Il y a d'abord eu la conférence de presse à l'Hôtel de Ville. Le 20 juin 2015, six hommes en costume-cravate s'étaient déjà installés à cette table : le ministre bruxellois des Finances Guy Vanhengel, le ministre-président Rudi Vervoort, le bourgmestre Yvan Mayeur, l'échevin des Sports Alain Courtois, Paul Gheysens pour Ghelamco et, dans un coin, le président du Sporting, Roger Vanden Stock. Les questions épineuses avaient été contrées et l'ambiance était excellente : on avait enfin un accord sur l'Eurostadium. Trois mois plus tard, coup de tonnerre : Anderlecht se retirait.
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Il y a d'abord eu la conférence de presse à l'Hôtel de Ville. Le 20 juin 2015, six hommes en costume-cravate s'étaient déjà installés à cette table : le ministre bruxellois des Finances Guy Vanhengel, le ministre-président Rudi Vervoort, le bourgmestre Yvan Mayeur, l'échevin des Sports Alain Courtois, Paul Gheysens pour Ghelamco et, dans un coin, le président du Sporting, Roger Vanden Stock. Les questions épineuses avaient été contrées et l'ambiance était excellente : on avait enfin un accord sur l'Eurostadium. Trois mois plus tard, coup de tonnerre : Anderlecht se retirait. Pour bien suivre le fil, il faut revenir au début de l'histoire et à la nonchalance avec laquelle Anderlecht a intégré le projet en 2013. Philippe Collin allait tirer le dossier du stade pour le club. Cela coulait de source, puisqu'il l'avait fait avec le complexe de Neerpede, devenu une perle. Il avait visité les centres d'entraînement de différents grands clubs européens et tout minutieusement calculé, avec l'architecte, son gendre. Il ne devait pas se soucier de l'aspect financier : la Région bruxelloise avait accordé un subside de 5 millions. Un beau capital de départ pour un budget de 11 millions. Collin a donc procédé de la même façon pour l'Eurostadium. Il s'est intéressé au projet du President's box, important pour ses invités. Les personnes en chaise roulante allaient passer par le même couloir que les VIP ? Impensable, pour lui. Une délégation emmenée par Michael Verschueren a fait un tour d'Europe des stades, de Stockholm à Turin et de Londres à Munich. Partout, comme Collin jadis, la délégation mauve s'est noyée dans les détails. Nul n'a vraiment réfléchi à la question la plus fondamentale : comment rendre le projet rentable ? Or, c'était un problème car il n'y avait pas de chèque des autorités, cette fois. Par ailleurs, Collin a respecté son budget à Neerpede mais en renonçant infine à la construction d'une aile. En d'autres termes, le Sporting a attelé la charrue avant les boeufs. Jusqu'à l'entrée en scène de Jo Van Biesbroeck. Avant même son intronisation officielle en septembre dernier, le nouveau directeur commercial a étudié le dossier. Van Biesbroeck a travaillé toute sa vie pour AB InBev, attirant l'attention d'Alexandre Van Damme, administrateur de la brasserie et actionnaire-homme fort d'Anderlecht. Van Biesbroeck, imprégné de la culture d'AB InBev qui prône une stricte gestion des coûts, a réalisé que le dossier du stade dérapait et est intervenu. L'insouciance de Collin est étonnante, d'autant qu'il a beaucoup à perdre si Anderlecht déménage au Parking C du Heysel. Le stade Constant Vanden Stock constitue en effet la principale source de revenus de la famille Vanden Stock, dont il fait partie, puisqu'il est le cousin de Roger. Via la SA Winners, la famille retire des bénéfices du catering, du merchandising et des concessions. Un déménagement sans solides conventions met ces rentrées en péril. Collin avait donc tout intérêt à garder les rênes en mains. Il ne l'a pas fait. Il a laissé le choix de l'entrepreneur à la Ville de Bruxelles et a laissé le bail à Ghelamco. Il pensait pouvoir rectifier le tir plus tard, grâce à une bonne table, comme dans le temps. Ghelamco a alors conçu un stade en fonction de l'EURO 2020 alors qu'Anderlecht devait devenir l'utilisateur principal. Il eût été logique qu'on réalise une arène à la mesure d'Anderlecht en étudiant la manière de l'adapter temporairement aux exigences de l'UEFA. On a fait le contraire. Anderlecht a placé son sort entre les mains d'un entrepreneur externe sans plus se soucier de rien. Il n'a jamais clairement expliqué ce qu'il voulait, soit un stade de maximum 45.000 places et la garantie de son implication dans la gestion du stade, lisez une participation dans la société du stade. Jusqu'à l'arrivée de Jo Van Biesbroeck. La saga du stade n'est pas sans conséquences sur les rapports de force au sein du Sporting. Jeudi, le club tient son Assemblée Générale annuelle. Tous les mandats arrivent à terme et il faut composer un nouveau Conseil d'Administration. Une chose est sûre : Claire Vanden Stock va l'intégrer. La fille cadette du président est réputée avoir ses propres opinions et ne pas suivre aveuglément son père. Son aînée, Julie, déjà au Conseil, ne le ferait plus non plus, ce qui aurait accentué le sentiment du président, maintenant âgé de 73 ans, d'être de plus en plus isolé. On a toujours affirmé que les filles Vanden Stock ne s'intéressaient pas à la succession de leur père, le jour où il abandonnerait son poste. Il semble qu'elles veuillent au moins veiller au capital familial lié au club et à ce qu'il en adviendra en cas de déménagement. Chose importante, les actions de la SA Anderlecht sont négociables, pour la première fois depuis la fondation de la société en 2010. Il n'est donc pas impensable qu'il y ait un glissement de pouvoir demain, au terme de l'AG. Selon les rumeurs, Philippe Collin serait le plus menacé par une vente forcée, à cause de son cafouillage dans le dossier du stade. On ignore comment Roger Vanden Stock va réagir. Pour le moment, avec les filles, qui possèdent chacune 10 %, et Collin (19,6 %), la famille détient 60 % des parts. Le passé nous apprend que dans les moments difficiles, la famille a toujours resserré les rangs. Michael Verschueren (10 %) n'est pas sorti intact non plus de la débâcle. Il n'a jamais été impliqué dans les négociations sur le bail et Alexandre Van Damme (2,5 %) l'a toujours considéré comme ses yeux et ses oreilles dans l'affaire. Tout comme Collin, il est dans l'oeil du cyclone. Verschueren Jr personnifie la jeune génération anderlechtoise, avide de renouveau. Fin stratège, il s'est placé depuis longtemps dans le sillage de Van Damme. Il veut se débarrasser de l'étiquette de fils de. Mais de manière un peu trop accentuée, sans doute. Il visait d'ailleurs le poste ravi par Van Biesbroeck mais Van Damme en a finalement décidé autrement. Plus que jamais, le fils de Michel se focalise sur l'European Club Association (ECA), le groupe de lobbying des grands clubs européens, au sein duquel il occupe un poste décisionnel. PAR JAN HAUSPIEPour la première fois depuis la création de la SA Anderlecht, en 2010, les actions seront négociables.