A peine a-t-il quitté Namur, en novembre 2008, que Fabio Cordella est dans la tribune de l'Union Saint-Gilloise, d'après ses dires grâce à l'intervention de l'agent de joueurs Daniel Striani, " un ami ". En peu de temps, l'Italien et le club de D3 concluent un accord de principe pour un investissement d'un million d'euros. " La stabilité financière du club est assurée ", jubile Charles Picqué, président d'honneur, bourgmestre de Saint-Gilles et également ministre-président de la Région de Bruxelles-Capitale. Il est convenu que l'argent sera versé en quatre tranches avant le 30 juin 2009.
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A peine a-t-il quitté Namur, en novembre 2008, que Fabio Cordella est dans la tribune de l'Union Saint-Gilloise, d'après ses dires grâce à l'intervention de l'agent de joueurs Daniel Striani, " un ami ". En peu de temps, l'Italien et le club de D3 concluent un accord de principe pour un investissement d'un million d'euros. " La stabilité financière du club est assurée ", jubile Charles Picqué, président d'honneur, bourgmestre de Saint-Gilles et également ministre-président de la Région de Bruxelles-Capitale. Il est convenu que l'argent sera versé en quatre tranches avant le 30 juin 2009. Quelques joueurs de l'UR Namur suivent Cordella. Son neveu Massimo Cordella est nommé directeur commercial et Dario Marigo devient directeur technique. Les ingérences de Cordella et de Marigo poussent rapidement l'entraîneur Roland Van den Bosch à démissionner. L'Union se maintient mais durant la préparation de la nouvelle saison, seules deux tranches ont été payées. Interrogé sur ses relations avec les Italiens, Picqué répond à La Meuse : " Bonnes ! Ils me semblent sérieux, raisonnables et corrects. C'est justement pourquoi je ne comprends pas que l'argent n'ait pas été versé aux moments convenus. Ceci dit, nos amis de Zerozeronove nous apportent beaucoup : leur dynamisme, leur ambition, leurs relations en football. Nous ne devons pas tout représenter en noir. " Roberto Landi est le nouvel entraîneur. Un globe-trotter italien, qui dit connaître Franco Dal Cin depuis trente ans. Agé de 66 ans, Dal Cin semble brusquement être l'investisseur caché derrière Zerozeronove, que Cordella a toujours prétendu représenter. Ce n'est pas un petit poisson : il a occupé des postes directoriaux à Udinese, à la Reggiana, à l'Inter et à Venise. Ce n'est pas non plus un enfant de ch£ur : suite à une affaire de corruption dans son dernier club, il a passé quatre mois en prison en 2005 et pendant cinq ans, il est interdit de poste dans le football italien. Son fils Michele Dal Cin s'est également retrouvé sur le banc des accusés. Banni trois ans, il est de nouveau actif comme agent, essentiellement au Nigeria. Lors de son interrogatoire, il serait apparu que Dal Cin aurait donné le coup d'envoi du Calciopoli, le scandale qui allait éclater un an plus tard et toucher Luciano Moggi, le patron de la Juventus. Grâce à un réseau d'arbitres corrompus, il aurait manipulé des matches pendant des années. La justice se demande toujours comment Dal Cin pouvait être aussi bien au courant. Il faudra attendre novembre 2009 pour que Zerozeronove verse la totalité du million promis à l'Union. Ce retard n'est pas surprenant. Des documents obtenus auprès du bureau international d'informations commerciales et financières Graydon font état de la fondation de Zerozeronove le... 14 janvier 2009 seulement. La société n'existait donc même pas quand Cordella s'est présenté à Namur ni quand il a conclu un accord de principe avec l'Union ! La société n'a qu'un administrateur et non Dal Cin mais... Cordella. Plus fort : la société ne semble plus en activité, elle est en liquidation. Elle n'a qu'un capital limité de sorte qu'il existe sans doute une deuxième source de rentrées. Zerozeronove a probablement investi dans l'Union avec de l'argent prêté. Comme l'entreprise est encore trop jeune pour avoir déposé un bilan, la provenance de l'argent n'est pas claire. Il peut s'agir de Dal Cin mais ses activités professionnelles sont peu rassurantes, apprend-on d'Italie. D'après les informations de Graydon, Zerozeronove est un partenaire extrêmement risqué. Mais l'Union n'en fait pas davantage un problème que l'UR Namur. Cordella occupe deux mandats d'administrateur dans deux autres sociétés, dont l'une est en faillite. Ces chiffres montrent qu'il n'a que des dettes. Sur le papier à en-tête de l'Union, Fabio Cordella Cantine figure comme sponsor, accompagné d'un slogan : le vin et l'huile de la bonne tradition italienne. Quand on clique sur son site web, on ne parvient pas à aller plus loin ni à apprendre quoi que ce soit. Les spécialistes n'excluent pas que Zerozeronove soit la couverture d'un circuit de blanchiment, même s'ils ne disposent encore d'aucune preuve. Le nom de la société signifie 009 en italien, préfixe de téléphonie mobile dans la Botte. En novembre 2009, quand le million est enfin versé, Zerozeronove est devenue l'actionnaire principal de l'Union. Elle obtient trois représentants au conseil d'administration, en plus de Cordella : Franco et Michele Dal Cin, et AndreaLocatelli. Leurs liens avec Zerozeronove ne sont pas clairs mais Franco Dal Cin reprend la direction sportive à Cordella, qui est en dispute avec l'ancienne équipe directrice depuis des mois. Selon la presse bruxelloise, c'est Dal Cin qui limoge Landi trois semaines plus tard. C'est étonnant car cela se produit le lendemain d'une étrange victoire. Tout devient complètement dingue quand les trois autres administrateurs italiens semblent partir, Cordella y compris. Celui-ci avait approché Alex Czerniatynski, comme il l'avait déjà fait avant la saison, pour le poste d'entraîneur mais Dal Cin embauche Zoltan Kovacs (ex-La Louvière et jadis brièvement à St-Trond grâce à Marc Wilmots). La connexion italienne semble divisée mais Dal Cin intervient rapidement. Dans un communiqué de presse, il s'en prend au président Willy Michielsen. Comme Cordella, il reproche à l'Union d'avoir utilisé des centaines de milliers d'euros pour renflouer la caisse du club. Les Italiens semblent donc préparer leur départ avant même qu'une fraction de leur soi-disant projet à grande échelle soit réalisée. C'est exactement le même scénario qu'à Abidjan et à Namur. Le groupe Sudpresse avait osé imaginer que l'argent investi par Marijo Curtak à Namur avait peut-être été récupéré via le circuit des paris. Et l'Union ? Malgré ses ambitions et les salaires plantureux des joueurs (jusqu'à 50.000 euros bruts par an), elle continue à accumuler les défaites. Dimanche passé, elle a renoué avec la victoire, revenant ainsi à l'avant-dernière place de la Division 3B. L'UR Namur n'est jamais arrivée aussi haut.