariat avec des investisseurs chinois afin de renouer avec leur glorieux passé. Ils ne s'auto-suffisent plus. L'Inter appartient à un Indonésien depuis 2013 mais, depuis l'arrivée d'Eric Thohir, la dette du club n'a fait qu'augmenter. En 2014-2015, les pertes s'élèvent à 140 millions d'euros. La saison prochaine, le club devra avoir retrouvé l'équilibre afin de répondre aux exigences du Fair Play Financier, sans quoi il sera privé d'Europe pendant un an. L'an dernier, l'AC Milan espérait conclure un accord avec des Thaïlandais mais l'affaire a échoué. SilvioBerlusconi a dépensé 150 millions d'euros au mercato mais cela n'a pas suffi à qualifier le club pour une Coupe d'Europe. Le bilan 2015 affiche donc une perte de 89 millions d'euros. Berlusconi, qui a injecté 820 millions d'euros dans le club en 30 ans, a admis la semaine dernière qu'il était prêt à céder 70 % des actions du club à condition que les nouveaux propriétaires acceptent d'investir chaque années 100 à 200 millions sur le marché des transferts. A la veille de la finale, 240 journalistes et 20 équipes de télévision suivent la conférence de presse de l'entraîneur du Real Madrid, Zinédine Zidane. Celui-ci affirme que le match ne le rend pas nerveux. " Je ressens bien plus de pression à l'idée de devoir répondre aux questions d'autant de monde qu'aujourd'hui ", dit-il. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle Florentino Perez n'avait pas voulu le désigner comme successeur de Carlo Ancelotti. Le président du Real le trouvait trop faible tactiquement et en matière de communication. Après avoir vu échouer ses tentatives d'engager Jürgen Klopp et Joachim Löw, il avait opté pour Rafael Benitez mais les joueurs les plus âgés de l'équipe en avaient rapidement eu assez de cet entraîneur qui les faisait jouer contre nature et leur infligeait de longues séances vidéo. Perez avait alors abattu son dernier atout. Zidane ne parle pas beaucoup mais il résout beaucoup de choses d'un sourire. En plaçant Isco (chouchou du public) et James Rodriguez (un des joueurs préférés du président) sur le banc, Benitez n'avait fait qu'augmenter les tensions au sein du club. Samedi, à Milan, ces deux joueurs étaient à nouveau réservistes mais personne ne s'en souciait. Un simple sourire peut avoir bien plus d'effet qu'une parole, aussi magique soit-elle. Les réponses de Zidane aux questions des journalistes sont courtes et simples mais claires. Il ne sursaute qu'une seule fois, quand on lui demande en italien ce qu'il pense des déclarations de Marco Materazzi (à qui il avait donné un coup de boule lors de la finale de la coupe du monde 2006) à son sujet. " Qu'a-t-il dit ? ", demande-t-il. " Que le Real possède enfin un bon entraîneur ", répond le journaliste italien. Zidane se ressaisit immédiatement : " S'il l'a dit, c'est parfait. Je fais juste mon travail du mieux que je peux. " Sur quoi est basée sa philosophie ? " Je crois beaucoup dans le travail. Il faut travailler dur. " Quel est le secret d'une victoire en Ligue des Champions ? Faut-il attaquer ou défendre ? " D'abord défendre. Mais surtout courir, beaucoup courir. " Samedi soir, San Siro vibre comme il n'a plus eu beaucoup l'occasion de le faire ces dernières années. Un grand match dans un stade plein aussi beau que celui-ci reste un événement fabuleux, même si les installations sont un peu dépassées. On comprend aisément pourquoi les deux clubs qui jouent ici ont souvent tenté, en vain jusqu'ici, de faire construire une nouvelle enceinte. Le stade appartient à la ville et les clubs ne perçoivent que l'argent des tickets d'entrée, des publicités autour du terrain, des droits de télévision et des sponsors. La Juventus, elle, a son propre stade et celui-ci génère énormément de recettes. Les supporters les plus bruyants sont ceux de l'Atlético, le club qui prouve qu'à condition de travailler dur, on peut aller loin avec un tiers du budget des plus grands. Même