Demain, l'étonnant Zulte Waregem se rend à l'Espanyol Barcelone avec le secret espoir d'encore faire fructifier le capital de six points qu'il a déjà engrangé en deux matches de poule de la Coupe de l'UEFA. Cédric Roussel (28 ans) s'éclate dans cette formation où règne une ambiance familiale prononcée. Malgré deux blessures, dont l'une a failli l'obliger à mettre un terme à sa carrière, il est revenu au premier plan et se réjouit chaque jour un peu plus d'avoir effectué le bon choix en signant au Gaverbeek.
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Demain, l'étonnant Zulte Waregem se rend à l'Espanyol Barcelone avec le secret espoir d'encore faire fructifier le capital de six points qu'il a déjà engrangé en deux matches de poule de la Coupe de l'UEFA. Cédric Roussel (28 ans) s'éclate dans cette formation où règne une ambiance familiale prononcée. Malgré deux blessures, dont l'une a failli l'obliger à mettre un terme à sa carrière, il est revenu au premier plan et se réjouit chaque jour un peu plus d'avoir effectué le bon choix en signant au Gaverbeek. Cédric Roussel : D'un côté, ces performances démontrent que nous ne sommes pas à notre place en championnat. D'un autre côté, elles ont effectivement un caractère incroyable. Déjà, au départ, tout le monde nous voyait prendre deux raclées contre Moscou. Pour le même prix, on aurait pu revenir avec un 3-0 ou 4-0 dans nos valises après le match aller. On a gardé le 2-0 un peu miraculeusement, et on a sauvé l'honneur dans les arrêts de jeu. A 2-1, c'était évidemment une tout autre histoire. Au match retour, on a vécu à peu près le même scénario : cela pouvait être 0-2 après dix minutes. Mais au bout du compte, c'était 2-0 en notre faveur. Honnêtement, je pense que les Russes nous ont un peu sous-estimés, mais ce n'est pas notre problème. Par la suite, nous avons confirmé ces deux prestations : à l'Austria Vienne et contre le Sparta Prague. Pour avoir une chance de passer l'hiver, il fallait impérativement gagner les deux premiers matches, car Vienne et Prague étaient les deux adversaires les plus abordables. On l'a fait. Désormais on a toutes les cartes en mains, d'autant que j'imagine mal Prague battre l'Ajax et Vienne battre l'Espanyol. Statis- tiquement, on a déjà 95 % de chances de nous qualifier, mais on veut plus. On a l'avantage de se déplacer à Barcelone l'esprit serein. L'Espanyol n'est pas au mieux : cette équipe marque peu, est à la traîne en championnat et vient d'être éliminée par un club de D3 en Coupe du Roi. Elle peut nous convenir, car elle est plus technique que physique. En défendant court sur l'homme, il y a moyen de la contrer et, peut-être, de concrétiser l'une ou l'autre contre-attaque. Bien sûr, et à raison. Si l'on termine deuxième du groupe, ce qui est tout à fait possible, on affrontera un club éliminé de la Ligue des Champions au prochain tour. On peut parler de chance au début, mais lorsque les exploits se répètent, ce n'est plus de la chance. La différence avec les grands clubs européens, c'est qu'eux peuvent se permet-tre d'avoir l'un ou l'autre joueur en deçà de son top, alors que nous devons impérativement être tous à 100 % pour réussir un résultat. Jusqu'à présent, cela a toujours été le cas. C'est sûr. La preuve : nous sommes déjà en train de nous passer le CD contenant les photos du match de Prague. L'Europe nous découvre. Le match contre les Tchèques a été retransmis par EurosportFrance. Au départ, les Français étaient curieux de découvrir cette équipe qui réalisait autant d'exploits sur la scène européenne. Et bien, ils ont vu. Les commentaires furent élogieux. Peut-être. Il est clair qu'on a perdu des matches à domicile que, normalement, on aurait dû gagner : contre le Brussels et le Cercle Bruges, par exemple. De toute façon, un joueur préfère toujours jouer des matches plutôt que s'entraîner. La semaine est plus agréable avec trois matches. Pour certains, cela pose peut-être l'un ou l'autre problème d'organisation au niveau du boulot, mais il y a tout de même une bonne dizaine de joueurs professionnels dans le groupe. Et puis, on n'a pas de déplacements compliqués. On a quatre belles villes à notre programme : Vienne, Prague, Barcelone et Amsterdam. Je ne sais pas. Pour certains, avoir une occupation en dehors du football permet de se changer les idées. Pour moi, mon occupation