Ce mardi, les Diables Rouges joueront un match amical, au stade Roi Baudouin, contre l'Arabie Saoudite. Pour les deux pays, ce match servira de préparation à la Coupe du monde en Russie. Car les Saoudiens se sont également qualifiés pour la grand-messe du football international. Si cette qualification a été relativement aisée pour les Belges, leurs hôtes de mardi ont dû attendre le tout dernier instant pour arracher leur billet. Dans un groupe qui comprenait aussi le Japon, l'Australie, les Émirats Arabes Unis, l'Irak et la Thaïlande, une victoire 1-0 contre le Japon, déjà qualifié, a permis aux Saoudiens de se hisser à la deuxième place, à égalité de points avec l'Australie. Et même de dépasser les Socceroos à la différence de buts. Les Aussies ont dû disputer des matches de barrage contre la Syrie et le Honduras. Heureusement pour Mathew Ryan et ses amis, ils s'en sont sortis et seront également de la fête en Russie, l'été prochain.
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Ce mardi, les Diables Rouges joueront un match amical, au stade Roi Baudouin, contre l'Arabie Saoudite. Pour les deux pays, ce match servira de préparation à la Coupe du monde en Russie. Car les Saoudiens se sont également qualifiés pour la grand-messe du football international. Si cette qualification a été relativement aisée pour les Belges, leurs hôtes de mardi ont dû attendre le tout dernier instant pour arracher leur billet. Dans un groupe qui comprenait aussi le Japon, l'Australie, les Émirats Arabes Unis, l'Irak et la Thaïlande, une victoire 1-0 contre le Japon, déjà qualifié, a permis aux Saoudiens de se hisser à la deuxième place, à égalité de points avec l'Australie. Et même de dépasser les Socceroos à la différence de buts. Les Aussies ont dû disputer des matches de barrage contre la Syrie et le Honduras. Heureusement pour Mathew Ryan et ses amis, ils s'en sont sortis et seront également de la fête en Russie, l'été prochain. Les artisans du succès des FauconsVerts, comme on surnomme les Saoudiens, sont Bert van Marwijk et notre compatriote Jan Van Winckel, qui a été pendant trois ans le directeur technique de la fédération d'Arabie Saoudite et a engagé le sélectionneur néerlandais. Curieusement, Van Marwijk a été renvoyé, une fois la qualification acquise. Un C4 reçu d'un nouveau ministre des sports et du nouveau manager général Majed Abdullah. L'ancien meilleur buteur saoudien exigeait que Van Marwijk séjourne au moins 23 jours par mois dans le pays, et qu'il demande l'autorisation au président chaque fois qu'il voulait quitter l'Arabie Saoudite. Le contrat de Van Marwijk n'a pas été prolongé, pas plus que celui de son staff, qui comprenait entre autres Mark van Bommel et l'ancien entraîneur de Bruges, Adrie Koster. Van Winckel a cassé son contrat, mais est encore utilisé comme consultant. L'ancien sélectionneur argentin Edgardo Bauza a été choisi comme nouveau T1, mais après deux mois, il a déjà pu faire ses valises car les résultats n'étaient pas satisfaisants dans les matches amicaux. C'est du moins ce qu'estimait le président de la fédération, Adel Izzat. Les cheikhs saoudiens ont de nouveau pris le pouls de Van Marwijk, mais se sont heurtés à un refus catégorique. Finalement, ils se sont rabattus sur Juan Antonio Pizzi. Malgré la non-qualification de LaRoja, l'ancien sélectionneur du Chili sera donc, lui aussi, présent en Russie, tout comme Van Marwijk qui a opté pour l'Australie. Pour se préparer le mieux possible, la SAFF (fédération de football d'Arabie Saoudite) a prévu un grand nombre de matches amicaux : 12 ( ! ) au total, dont sept ont déjà été disputés. Quatre ont été perdus. Ce n'est pas neuf. En Arabie Saoudite, on part du principe que la détection de talents doit se faire en équipe nationale. D'où l'accumulation des stages et des matches amicaux. Sous Van Winckel, qui croit au contraire que la détection de talents doit se faire via les clubs, on procédait différemment. Il a notamment fait venir des Belges comme Bart De Roover et Sander Van Praet dans le pays. Ils ont officié comme mentors, coaches des coaches locaux. La nouvelle direction est revenue aux principes antérieurs. Étonnamment, l'Arabie Saoudite a payé un million pour pouvoir venir jouer à Bruxelles. De cette manière, l'Union belge récupère la moitié des deux millions d'euros qui avaient été perdus en novembre lorsque la tournée asiatique était tombée à l'eau, sous la pression des internationaux qui évoluent en Premier League et de leurs clubs. En Arabie Saoudite, le football cadre avec une politique plus large. En novembre 2016, la famille royale a décidé d'investir avantage dans le sport. Des budgets ont été libérés et un plan a été élaboré. Il a intégré Vision 2030, un plan économique pour le pays destiné à moins dépendre des pétrodollars. En sport, des budgets seront consacrés à la construction d'infrastructures et à la privatisation des clubs. On essaiera aussi d'organiser de grands événements internationaux dans le pays. Les Qataris ont réussi à obtenir la