Après la victoire de La Louvière en Coupe de Belgique, j'avais la ferme intention de chanter un petit couplet à la gloire de son entraîneur, Ariel le taciturne. Mais, actualité oblige, l'exploit de Justine à Roland Garros prit le pas pour une fois sur ma monomanie footballistique. Ce n'était donc que partie remise.
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Après la victoire de La Louvière en Coupe de Belgique, j'avais la ferme intention de chanter un petit couplet à la gloire de son entraîneur, Ariel le taciturne. Mais, actualité oblige, l'exploit de Justine à Roland Garros prit le pas pour une fois sur ma monomanie footballistique. Ce n'était donc que partie remise. J'ai connu Ariel Jacobs au début des années 80. A cette époque, il terrorisait toutes les défenses de D2 et D3. J'avais besoin d'un buteur à Wavre Sport mais il déclina l'invitation pour terminer sa carrière à Diegem, son club d'origine. Ariel était le centre-avant pivot idéal. Excellent remiseur doté d'une lecture du jeu et d'une technique nettement supérieures à la moyenne. Et finisseur surtout ! Il aurait incontestablement mérité sa chance en D1 mais d'aucuns le trouvaient un peu lent et manquant d'explosivité. Personnellement, je crois surtout que personne n'a eu ni l'audace ni l'art de l'utiliser à bon escient. Comme lui sait si bien le faire aujourd'hui ! C'est peut-être d'ailleurs de sa frustration de joueur qu'est née son approche du métier d'entraîneur. Ariel est avant tout un formateur dans l'âme. L'application de la zone dans toutes nos équipes nationales de jeunes, c'est lui ! L'idée d'un centre de formation fédéral, c'est lui ! Mais ceux qui connaissent bien Ariel Jacobs savent qu'il était assez agacé qu'on l'enferme définitivement dans ce concept. Il brûlait de l'envie de prouver qu'il n'était pas qu'un entraîneur de jeunes. Non pas parce qu'il assimilait l'entraînement des gamins à une sorte d'échec professionnel. Mais parce qu'il n'en retirait que fort peu de soutien et de considération auprès d'une fédération qui l'utilisa durant une dizaine d'années, mais malheureusement sans en tirer la quintessence. Ces années passées à la fédération lui auront sans doute laissé au c£ur quelques blessures d'amour-propre mais il y aura surtout accumulé un extraordinaire bagage dont profitent aujourd'hui ses joueurs. Car la plupart d'entre eux sont des footballeurs inachevés et incomplets, toujours au stade de l'apprentissage du métier et pour lesquels une post-formation n'est pas un luxe ! Ce qui est regrettable dans tout le parcours d'Ariel, c'est qu'on ne lui ait pas suffisamment fait confiance et qu'on lui ait surtout attribué une image qui ne correspond en rien à ce qu'il est dans la réalité... On le dit peu communicatif ! C'est vrai qu'il n'excelle pas dans l'art de vendre du vent ou de se vendre à tous vents ! Mais quand il s'agit de communiquer ses options de jeu, tant à ses joueurs qu'à la presse, vous trouverez peu d'entraîneurs qui le fassent avec autant de méthode et de didactique. Ariel est un modèle de pédagogie. Mais, généralement, on confond marketing et communication ! On le dit trop gentil ! Il est tout simplement humain. Ariel est quelqu'un qui prend en compte les états d'âme de ses joueurs. Il est accessible. Ouvert au dialogue. Mais attention à ses coups de gueule ! Ils sont aussi célèbres que redoutables. Les endormis, les paresseux et les dilettantes peuvent aller se faire voir ! Quant aux tricheurs, il ne leur pardonne rien ! On le croit introverti et austère ! C'est tout le contraire ! Bien sûr, il ne se livre pas au premier venu et ne veut pas plaire à n'importe quel prix. Réservé de nature û il tiendrait cela de son père û, il ne se laisse connaître que par ceux qu'il apprécie. Mais soyez rassurés sur son sens de la dérision, et je vous conseille de ne jamais être la cible de son esprit caustique. Il est féroce ! Ce n'est pas parce que l'on est travailleur, sérieux et intègre que l'on est allergique à l'humour. Ariel jovial, ça vous en bouche un coin, non ? Bref, je dirais que notre homme donne de lui une image complètement faussée. Sans doute sa pudeur naturelle et son aversion pour l'esbroufe expliquent-elles cela. Mais un peu plus d'audace dans l'affirmation de sa personnalité l'aurait sans doute propulsé plus haut et plus loin. Il n'empêche que, si l'amour du terrain ne le tenaillait plus un jour, il serait à mon sens, par ses qualités d'organisateur, un directeur technique de club extraordinaire. parAndré RemyC'est vrai qu'il n'excelle pas dans l'art de vendre du vent ou de se vendre à tous vents !