matinale, c'est... m'occuper de ma petite fille d'un an, puisque mon épouse travaille à mi-temps comme enseignante et rentre à la maison lorsque je pars à l'entraînement. Il est clair que, lorsque les matches s'accumulent, les semi-pros arrivent à un moment donné au bout du rouleau. D'après ce que l'on m'a raconté, ils étaient tous cuits , en fin de saison dernière, mais ils sont parvenus à fournir un dernier effort pour remporter la Coupe de Belgique. J'espère que, cette fois, la période de fatigue s'est surtout concentrée sur le début de saison, mais l'entraîneur gère très bien la situation. Il ne nous met jamais la pression après un rendez-vous européen. Il nous a simplement demandé de nous concentrer sur la Coupe de Belgique : cela n'a pas été trop compliqué contre La Louvière. Il nous réclame aujourd'hui d'être dans le Top 10 du championnat à la trêve : c'est réalisable. Au départ de la saison, il nous avait aussi demandé de réaliser un exploit sur la scène européenne : on en a réalisé deux, voire trois. Je l'ai en tout cas pris comme tel. Francky Dury et moi, nous nous parlons énormément. Dans mon esprit, c'était déjà un miracle d'être sélectionnable pour le déplacement à Mons. Lorsque je me suis blessé, on m'avait prédit deux mois d'indisponibilité. Je n'en étais qu'à un mois. A mon avis, ce retour précoce est fortement lié au mental. Je me sens apprécié et soutenu à Zulte Waregem. Cela m'aide énormément. Peut-être, effectivement. Lorsqu'on est serré de trop près, je me sens mal à l'aise. A mes yeux, il est possible de réaliser une belle carrière sans se comporter à 100 % comme un professionnel. J'ai besoin de m'amuser comme footballeur. J'ai trouvé cette ambiance-là à Zulte Waregem. Il n'y a aucune pression : deux heures avant le match, on joue encore aux cartes et je trouve cela génial. Là-bas, on ne s'immisçait pas dans la vie privée. Une seule chose comptait : les prestations sur le terrain. J'ai souffert au début, car l'intensité des entraînements n'avait rien de comparable avec la Belgique, mais je me suis accroché car j'étais en train de réaliser un rêve. J'ai trouvé une complémentarité étonnante avec Robbie Keane. Dès le début, on s'est trouvé les yeux fermés. Je n'ai eu cette sensation-là qu'avec deux joueurs, au cours de ma carrière : Jean-Pierre La Placa et lui. Pendant tout mon séjour en Angleterre, je n'ai jamais été pesé, alors que pendant le stage au Standard, j'étais pesé... tous les jours ! Beaucoup de joueurs anglais ont une légère surcharge pondérale, mais c'est accessoire s'ils n'en souffrent pas en match. Je trouve étonnant que, dans le football, on vous donne des cours de diététique alors qu'on trouve à table une quantité de produits déconseillés... y compris pendant le stage du Standard. Chaque jour, c'était : - Attention, neprendspascela, cartuvasgrossirde100grammes ! Un tel régime, ce n'était pas pour moi. Cette saison, à Zulte Waregem, on m'accorde beaucoup de libertés sur le plan alimentaire et j'ai... maigri de cinq kilos ! Je connais mon corps, je sais ce que je dois faire pour être en bonne condition physique et je n'ai besoin de personne pour me le dire. Mes meilleures saisons, je les ai réalisées dans des clubs où l'on me faisait aveuglément confiance. A Genk aussi, la première saison. J'avais inscrit 15 buts. Puis est arrivé René Vandereycken. Dès le départ, il a déclaré que je n'étais pas complémentaire avec Kevin Vandenbergh. C'était déjà un premier signal. J'ai sans doute commis l'erreur de partir trop vite. J'aurais dû m'accrocher. Deux ou trois mois plus tard, j'ai entendu que Genk recherchait un joueur dans mon style. Effectivement, Bob Peeters a été engagé. Si j'étais resté, j'aurais peut-être reçu ma chance à un moment donné. Mais je sortais d'une saison où j'avais été le meilleur buteur du club et où j'avais été repris en équipe nationale. J'ai mal digéré mon éviction et je me suis montré trop impatient. Ce n'est pas ma priorité, pour l'instant. Je ne pourrai prétendre à l'équipe nationale que lorsque je livrerai une série de prestations haut de gamme dans mon club. Le fait que René Vandereycken soit le sélectionneur ne constitue pas, à mes yeux, un obstacle infranchissable. Lorsqu'il était à Genk, j'ai critiqué certaines de ses décisions, mais je n'ai pas visé l'homme. Lorsque j'étais à Wolverhampton, j'avais aussi eu des problèmes avec