COACH: Jorge Sampaoli (ARG)

Vous êtes le troisième sélectionneur de l'Argentine depuis le dernier Mondial. C'est une course contre le temps ?
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Vous êtes le troisième sélectionneur de l'Argentine depuis le dernier Mondial. C'est une course contre le temps ? JORGE SAMPAOLI : Le temps est ce qu'il est et je dois faire avec. J'ai toujours insisté sur le fait que les résultats des matches amicaux étaient secondaires, que nous devions avant tout instaurer un système de jeu. Quel est le rôle de Sergio Agüero, Paulo Dybala et Gonzalo Higuain ? SAMPAOLI : Higuain n'avait pas de secret pour moi. S'il conserve le niveau qu'il avait à nos entraînements et dans les matches de la Juventus, il va accroître nos possibilités offensives. C'est différent pour Dybala. Il a été appelé une première fois en 2015 parce que tout le monde voyait en lui un futur grand mais contrairement à la Juventus, nous n'avons pas trouvé le moyen de bien l'utiliser et il a eu du mal à s'adapter à notre style de jeu. Il n'était pas des matches contre l'Italie et l'Espagne parce que je voulais voir comment d'autres remplissaient sa tâche. Enfin, Agüero a joué toute la saison à un très bon niveau. Comment former une équipe qui permette à Lionel Messi de se distinguer ? SAMPAOLI : Ce n'est pas facile car la préparation a été très courte. Nous avons commencé avec trois défenseurs puis nous sommes passés à deux hommes au centre et deux arrières latéraux qui montent en alternance afin de créer plus de situations dangereuses. Nous sommes ainsi plus souples mais nous devons veiller à ne pas laisser de brèche en défense. Ces changements de position doivent placer Leo plus près du but adverse. Il s'occupe beaucoup de l'équipe. Il est même passé au vestiaire en Espagne, alors qu'il ne jouait pas, pour soutenir ses coéquipiers après leur lourde défaite 6-1. Vous pouvez lui apprendre quelque chose ? SAMPAOLI : Non. Je me demande bien quoi. Il joue en suivant son intuition. Ses coéquipiers doivent apprendre à mieux le comprendre, pour améliorer leur collaboration. Il en parle beaucoup avec eux. Quand on possède un footballeur de ce talent, il faut adopter une occupation de terrain qui lui convient. Messi fêtera ses 31 ans pendant le tournoi. Comment faire pour qu'il se sente bien, sachant que ce sera sans doute son ultime Mondial à son meilleur niveau ? SAMPAOLI : Quoi que pensent les gens de Leo, il a atteint un certain niveau de maturité. Il possède d'énormes responsabilités au sein de l'équipe car tout le monde sait ce qu'il représente pour nous. Je me souviens d'un entraînement. Après un long voyage, il était vidé mais il était enthousiaste et il s'est livré à fond malgré tout, ce qui a incité tous les autres à faire un effort de plus. sélectionneur qui a conduit l'Argentine au titre en 1978 Un entraîneur doit former une équipe très compétitive pour un tournoi de cette envergure. Nous le serons sans le moindre doute. Pour le moment, rien ne peut nous empêcher de rêver, d'autant qu'il n'y a pas de formation d'exception à ce Mondial. Certaines fonctionnent très bien mais elles n'ont pas la puissance que dégageait l'Allemagne en 1974. C'est l'Argentine qui aligne le meilleur joueur de bandonéon, comme j'appelle Lionel Messi. Maintenant, il s'agit de jouer si finement qu'on peut entendre un orchestre agréable. Beaucoup d'internationaux valent cher. Certains atteignent les huit chiffres, l'un les dépasse. Le gardien n'est pas un problème. Quel que soit celui que le sélectionneur aligne, il sera prêt. En revanche, il y a encore du travail sur le plan tactique, sur la manière de procéder. Le sélectionneur doit déterminer au plus vite ses onze musiciens attitrés car c'est l'incertitude qui plonge les gens dans le doute. Je souhaite qu'il fasse confiance aux joueurs. En désignant onze titulaires, il va rasséréner ceux-ci. " Son nom de famille est connu, son prénom pas encore. Pendant des années, le Brésil a eu un problème de gardien et c'est au tour de l'Argentine, suite au forfait de Sergio Romero (numéro un depuis 2010) et à la faible prestation de Willy Caballero (36 ans) contre l'Espagne en match amical (6-1). Pendant ce temps-là, un certain Franco Armani (31 ans) excellait à River Plate. Il a failli défendre le but de la Colombie. Son histoire est incroyable : il est originaire des environs de Rosario, comme Messi. Le gardien s'est affilié à Estudiantes, qui l'a loué à des petites équipes des environs. Il passe alors pro. En 2010, l'Atlético Nacional, une grande équipe colombienne, dispute des matches de préparation, notamment contre Merlo, l'équipe d'Armani. Le gardien se distingue et le Nacional l'emmène en Colombie. Il y est si brillant que les Colombiens veulent le naturaliser mais la procédure capote. Début 2018, River Plate le transfère. Cinq mois plus tard, tout le pays veut qu'il soit le gardien numéro un. Reste à convaincre Jorge Sampaoli. Les équipes d'Amérique latine doivent disputer 18 matches pour se qualifier directement pour la Coupe du Monde. Savez-vous combien de buts Sergio Agüero, Paulo Dybala et Mauro Icardi ont marqué pendant ces qualifications ? Zéro. Pas un seul. Gonzalo Higuain en a marqué un, Lionel Messi sept. Les Argentins n'ont marqué que 19 buts. Onze d'entre eux pendant la première demi-heure et huit sur une phase arrêtée. Messi a aidé son équipe à franchir la ligne. L'Argentine n'a inscrit que quatre buts lors des cinq derniers matches, Messi a frappé à trois reprises. L'Argentine est surtout fragile sur les flancs. Sur les seize buts encaissés, elle n'en a pris que trois sur une phase arrêtée mais onze des treize autres ont été préparés sur les flancs. Sergio Romero, le seul gardien à avoir disputé toutes les qualifications, n'est pas en Russie. L'Argentine a utilisé 45 joueurs et trois sélectionneurs : Gerardo Martino a commencé, Edgardo Bauza l'a relayé et Jorge Sampaoli a parachevé le travail.