Coupe du Monde de football, les Saoudiens auront des ambitions plus modestes, dans un premier temps ; ils se limiteront à une Race of Champions (une compétition internationale de sports moteurs) et à un combat pour le titre mondial de boxe. Il y a beaucoup de footballeurs talentueux dans le pays, signale Van Winckel. Le niveau est très haut pour la région. Simplement, trop peu de joueurs évoluent encore à l'étranger, ce qui les empêche de progresser davantage. Un programme d'échange a été envisagé pour accélérer le processus. Cette idée a été réalisée après son départ, mais pas de la manière dont Van Winckel l'avait imaginée. L'Arabie Saoudite a conclu un accord avec la Liga. Cet hiver, neuf joueurs ont été cédés à des clubs de première et deuxième division, pour six mois. Ainsi, Villarreal, Leganés et Levante (sociétaires de l'élite), et le Real Valladolid, le Rayo Vallecano, Numancia et le Sporting Gijón (clubs de D2) ont tous un ou plusieurs joueurs saoudiens dans leur effectif, désormais. Cette opération ne coûte pratiquement rien aux clubs espagnols, car ils ne doivent payer que le salaire minimum obligatoire. Les clubs saoudiens allongent le reste, tout comme ils subsidieront le voyage de coaches espagnols à Jeddah, pour y fonder une académie plus tard. Jusqu'à présent, aucun joueur saoudien n'a encore joué la moindre minute dans son nouveau club, au grand désappointement des supporters arabes, si l'on se fie à Twitter. Tout le monde n'est pas convaincu du bien-fondé de cette opération. Ainsi, le quotidien sportif Marca a titré en Une : ' Petrodollars en La Liga'. Le syndicat des joueurs espagnols, de son côté, critique le fait que l'on préfère l'argent au talent. Selon l'ancien joueur du Real Madrid Fernando Sanz, qui travaille actuellement au Moyen-Orient et en Afrique du Nord pour la Liga, c'est surtout une occasion pour les plus petits clubs espagnols d'acquérir une certaine réputation à l'étranger. Il est convaincu que les sponsors saoudiens suivront. Et c'est déjà le cas. Après un mois, Villarreal annonçait l'arrivée d'un nouveau sponsor. Jusqu'à la fin de cette saison, le logo de l'opérateur saoudien de télécommunications Jawwy sera visible sur les manches de Carlos Bacca et de ses partenaires. Le prince héritier de l'Arabie Saoudite, Mohammed bin Salman, est également un grand partisan de l'accord. Logique, vu qu'il possède les droits de télévision de la Liga dans son portefeuille. Son nom est tombé : Mohammed bin Salman. L'héritier du trône joue un très grand rôle dans l'Arabie Saoudite actuelle, et dans la gestion sportive du pays en particulier. Il veut moderniser le pays, bannir l'Islam radical et rendre l'État pétrolier moins conservateur. Il veut aussi diversifier l'économie saoudienne, développer le commerce, stimuler les possibilités d'emploi et assouplir les limitations sur les divertissements. Étonnant dans le chef du futur leader d'un pays qui applique la charia au sens strict du terme. À partir de juin 2018, l'interdiction de conduire pour les femmes sera abolie (même si bin Salman doit encore donner son accord). C'est le roi d'Arabie Saoudite, Salman bin Abdul Aziz, qui l'a annoncé. Mais tout le monde pense que le prince héritier est d'accord. Il entend ainsi redorer l'image internationale du pays. L'an passé, il a créé un organisme anti-corruption, qui a conduit en novembre 2017 à l'arrestation d'un certain nombre de princes, de ministres et d'anciens ministres. Il veut aussi autoriser des concerts et des comédies, pour autant qu'elles soient en conformité avec les règles morales du pays. En janvier, les femmes ont aussi été autorisées, pour la première fois, à assister à un match de football dans un stade en tant que supportrices. Certes, dans un bloc qui leur était exclusivement réservé, avec une entrée qui leur était réservée, et avec une zone fumeur qui leur était propre, et seulement dans trois stades. On procède par petites étapes, mais c'est déjà un progrès dans un pays où hommes et femmes sont encore loin d'être traités sur un pied d'égalité. En Arabie Saoudite, le football est plus populaire que jamais, il a même dépassé les courses de chameaux en termes de popularité. La formation est remarquable, le talent est présent. Les dignitaires religieux se font quelques soucis, mais la (jeune) population se sert des matches de football pour manifester son mécontentement vis-à-vis de la gestion du pays. Au lieu des mosquées, ce sont les stades qui risquent de devenir le centre de la révolution. Celle-ci est en marche depuis longtemps. En 2012, le prince Nawaf bin Feisal a quitté la présidence de la fédération saoudienne de football. C'est un événement suffisamment rare pour être signalé, car jusque-là, aucun membre de la famille royale n'avait encore fait un pas de côté sous la pression extérieure. Pour la première fois de l'histoire, des élections ont été organisées, et l'ancien gardien Ahmed Eid Alharbi en est sorti vainqueur. C'est un grand partisan du football féminin. Par Robin Dekempe et Peter T'Kint