l'entraîneur, Dave Jones. On a même failli en venir aux mains. Mais, avant que je signe au Standard, il m'a sollicité pour aller le rejoindre à Cardiff. Comme quoi... On ne m'en a jamais donné. On a seulement invoqué des histoires saugrenues en guise d'excuse. Comme le fait que je n'habitais pas à Liège et que les déplacements me fatiguaient. Or, lorsque j'ai signé mon contrat, j'avais demandé de pouvoir disposer d'un appartement dans la Cité Ardente et on me l'avait refusé ! On avait préféré me verser des indemnités de déplacement. C'est exact, mais ce n'était pas mon cas. Je sais que mon franc-parler indisposait certaines personnes au Standard. Que voulez-vous ? Je ne suis pas du genre hypocrite. Il ne faut pas attendre de moi que j'aille frotter la manche de quelqu'un pour entrer dans ses bonnes grâces. Lorsque quelque chose me déplaît, je le dis. Et apparemment, du côté de Sclessin, ce n'était pas trop apprécié. J'ai entendu cela aussi. Mais je n'ose pas le croire. Lorsqu'on se voit, Sergio Conceiçao et moi, on s'embrasse. Certes, on ne partage pas toujours le même point de vue : j'estime, pour ma part, qu'on n'a pas automatiquement raison parce qu'on a un grand nom. Je lui ai parfois dit ma façon de penser. Mais il n'y avait aucun problème relationnel entre nous. Si j'admets que je n'ai jamais été son meilleur ami, je ne pense pas, non plus, avoir été son pire ennemi. Je suis certain qu'il influençait, effectivement, la sélection. Mais je serais très déçu d'apprendre que c'est lui qui a scellé mon sort. Cette période au Standard restera, en tout cas, un point noir dans ma carrière. Je me suis toujours demandé pourquoi on m'avait pris. Lors de ma première (demi)-saison, j'avais terminé le championnat en inscrivant six buts en neuf matches. J'étais parti en vacances, persuadé que le championnat suivant s'annonçait sous d'excellents auspices. J'ai senti dès la reprise des entraînements qu'on ne comptait pas sur moi. Et j'ai reçu un coup de massue sur la tête lorsque j'ai appris la titularisation de Sambegou Bangoura pour le premier match, alors qu'il avait été absent depuis juin et n'avait débarqué qu'en août. J'aspirais simplement à recevoir une chance. Je ne l'ai jamais obtenue. Ou plutôt, si : j'ai obtenu un match pour faire mes preuves. Contre Beveren : une défaite 1-3, où toute l'équipe est passée au travers. Après, j'ai été relégué dans les oubliettes. En février-mars, je me suis résigné à devoir quitter le Standard. Je me rendais compte que, quels que soient les efforts que je fournissais ou les buts que j'inscrivais avec la Réserve, cela ne changeait rien à ma situation. Alors que d'autres ne s'entraînaient pas jusqu'au vendredi mais étaient tout de même repris. J'ai alors baissé les bras. Heureusement, j'ai rapidement retrou-vé un club. Un bon. Et j'y démontre que je n'ai rien perdu de mes qualités. Je n'y ai pas songé moi-même, on y a songé pour moi. On m'a signalé, après ma commotion encourue lors du deuxième match de championnat con-tre le Brussels, que cela pouvait tourner mal. Ce n'était pas ma première commotion et j'ai toujours essayé de rester optimiste. C'était surtout les gens autour de moi qui me posaient des questions. Du style : - Queferas- tusitudoisarrêter ? Quelque part, je sentais aussi que le médecin avait envie de me dire : - Il y aunrisque, c'est àtoidedécider ! Non : j'ai une femme et un gosse, s'il y a vraiment un risque, c'est au médecin à m'interdire la pratique du football. Ma femme a été marquée par cet accident : de la tribune, elle a vu son mari inconscient sur le terrain, évacué d'urgence vers l'hôpital. Pour moi, ce fut encore plus dur. La commotion présentait plus de risques pour la suite de ma carrière, mais cette blessure au genou signifiait la perspective de tout devoir recommencer à zéro. Je devrais retravailler tout seul, en voyant le kiné tous les jours. C'est dans ces moments-là qu'il faut sentir le soutien du club et de la famille. Heureusement, j'en ai bénéficié. Mieux, heureusement. Il s'est tracassé pour moi lorsque j'étais à Kazan, puis au Standard. Aujourd'hui, il est content de venir à Waregem. Il apprécie l'ambiance qui y règne. Il vient de se faire opérer du dos et des jambes, et tout s'est bien passé. Voir son visage rayonnant après le match contre le Sparta Prague, c'était un autre moment de bonheur pour moi... DANIEL DEVOS