Le 29 novembre dernier, Hein Vanhaezebrouck était viré. La veille, Genk avait été battu 2-0 à... Mouscron et pointait à une dramatique 12e place : 17 points seulement après 16 matches et 48 points possibles ! Le 4 décembre, Frankie Vercauteren était nommé T1 et trois jours plus tard, Herman Vermeulen remplaçait Sef Vergoossen comme directeur sportif. Genk avait pris les mesures d'urgence pour arrêter l'hémorragie.
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Le 29 novembre dernier, Hein Vanhaezebrouck était viré. La veille, Genk avait été battu 2-0 à... Mouscron et pointait à une dramatique 12e place : 17 points seulement après 16 matches et 48 points possibles ! Le 4 décembre, Frankie Vercauteren était nommé T1 et trois jours plus tard, Herman Vermeulen remplaçait Sef Vergoossen comme directeur sportif. Genk avait pris les mesures d'urgence pour arrêter l'hémorragie. Depuis, le grand Hein n'avait plus parlé avec la presse : " Je ne voulais pas lancer de polémique. Le mieux a été de prendre un peu de distance. Un jour, il faut quand même revenir sur terre, parce que je ne suis pas mort, hein ! (il rit). J'ai pu reparler avec le directeur général Dirk Degraen et avec Vergoossen, avec qui je travaillais quotidiennement. Ce furent de bonnes discussions avec deux messieurs très classe... " Le Flandrien a beaucoup repensé à des propos tenus en son temps par Trond Sollied, qui affirme devoir beaucoup au timing dans le succès de sa carrière : " A quel moment arrive-t-on dans un club ? C'est très important. Pour moi, cependant, impossible à prévoir que je serais vite confronté à un président très jeune et inexpérimenté dans le foot. Je ne m'attendais pas à cela dans un club du calibre de Genk. Dommage, car j'ai investi beaucoup d'énergie dans ce magnifique club. L'hommage de mon adjoint Pierre Denier lors de mon départ m'a fait plaisir car l'homme a de la bouteille : il a dit au groupe qu'il n'avait jamais travaillé avec quelqu'un d'aussi bosseur et professionnel. Mais à quelque chose malheur est bon : après mon limogeage, la série de très mauvais matches, avec entre autres une élimination en Coupe contre Roulers, aura servi mon successeur car Genk ne pouvait aller plus mal... " Une fois que Vanhaezebrouck s'exprime, les polémiques reprennent... Après la finale de Coupe remportée par les Limbourgeois en mai 2009, le président de l'époque Harry Lemmens promit monts et merveilles au niveau du recrutement, afin de jouer à nouveau un rôle en vue en championnat. " C'était effectivement la teneur des négociations et des premières discussions d'évaluation avec la commission sportive. Le premier nom cité fut Björn Vleminckx (NDLR : ex-Malines, actuellement NEC Nimègue), ce que je défendais à 100 %. Ce n'est que lors de la troisième réunion qu'on m'annonça les difficultés budgétaires et la fin des ambitions en termes de transferts. Etait-ce dû à la politique par trop dispendieuse de l'ancien homme fort de Genk, Jos Vaessen ? Lorsqu'on écarte quelqu'un de la direction, il est logique de ne plus attendre de l'argent de sa part. Toujours est-il que les caisses étaient déjà en partie vides la saison précédente. Le problème de Genk provient du fait que de nombreux joueurs se sont vu proposer des contrats à longue durée assortis de solides rémunérations. Financièrement parlant, le Racing n'a pas bien géré l'argent reçu lors des transferts lucratifs de Koen Daerden et Sébastien Pocognoli. Dès lors, j'ai voulu renforcer l'équipe à chaque position mais avec les moyens du bord. Des jeunes prometteurs, comme Istvan Bakx, venu gratuitement ou Moussa Koïta engagé comme doublure devant. Mais la sauce n'a pas pris. Le problème n'était pas seulement d'ordre financier, au niveau du scouting aussi les choses laissaient à désirer. C'est ainsi que Vermeulen, qui avait été engagé comme responsable du scouting, trouva une coquille vide, pas vraiment de structure. Ce qui ne l'empêche pas de faire du bon boulot actuellement. " Comment Vanhaezebrouck a-t-il encaissé les propos assez durs de l'ancien propriétaire du club Jos Vaessen, l'artisan de la remontée en D1, de la Cristal Arena, etc. (" Hein et son staff m'ont terriblement déçu ") ? " Je pense que ses propos étaient en partie dus à l'aigreur d'avoir été écarté de son poste décisionnel et qu'il râlait contre ce blanc bec de jeune président inexpérimenté, Herbert Houben, qui lui aussi essayait de se manifester dans les médias. Les attaques publiques à mon égard ne furent en tout cas pas appréciées par les gens du club qui avaient travaillé tous les jours avec moi. " Lors de la finale de Coupe 2009 contre Malines, le Racing évolua en 3-4-3 et on pouvait déjà y deviner la patte de Vanhaezebrouck. " Oui mais le mérite revient entièrement à Denier et à son assistant Hans Visser. Après le dernier match de championnat on s'était vu à trois : Denier, Vergoossen et moi. L'équipe ne tournait pas en 4-3-3 et Tom De Mul était indisponible au Stade Roi