Il aura donc fallu un but contre son camp du nouveau gardien, Kevin Trapp, à la 31e minute du 5e match de la saison, pour que le PSG encaisse son premier but de la campagne 2015-2016. Sur le coup, les médias français ont relevé la boulette du jeune portier allemand, pas tellement la statistique incroyable. Car, il ne faut pas non plus tuer la poule aux oeufs d'or. Dire que le PSG est invincible ne se fait pas ; dire que le championnat de Ligue 1 est déjà plié après 5 journées de championnat non plus. " Après tout, la saison passée, Lyon est resté dans le coup jusqu'à la 36e journée ", nous lâche Daniel Riolo, le polémiste de RMC.
...

Il aura donc fallu un but contre son camp du nouveau gardien, Kevin Trapp, à la 31e minute du 5e match de la saison, pour que le PSG encaisse son premier but de la campagne 2015-2016. Sur le coup, les médias français ont relevé la boulette du jeune portier allemand, pas tellement la statistique incroyable. Car, il ne faut pas non plus tuer la poule aux oeufs d'or. Dire que le PSG est invincible ne se fait pas ; dire que le championnat de Ligue 1 est déjà plié après 5 journées de championnat non plus. " Après tout, la saison passée, Lyon est resté dans le coup jusqu'à la 36e journée ", nous lâche Daniel Riolo, le polémiste de RMC. Sauf que pour la première fois depuis que les Qataris ont repris le club en 2011, le club de la capitale a démarré en trombe. Or, comme on sait qu'il a pris l'habitude de finir le job au printemps, cela n'incite pas à l'optimisme pour le suspense, ni pour les ambitions des autres prétendants. Bien que d'ambitions, on ne peut pas vraiment en parler puisque Lyon, Bordeaux, Marseille, Monaco, Lille ou Saint-Etienne ont tous dit qu'ils ne luttaient que pour la 2e place. Alors, est-ce que la Ligue 1 a déjà trouvé son vainqueur, a-t-elle profité de l'arrivée de l'argent du pétrole pour s'améliorer et que vaut le PSG version 2015-2016 ? Quand les Qataris avaient commencé à déverser leur argent, les analystes français semblaient divisés. D'un côté, certains disaient que le PSG allait servir de locomotive aux équipes et que l'argent qatari allait, par effet domino, forcément se retrouver dans les caisses des autres clubs. D'un autre, certains craignaient un championnat à deux vitesses, avec un club champion d'avance et les autres luttant pour les accessits. La Ligue 1 venait à peine de sortir de l'ère OL (champion à sept reprises) qu'elle se reprenait un autre mastodonte écrasant tout sur son passage. Fini le suspense et la concurrence à armes égales. " Le bilan est mitigé ; les deux théories ont eu raison ", affirme Vincent Duluc, journaliste à L'Equipe. " Car, d'un côté, la Ligue 1 a désormais une tête de gondole ; mais de l'autre, le manque de concurrence conduit à un championnat un peu ennuyeux. " Quatre ans plus tard, force est de constater que la tendance penche quand même du côté des pessimistes. Le PSG a raflé les trois derniers titres, et reste sur une année pleine (Trophée des Champions, Coupe de la Ligue, Coupe de France et championnat). Impossible de faire mieux sur le plan national. Pourtant, Lyon lui a mené la vie dure. Et lors de leurs trois précédentes saisons, le PSG avait à chaque fois trouvé un outsider accrocheur, au point même de se voir privé d'un titre de la faute de Montpellier en 2012 lors de la première saison pleine des Qataris. Mais depuis lors, même s'il y a un semblant de suspense, personne n'est dupe : le PSG est bien promis au titre. Et s'il traîne un peu en route, c'est en raison de l'influx mis sur la Ligue des Champions, objectif prioritaire des Qataris. Chaque saison, le PSG domine un peu plus son sujet. Pas étonnant donc de voir les champions en titre déjà en avance sur leur programme cette saison. " S'il y a aussi peu de suspense cette saison, c'est aussi en raison du manque d'outsiders ", explique Vincent Duluc, journaliste à L'Equipe. " Lyon a du mal à digérer sa dernière saison et a mené un mercato illisible ; Marseille a vécu un été infernal avec le départ de Marcelo Bielsa et Monaco préfère la spéculation au football. " L'arrivée des Qataris n'a donc pas boosté la concurrence. Le fossé entre le PSG et les autres clubs se creuse inexorablement. Quant à la Ligue 1, elle ne bénéficie pas d'une audience plus large. Le jeu reste fermé et le niveau moyen, comparé aux championnats plus attractifs (Angleterre, Espagne, Allemagne ou Italie). Tout cela en grande partie parce que les Qataris snobent quelque peu le marché français. " L'argent du Qatar n'a pas beaucoup circulé en Ligue 1 ", dit Duluc. " A part Lucas Digne et Layvin Kurzawa, le PSG n'a acheté aucun joueur en L1. Et quand un joueur doit se relancer, la politique salariale pratiquée au PSG est telle qu'il est impossible qu'un joueur signe dans un club de L1. Cabaye a dû partir dans un club moyen anglais ! Et ne parlons même pas de l'équipe de France puisqu'il n'y a quasiment pas de Français dans le onze du PSG. " Vincent Guérin, ancien joueur du PSG de l'ère Canal+ n'est pas tout à fait d'accord avec