Il est sans conteste une des clés de voûte de la réussite actuelle du Brussels. Un vrai magicien dans son domaine pour les supporters, mais le bonhomme ne baigne pas dans le domaine de l'illusion et de la magie. Ici, on est dans le scientifique. Son ordinateur est d'ailleurs là pour le rappeler, renfermant des milliers de données sur le corps, la musculature, la vitesse, la réactivité de tous les joueurs du noyau bruxellois.
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Il est sans conteste une des clés de voûte de la réussite actuelle du Brussels. Un vrai magicien dans son domaine pour les supporters, mais le bonhomme ne baigne pas dans le domaine de l'illusion et de la magie. Ici, on est dans le scientifique. Son ordinateur est d'ailleurs là pour le rappeler, renfermant des milliers de données sur le corps, la musculature, la vitesse, la réactivité de tous les joueurs du noyau bruxellois. Cela fait quelques mois qu' Arnaud Laly est arrivé au Brussels, fort de quatre années de préparateur physique à La Louvière. Petit mais costaud, doté du physique de l'emploi (tout en muscle couronné d'une tête rasée), ce Français de 35 ans respire la santé. Il en faudrait des tonnes pour l'ébranler physiquement. Pourtant l'habit ne fait pas le moine. Le personnage est d'une discrétion absolue : " Je me complais à rester dans l'ombre. Cela implique parfois que je me demande si mon travail est bien perçu ou pas ". Qu'il se rassure : son travail paie comme lors de la victoire au Lierse : " Nos joueurs ont été dominés pendant une heure de jeu mais les Lierrois ont joué au dessus de leur niveau car à la 62e minute, ils se sont écroulés. Nous pas ". Si le Brussels arrive à résister à ses adversaires, voire à les dépasser dans la dernière ligne droite, il le doit au travail de cet homme dont la formation diffère de celle de ses confrères. Lui, il traîne dix ans d'université derrière lui, couronnés par un doctorat en biomécanique, management et entraînement sportif acquis à Dijon. C'est lors d'une conférence sur la musculation qu'il attire le regard d' Ariel Jacobs qui lui propose de le rejoindre dans un petit club belge du Centre, La Louvière. " Je voulais quitter le domaine universitaire dans lequel j'étais formaté pour donner cours. Il me fallait goûter au terrain, là où on se remet en cause quotidiennement ". Et ne pas finir fonctionnaire, lui qui était passionné par l'action comme en témoignent ses deux années de break durant lesquelles il s'engagea dans les troupes marines basées à Abidjan : " C'était en 1995, lors des élections en Côte d'Ivoire quand ils commençaient à couper les mains des gens pour ne pas qu'ils aillent voter "... Après quatre ans passés à La Louvière, ce Bourguignon du Morvan arrivait en fin de parcours. Comme tout un club : " On ne pense pas à la fin. Quand je suis engagé dans un combat, j'y suis jusqu'au bout ". C'est alors qu' Albert Cartier le rapatrie dans la capitale pour prendre la succession de Frédéric Renotte. Laly : " Ma philosophie repose sur les attentes de l'entraîneur. Il a des idées, des objectifs et pour y arriver, je prépare un programme qui passe par une évaluation de chaque joueur du noyau en dix modalités. Parmi celles-ci, il y a la vitesse, la force, l'explosivité. Une fois que l'on a ces données, on peut dresser un bilan individuel et collectif, ce qui nous permet de nous lancer sur une planification ". Les fibres rapides" On va faire progresser les joueurs, améliorer leur niveau physique. Mon programme est axé sur le travail intermittent court (15 sec-15 sec). Dans le monde des préparateurs physiques, il y a les défenseurs de l'aérobie (l'endurance, aller courir au bois) et puis, il y a d'autres personnes, comme moi, qui pensent que le football n'est pas que ça. Des scientifiques ont analysé les efforts d'un footballeur pendant une rencontre : on a des efforts de type moyen, lent ou de repos. Des efforts qui font travailler les fibres lentes. Et puis, il y a 5 % des efforts des joueurs qui sont des efforts de type rapide, qui font travailler les fibres rapides. Cela ne représente peut-être que 5 % mais, pour moi, c'est sur ces 5 % que la différence se fait. C'est en gagnant les duels, en étant plus explosif que l'on gagne une rencontre. Quand on dit qu'on privilégie telles ou telles fibres, cela ne signifie pas qu'on ne travaille pas les autres types d'efforts. Cependant, passer du bois au sprint, c'est passer des fibres lentes aux fibres rapides. Or, c'est comme cela que l'on s'occasionne une blessure. Moi, je préfère passer des fibres rapides aux fibres lentes : on se blesse moins comme ça ". La méthode Laly, c'est donc vitesse, musculation (haut et bas du corps) et travail VMA (vitesse maximale aérobie). " Mes joueurs sont toujours en phase de croissance. Dans sept semaines, ils seront à leur top. Cela ne veut pas dire que notre travail sera terminé car le plus dur, c'est de stabiliser la forme. Il faudra commencer à prendre en compte des indices de récupération, de force et les mesurer discrètement et ponctuellement. Après, tout est une question de jonglage ". A ce niveau-là, Laly voue une certaine admiration à Robert Duverne, le préparateur physique de Lyon et des Bleus, qui avait basé sa préparation, durant le dernier Mondial, sur une montée en puissance de la France en fixant un pic de forme après le premier tour. Alors que toutes les formations en forme au premier tour explosaient physiquement comme l'Argentine ou le Brésil, la France re- trouvait un nouveau souffle. " Il a prouvé que dans un sport collectif, on pouvait parler de planification de la condition physique, terme que les entraîneurs n'aiment généralement pas entendre. Sur une année, c'est difficile de gérer la forme des joueurs. Il faut se fixer deux échéances : la trêve et la fin de préparation du deuxième tour ". Et là, au Mondial, sur quelques semaines, son collègue avait réussi ". S. VANDE VELDE