En juillet 2010, Sócrates, invité du Festival Littéraire de Londres, ne s'était pas montré tendre envers Dunga. Logique car le Docteur nostalgique et le sélectionneur fédéral, capitaine de l'équipe championne du monde en 1994, avaient des caractères diamétralement opposés. Autant le premier, ancien meneur de jeu, était créatif, autant le second, ex-médian défensif, se voulait pragmatique. Sócrates estimait qu'en Afrique du Sud, sous Dunga, le Brésil jouait contre nature, qu'il était trop prévisible, qu'il misait trop sur la reconversion et sur le résultat final. Pour le philosophe du football, le résultat était secondaire. Si Van Gogh ou Degas avaient su à l'avance le succès qu'ils allaient avoir, ils n'auraient jamais réalisé d'aussi belles toiles, disait l'ex-capitaine de l'équipe brésilienne.
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En juillet 2010, Sócrates, invité du Festival Littéraire de Londres, ne s'était pas montré tendre envers Dunga. Logique car le Docteur nostalgique et le sélectionneur fédéral, capitaine de l'équipe championne du monde en 1994, avaient des caractères diamétralement opposés. Autant le premier, ancien meneur de jeu, était créatif, autant le second, ex-médian défensif, se voulait pragmatique. Sócrates estimait qu'en Afrique du Sud, sous Dunga, le Brésil jouait contre nature, qu'il était trop prévisible, qu'il misait trop sur la reconversion et sur le résultat final. Pour le philosophe du football, le résultat était secondaire. Si Van Gogh ou Degas avaient su à l'avance le succès qu'ils allaient avoir, ils n'auraient jamais réalisé d'aussi belles toiles, disait l'ex-capitaine de l'équipe brésilienne. C'est une vision comme une autre. Quoi qu'il en soit, après cette Coupe du monde, Dunga fut démis de ses fonctions de sélectionneur. Ce n'était pas surprenant car, un an plus tôt, il avait lui-même affirmé que, quatre ans à ce poste, c'était assez. Avec le recul, on se dit qu'il avait peut-être tout de même retiré le maximum de son noyau. Il n'avait pas sélectionné Ronaldinho ni Neymar, qu'il trouvait encore trop jeune. Il avait dû composer avec Kaká et des joueurs ayant échoué en Premier League comme Robinho, Elano, Julio Baptista et Kleberson. Dès 2010, Luiz Felipe Scolari était un des principaux candidats à sa succession mais, après avoir échoué à Chelsea et être allé gagner un peu d'argent au FC Bunyodkor, en Ouzbékistan, il avait donné sa parole à Palmeiras, un des grands clubs brésiliens, et voulait respecter ses engagements. La fédération brésilienne sonda alors Muricy Ramalho, qui avait été champion trois fois d'affilée (2006 à 2008) avec le FC São Paulo mais le président fédéral, Ricardo Teixeira, ne parvint jamais à le faire libérer de son contrat avec Fluminense. Finalement, c'est le troisième de la liste, Mano Menezes, qui fut choisi. Tout le monde avait bien compris qu'il n'était là que pour assurer l'intérim en attendant Scolari. Le mérite de Menezes, c'est d'avoir... poursuivi le travail entamé par Dunga. De façon plus nuancée, toutefois. Tout comme Dunga, Menezes n'était pas un poète. Comme son prédécesseur (et comme Scolari), il a grandi dans le sud du Brésil, une région fortement colonisée par les Européens et qui cultive le goût pour le travail ainsi que pour le jeu très physique. Menezes introduisit également un nouveau schéma tactique (4-2-3-1) et rajeunit les cadres, écartant la vieille garde présente en Afrique du Sud - Lucio, Juan, Elano, Luis Fabiano. Même Kaká, qui n'avait que 28 ans en 2010, fut considéré trop vieux. D'autres joueurs arrivèrent, comme Pato et Ganso ou David Luiz, défenseur central de Benfica qui forma l'axe central de la défense avec Thiago Silva, encore un rookie en Afrique du Sud et désormais propulsé au rang de leader. C'est également lui qui lança Neymar (47 sélections depuis lors), équipier de Robinho à Santos et auteur de nombreux buts avec l'équipe nationale. Menezes ne répondit qu'une seule fois aux critiques des nostalgiques : en 2011, après une Copa America décevante (élimination aux tirs au but en quarts de finale face au Paraguay), il rappela Ronaldinho en sélection. Une mauvaise idée. Ronaldinho jouait à l'ancienne : il était génial balle au pied mais ne travaillait pas en perte de balle. De plus, la star du championnat -d'abord à Flamengo puis à l'Atletico Mineiro - manquait de rythme. Même si le championnat brésilien devient de plus en plus athlétique, les joueurs bénéficient encore de beaucoup d'espaces et celui qui a le ballon, en plus d'être protégé par l'arbitre, bénéficie de beaucoup de temps. Très à l'aise dans la compétition domestique, Ronaldinho l'était beaucoup moins au niveau international. Ses cinq apparitions en équipe nationale sous la direction de Menezes constituèrent autant de déceptions. Le sélectionneur finit donc par le laisser tomber. Entre-temps, il avait dirigé l'équipe olympique aux Jeux de Londres et avait vu apparaître d'autres bons joueurs. Notamment Oscar, transféré à Chelsea juste avant les Jeux. Ou Paulinho, une des stars de Corinthians, aujourd'hui à Tottenham et sans doute appelé à évoluer