Baudouin. Je leur ai demandé si cela ne valait pas la peine de tenter autre chose vu les circonstances. On a évoqué alors le 3-4-3. Chapeau qu'ils aient osé l'appliquer en une semaine de temps car, après coup, je me suis dit que c'était un pari un peu fou. " Cela se passa tellement bien que le système de jeu offensif fut conservé pendant la période de préparation : " Les joueurs avaient pleine confiance dans cette tactique et on y appliquait des variantes. Nos matches amicaux contre le PSV et Leverkusen, leaders dans leurs championnats respectifs, furent convaincants. Jupp Heynckes nous qualifia d'adversaire le plus coriace de leur préparation. Mais là aussi le système connut des ratés : on commençait très bien, on se créait des occasions sans marquer et finalement on se retrouvait gros jean comme devant. L'exemple des matches contre Lille en Europa League est frappant. Finalement, le système en 3-4-3 fut mis en cause. J'ai décidé alors de sacrifier Elyaniv Barda, un joueur offensif, pour un élément qui défendait plus. Cela nous a permis de tenir le zéro au marquoir pendant trois matches, ce qui ne nous était plus arrivé depuis l'époque où le Brésilien João Carlos tenait la défense. S'il ne s'était pas blessé, nous serions peut-être dans le top 6 et un licenciement n'aurait pas été à l'ordre du jour. L'an dernier il était le meilleur buteur de Genk, sans oublier que De Mul, devenu impayable, n'était plus là non plus dans le noyau... " Les médias n'ont jamais épargné Vanhaezebrouck durant sa période limbourgeoise, se montrant parfois même blessants. " Je ne suis pas touché au point d'être échec et mat. J'ai déjà eu des contacts avec des clubs mais je ne trouvais pas le moment opportun d'y répondre. Il faut que je sois prêt, que je connaisse mes capacités et que je fasse le bon choix. J'ai lu que Luc Devroe avait déclaré récemment que si l'équipe d'il y a trois ans avait été maintenue ensemble à Bruges, elle lutterait contre la relégation. Imaginez-vous alors être l'entraîneur brugeois dans un tel cas de figure. Je veux dire que cela ne sort qu'aujourd'hui et que les médias ne prenaient pas cela en compte lors de leur analyse du coach à l'époque. Le problème est que l'opinion publique est influencée par des gens qui ne voient pas réellement ce qui se passe. A présent que je dispose de plus de temps pour prendre du recul, cela me frappe : c'est incroyable les articles publiés dans les journaux et qui ne se basent sur aucun fait. Une bonne injection à la fois de connaissance et d'expérience du jeu dans la presse ne ferait que du bien au foot belge. Les remarques les plus sévères que j'ai subies à Genk provenaient de Sef Vergoossen. Il disait : - Voici ce quetu fais bien, par contre tu peux améliorer ceci... On discutait alors une heure en respectant nos points de vue respectifs avant de tirer une conclusion sur ce que devaient être mes axes de travail. " Le caractère de Vanhaezebrouck, en bon Ouest-Flandrien, revient souvent sur la table. Son style assez combatif, parfois en vain, ne lui a pas procuré que des amis. Vanhaezebrouck : " Je ne me donne pas de bons points en ce qui concerne ma communication. Certaines prises de parole ne m'ont pas rendu très populaire auprès de la direction de Genk et finalement pas non plus auprès des supporters parce que je les confrontais avec certaines réalités. A un moment, j'ai dit que les fans devaient arrêter de rêver et regarder la réalité en face. Je n'aurais pas dû. "Et pourtant, peut-on reprocher au grand Hein d'être venu à Genk sans ambition ? " J'ai débarqué dans le Limbourg avec des grands objectifs. Je pensais qu'avec quelques pions supplémentaires dans l'équipe je pourrais pratiquer le foot que j'avais en tête. Et participer à la chasse aux trophées. Après coup, je reconnais que je dois apprendre à mieux gérer mes déceptions et porter un regard neuf sur les choses. Mes contacts avec la presse seront désormais moins fréquents et mes analyses plus courtes et plus positives. J'ai commis l'erreur de me mettre trop dans la peau d'un analyste et pas assez dans celle d'un coach. Je crois pouvoir apporter beaucoup de positif à un groupe car je pense être capable de déterminer les lignes et convaincre les autres de me suivre. Il y a par contre le négatif, c'est cette volonté d'entrer en discussion pour tenter d'avoir raison. Avec les gens qui savent discuter ce n'est pas un problème... Je suis direct dans mes messages, j'ose aller à la confrontation, ce que tout le monde n'aime pas. Parfois, il faut pouvoir dire stop. Je vois les collègues le faire de plus en plus. Michel Preud'homme est comme moi plutôt un leader, quelqu'un qui apprécie d'avoir raison, mais je constate qu'il prend de plus en plus souvent ses distances par rapport aux médias. En Belgique, au contraire de la Hollande, il vaut parfois mieux se taire. Dans ce cas de figure, au moins on ne contrarie personne. " par christian vandenabeele - photos: jelle vermeersch