cette théorie. " Le produit Ligue 1 s'est amélioré ; certains pays qui n'avaient jamais été intéressés par le championnat français ont acheté les droits parce que le PSG montait une grande équipe. De plus, Be in, chaîne de télévisionqui appartient aux Qataris a investi en France. " Et a participé à la hausse des droits télévisés. En résumé, l'argent du Qatar a donc bien rempli les poches des clubs de D1 via les droits télévisés. Riolo appuie aussi dans ce sens. " Inévitablement, la croissance du PSG a créé une émulation. Les grandes stars parisiennes remplissent les stades. Les gens veulent voir Zlatan Ibrahimovic ou Angel Di Maria et le PSG fait sold-out à chaque déplacement. Ça pousse les autres clubs à l'excellence. Cela a sans doute même conduit l'OM à tenter d'attirer un gros calibre et à tenter le pari Bielsa. Les dirigeants doivent réagir ; Jean-Michel Aulas a dû trouver des solutions pour rivaliser à terme. Tout cela crée du mouvement. " Du mouvement, certes, mais pas vraiment de parade. L'OL a dû miser sur son centre de formation, l'OM est ravalé au rang d'impuissant. Et ne parlons pas du reste. Et voilà les fans adverses obligés de se rendre à un match du PSG en curieux plutôt qu'en supporters, comme on va au zoo, essayant d'accrocher un autographe de Zlatan plutôt que de rêver à une victoire. " Là, c'est indéniable qu'en termes d'image, le PSG focalise l'attention. Une telle constellation de vedettes comme Zlatan, Di Maria, Edinson Cavani, Javier Pastore ou Thiago Silva, cela faisait longtemps qu'on n'avait plus eu cela en Ligue 1 ", concède Duluc. Est-ce pour autant que le projet qatari est bancal ? Non, pas du tout. Que du contraire ! Chaque saison, le PSG grandit et évolue. Sans précipiter les événements. Sans stagner non plus. " Le bilan est largement positif ", clame Riolo. " Leur mission était d'abord de dominer la compétition nationale. C'est fait avec quatre victoires la saison passée. Leur 2e mission se trouvait sur la scène européenne. Or, ça fait trois ans de suite qu'ils font top-8. Ça veut dire que vous vous installez, que vous commencez à être craints et respectés. Le PSG existe ! Après, on peut toujours dire que ça fait trois ans qu'ils restent calés en quart de finale mais le tirage est très important pour avancer. L'année passée, ils ont quand même éliminé Chelsea avant de tomber sur Barcelone qu'ils ont dû affronter sans quatre pions majeurs ". Vincent Guérin avoue aussi que " le boulot a été fait. Tomber face à Barcelone, ça n'a rien de déshonorant. Et éliminer le futur champion d'Angleterre, ça prouve que tu rivalises avec les meilleurs. " C'est sans doute avec une idée européenne en tête que le PSG a débuté son championnat tambour battant. Cette année, il n'y a pas de plaies à panser (comme la saison passée avec les Brésiliens revenus KO de leur Coupe du Monde), ni de joueurs revenus en retard à l'entraînement. " En se mettant le plus tôt possible à l'abri en championnat, le PSG pourra se focaliser sur son objectif européen ", dit Riolo. Aujourd'hui, les écuries européennes prennent le PSG au sérieux, comme en attestent les propos récents de Franz Beckenbauer dans le Bild, classant le PSG parmi les favoris de la Ligue des Champions. Il fait écho à l'ambition du capitaine du PSG, ThiagoSilva,avouant dans L'Equipe : " Le club a changé. Aujourd'hui, c'est une grande équipe. Je pense que c'est la meilleure équipe dans laquelle j'ai jamais joué. " Mais là où le PSG surprend, c'est dans la gestion de son effectif. Thiago Silva affirmait récemment que " depuis la première fois que j'ai parlé avec le président, le projet a toujours été la Ligue des Champions ". Devant cette obsession, les Qataris auraient pu chambouler leur effectif à chaque mercato. Il n'en est rien. Cette saison, le PSG a transféré un gardien peu connu (Trapp), une star (Di Maria) et un latéral en devenir (Kurzawa) tout en vendant Digne et Yohan Cabaye (Crystal Palace). Bref, on est dans les retouches, pas dans le turnover. " Il faut reconnaître que les dirigeants sont assez patients ", dit Duluc. " Quoi qu'on en dise et pense, le PSG est stable. Même si le fair-play financier les a certainement freinés à un moment donné. " " Ils sont intelligents dans leurs achats ", explique Guérin. " Ils ont de la puissance et de l'argent, c'est indéniable quand tu peux te permettre d'acheter Di Maria, mais il n'y a pas que cela. Il y a du scouting derrière, sinon tu ne vas pas chercher Trapp et Kurzawa. Le projet sportif est toujours au centre des décisions. Ce n'est pas que du bling-bling. " Le PSG a donc effectué sa mue : avec conviction et douceur. " Alors qu'on croyait les joueurs peu concernés par le projet et venus à Paris uniquement pour l'argent, on se rend compte aujourd'hui qu'ils se sont adaptés, qu'ils parlent tous français. Ils ont enlevé leur costume de mercenaire pour s'investir dans le projet ", conclut Riolo. PAR STÉPHANE VANDE VELDE" Il faut reconnaître que les dirigeants qataris ont su être patients. " VINCENT DULUC, JOURNALISTE À L'ÉQUIPE