6 juillet, je sors des demi-finales avec ce goût de trop peu qui souvent me colle à la peau, dès qu'il s'agit de foot et que je suis neutre. J'ignore ce qu'aura été la finale et qui l'aura remportée, mais je crois déjà (dur comme fer !) que la chance est microscopique d'y assister à un match spectaculaire, débridé de bout en bout : avec des buts, des lattes ou des piquets, et au moins cette quinzaine de cris de surprise auxquels tout cochon de payant devrait avoir droit ! Car quand une défense de fer rencontre une défense de fer (3 buts encaissés à eux deux depuis le début, dont 1 péno et 1 autobut), les probabilités sont hélas grandes qu'ils se racontent des histoires de défenses en fer...
...

6 juillet, je sors des demi-finales avec ce goût de trop peu qui souvent me colle à la peau, dès qu'il s'agit de foot et que je suis neutre. J'ignore ce qu'aura été la finale et qui l'aura remportée, mais je crois déjà (dur comme fer !) que la chance est microscopique d'y assister à un match spectaculaire, débridé de bout en bout : avec des buts, des lattes ou des piquets, et au moins cette quinzaine de cris de surprise auxquels tout cochon de payant devrait avoir droit ! Car quand une défense de fer rencontre une défense de fer (3 buts encaissés à eux deux depuis le début, dont 1 péno et 1 autobut), les probabilités sont hélas grandes qu'ils se racontent des histoires de défenses en fer... D'ailleurs, toutes les grosses pointures s'en racontent : les 6 matches de quarts et de demis représentent 630 minutes vissé dans mon fauteuil pour voir neuf malheureux buts, de quoi provoquer des escarres davantage que de la félicité ! La douleur en foot depuis son fauteuil, c'est ceci, outre les escarres : c'est savoir pertinemment que ces stars sont capables de prouesses techniques variées et merveilleuses, mais qu'un match de haute compétition ne leur donnera que très peu l'occasion de nous les montrer... C'est fou ce que le foot a besoin de gourous. Le dernier en date s'appelle Robert Duverne. La presse française, vu qu'elle a déversé trop de fiel sur Raymond Domenech pour retourner sa veste et l'introniser héros maintenant que la France est en finale, a plutôt choisi, outre Zizou divinisé, de hisser sur piédestal son préparateur physique : lequel serait le chaînon essentiel de la montée en puissance des Bleus durant le tournoi. La montée en puissance programmée en foot chaque jour pour chacun, c'est nouveau, ça vient de sortir, c'est plus valorisant qu'admettre les coups de pouce du destin : tu passes par la petite porte le 23 juin face au Togo, mais c'était prévu pour que tu sois ensuite meilleur tous les quatre jours, la France n'arrête pas le progrès ! Subséquemment, les préparateurs physiques allemands, argentins, espagnols, anglais ou brésiliens sont-ils à considérer comme de gros veaux incompétents ? J'ai beau être francophile, ce serait plutôt au peuple italien, pas trop gâté par l'aléatoire lors des quatre Mondiaux précédents, d'avoir à son tour de la chance et du bonheur... Je dois aussi révéler que me restent sur la patate les huées systématiques dont fut gratifié Cristiano Ronaldo dès l'entame du match, avant même que son côté gamin truqueur le pousse de nouveau à quelque excès : enfant gâté peut-être, mais soliste exceptionnellement doué surtout, courageux jusqu'à la témérité parce qu'engageant continuellement son intégrité physique en nous offrant ses dribbles, nécessairement à applaudir par tout qui préfère les gestes à l'instinct partisan, le Ronaldo portugais doit avant tout être protégé de tous les Khalid Boulahrouz des quatre coins du monde, pas hué... Mon pote gauchiste m'objecte qu'il est difficile de rester sportif en match alors qu'on vient de gueuler à gorge déployée qu'il s'agit d'être de féroces soldats, de former les bataillons, de lever l'étendard sanglant, et de trucider tout ce qui bouge pour qu'un sang impur abreuve les sillons qui sont les nôtres. Mais mon pote exagère, un hymne national n'est qu'un chant qui rassemble, tous les peuples n'ont pas la chance d'avoir des paroles aussi gnangnan que celles de notre Brabançonne... Puisqu'on parle de gnangnan, Dominique de Villepin s'est montré l'égal des plus grands sur TF1 à l'issue de cette demi-finale. Affublé d'une écharpe de supporter qui lui seyait comme à José Happart un costume de danseur de salon, il a déclaré, texto : " La France va gagner, elle est portée par l'amour de tout un peuple : au bout du compte, c'est ce qui fera la différence "... Cela me tue qu'on puisse être Premier ministre et dire des conneries pareilles, sans penser un instant qu'en Italie existe tout pareillement un peuple porteur et de l'amour ! Là, mon pote gauchiste me dit de me calmer, m'objectant que la veille sur la RAI, l'un ou l'autre Villepin transalpin a bien dû proférer une connerie similaire. Il n'a pas tort... bernard jeunejean