à un niveau plus élevé encore. Fernandinho, désormais une des valeurs sûres de Manchester City (dans un autre rôle) pointait le bout du nez également. Pour Menezes, il ne faisait aucun doute que Ronaldinho était dépassé. Hélas pour lui, il ne put récolter ce qu'il avait semé car en novembre 2012, le couperet tomba : comme prévu, la fédération rappela Scolari, champion du monde en 2002 avec le Brésil et vice-champion d'Europe deux ans plus tard avec le Portugal. Menezes paya-t-il, avec quelques mois de retard, la note de la finale olympique perdue à Londres ? C'est possible car le Brésil joua très mal ce jour-là et on put à nouveau constater combien la différence de rythme entre le championnat brésilien et le niveau international était flagrante. La popularité de Scolari, qui avait retrouvé sa liberté après deux ans à Palmeiras, a-t-elle joué un rôle ? Certainement ! Menezes a-t-il été victime d'un conflit politique au sein de la fédération brésilienne ? Sans aucun doute ! C'est Ricardo Teixeira, beau-fils de Joao Havelange, qui l'avait appelé à la tête de l'équipe nationale. Mais le 12 mars 2012, celui-ci avait démissionné de la présidence de la CBF ainsi que du comité d'organisation de la Coupe du monde, pour se réfugier aux Etats-Unis. Il était soupçonné de corruption et d'abus de pouvoir. Son successeur était un vétéran : José Maria Marin, 79 ans, ex-gouverneur de l'Etat de São Paulo. Un représentant de la vieille garde brésilienne, très droite, dictatoriale. Il tenta d'abord de rallier Menezes à sa cause - le sélectionneur était tenu de lui montrer sa sélection avant de la dévoiler publiquement - mais, très vite, les rumeurs faisant état d'un limogeage s'amplifièrent. Dès que Scolari fut libre, les heures de Menezes furent comptées. Au début, Luiz Felipe Scolari éprouva, lui aussi, toutes les peines du monde à faire tourner l'équipe nationale. Dans un premier temps, il rappela Ronaldinho en dix mais il revint rapidement sur sa décision. Il ne remporta qu'un seul de ses quatre premiers matches amicaux, trois en Europe et un au Brésil. Son tout premier onze ressemblait fortement à celui sur lequel il compte manifestement pour devenir champion du monde. Face à l'Angleterre, il avait aligné : César, Alves, Luiz, Dante, Adriano ; Paulinho, Ramires ; Oscar, Ronaldinho, Neymar ; Luis Fabiano. A l'exception de Luis Fabiano, Ronaldinho et Adriano, ils sont encore tous là. En d'autres mots : Scolari eut tôt fait de dégager une équipe-type et 18 mois ne suffirent pas à le faire changer d'avis. Son problème consistait à trouver un équilibre, surtout au milieu de terrain. Car dans ce premier match, ses deux hommes dans l'axe furent dominés par l'adversaire. La fois suivante, face à l'Italie, il aligna donc un nouvel entrejeu, avec Fernando et Hernanes, et confia le rôle de numéro dix à Oscar. Hulk joua sur la droite et Fred en pointe. Contre la Russie, à Stamford Bridge, il rappela Kaká avec Neymar en dix mais cela ne fonctionna pas. Derrière, par contre, ça tenait la route. Non plus avec Dante (ex-Standard) mais avec Thiago Silva dans l'axe. Au cours de ces trois rencontres, c'est Marcelo qui avait joué à gauche. Et la troisième fut la bonne. C'est au cours de ces trois matches que l'équipe prit forme. Les résultats ne suivaient pas encore mais l'équipe tenait la route. On put s'en apercevoir au cours de la Coupe des Confédérations, sans Kaká et sans Ronaldinho. Pour la répétition générale, Scolari coupla la défense alignée face à la Russie à l'attaque qui avait joué contre l'Italie. Avec Fred en front de bandière incontesté, avec Hulk, peu populaire, à une place inhabituelle d'ailier droit et avec un gardien qui n'était même pas titulaire en D2 anglaise. Et le Brésil gagna. En finale, il balaya même (3-0) une Espagne dont les héros étaient fatigués par une nouvelle saison interminable. Au Brésil, tout le monde pense que c'est la même équipe qui sera alignée en Coupe du monde. Sans Robinho (AC Milan), que l'on attendait pourtant dans la sélection à la place de Bernard (Shakhtar Donetsk). Peut-être pas comme titulaire mais en dépannage, pour faire sauter un verrou en cas de besoin. Scolari ne jure cependant que par Bernard, qui était déjà là l'année dernière. Le sélectionneur aime les groupes soudés, sans vedette. Il y a donc peu de points d'interrogation dans l'équipe qui sera alignée mais si on interroge les Brésiliens quant à leurs chances de succès, on sent planer le doute. Le gardien, Julio César, est parti de toute urgence en février dernier à Toronto, pour retrouver du rythme en MLS. Il n'est pas beaucoup meilleur que Jeferson (Botafogo) mais c'est un leader et Scolari aime cela. De plus, et le Portugal en sait quelque chose, le sélectionneur est du genre fidèle avec ceux qui ne le déçoivent pas. Julio César n'a pas livré une grande Coupe du monde en Afrique du Sud mais Scolari n'était pas sur le banc. PAR PETER T'KINT, ENVOYÉ SPÉCIAL À RIO DE JANEIRO ET BELO HORIZONTE" L'empreinte de Luis Felipe Scolari, c'est le pressing ultra-rapide. La seleçao prend l'adversaire à la gorge. " Tostao, vedette du Brésil '70