un amateur de beau football comme Arrigo Sacchi apprécie le travail de Diego Simeone, l'entraîneur de l'Atlético "même si son jeu repose sur une philosophie du football qui ne laissera pas de traces dans l'histoire. Ce qui me surprend, c'est la cohésion dont les joueurs de l'Atlético font preuve sur le terrain sans se marcher sur les pieds pour autant. On dirait qu'ils sont reliés par un fil invisible. " Les entraîneurs des deux clubs finalistes ont fait leurs classes en Italie. Simeone est arrivé en 1990 à Pise, qui l'avait transféré au nez et à la barbe de Hellas Verone. Le club avait reçu un fax d'Argentine avec une liste de joueurs, une photo, leur âge, leur poids et leur fonction. Romeo Anconetani, le fantasque président qui avait transféré Cisse Severeyns de l'Antwerp, avait pointé son doigt sur le nom de Simeone. " Sa tête me plaît bien, cet homme a l'air de savoir ce qu'il veut. " Après un détour par l'Espagne, il est ensuite passé à l'Inter (puis à la Lazio). "Il ne parlait que de football, 24 heures sur 24, un vrai maniaque ", se souvient Gianluca Pagliuca, l'ex-gardien international de l'époque. " Un jour, nous lui avons même demandé : Diego, tu ne parles jamais de femmes ? " De Zidane, arrivé à la Juventus en 1996 par l'intermédiaire de Luciano D'Onofrio, ses équipiers se souviennent qu'il était très timide et qu'après l'entraînement, il se promenait avec des chaussettes blanches. Le capitaine, Ciro Ferrara, avait fini par les déchirer. Angelo Di Livio affirme que Zidane était " un grand joueur aussi modeste qu'un serviteur. Il était très calme, il fallait vraiment le secouer pour qu'il réagisse. " Alessandro Tacchinardi le trouvait " réservé et très timide. Je suis surpris qu'il soit devenu entraîneur car c'est une profession qui exige qu'on soit très ouvert. " Pendant la finale, Zidane n'a pas l'air timide du tout. Il court partout, comme s'il voulait diriger le jeu, comme en 1996. De temps en temps, son adjoint se dirige vers lui et lui souffle quelque chose à l'oreille. Après le repos, le jeune Diable Rouge bruxellois Yannick Carrasco ramène l'Atlético dans la partie. Dans la tribune, Roland Breugelmans, directeur technique des jeunes du RC Genk, se dit que le garçon qu'il est allé chercher à Diegem à l'âge de 14 ans et qu'il a eu sous sa direction pendant quatre ans dans le Limbourg pourrait bien devenir l'homme du match. Jamais il n'aurait pensé que Carrasco, qui s'est affirmé sur le tard, irait aussi loin. Finalement c'est Cristiano Ronaldo qui, sur une jambe, transforme le tir au but décisif et offre à son entraîneur un premier trophée. Il y a sept ans, à peine arrivé au Real, Cristiano Ronaldo se faisait envoyer en secret des plans d'entraînement par son ami Valter Di Salvo, ex-préparateur physique de Manchester United. Il estimait en effet que les entraînements de Manuel Pellegrini n'étaient pas suffisamment corsés pour lui. Tandis que ses équipiers rentraient chez eux, il continuait à transpirer à la salle de fitness. Jorge Valdano, ex-joueur et ex-directeur technique du Real pense que Zidane est l'homme dont le club a besoin actuellement. "Il a réussi à ramener une bonne ambiance au Real. Sa seule présence détend l'atmosphère, il a rendu le sourire à tout le monde. Comme Ancelotti, il lui suffit de trois mots pour résoudre un conflit et, s'il ne les trouve pas, il se contente de rire. Son discours est très direct et il sait écouter, ce que les joueurs apprécient. " Jusqu'ici, ajouté au respect qu'il force et à son charisme, c'est suffisant. Mais lorsque l'encens se sera dissipé, il en faudra davantage. Alors que, le temps d'un week-end, Milan a pris l'accent espagnol, dirigeants rossoneri et nerazzurri font les comptes et constatent que ceux-ci sont dans le rouge. PAR GEERT FOUTRÉ, ENVOYÉ SPÉCIAL À MILAN - PHOTOS BELGAIMAGE" La seule présence de Zizou a détendu l'atmosphère au Real. " JORGE VALDANO, ANCIEN DT DU CLUB MADRILÈNE