Le 20 décembre 2006, Anderlecht bat Zulte Waregem (3-1) en Supercoupe au Stade Constant Vanden Stock. Ce soir-là, devant 13.000 spectateurs à peine, Vadis Odjidja remplace Cristian Leiva à quatre minutes du terme. C'est le premier match avec les pros du Gantois, et c'est Franky Vercauteren qui lui fait ce cadeau.
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Le 20 décembre 2006, Anderlecht bat Zulte Waregem (3-1) en Supercoupe au Stade Constant Vanden Stock. Ce soir-là, devant 13.000 spectateurs à peine, Vadis Odjidja remplace Cristian Leiva à quatre minutes du terme. C'est le premier match avec les pros du Gantois, et c'est Franky Vercauteren qui lui fait ce cadeau. "C'est incroyable comme le temps passe vite", grimace aujourd'hui Vadis qui, à l'âge de onze ans, avait quitté l'école des jeunes de La Gantoise pour celle du multiple champion de Belgique. Aujourd'hui, l'ex-Diable rouge (trois sélections) est père de trois enfants (deux filles de trois et quatre ans et un garçon de seize mois). Après des passages par Hambourg, le Club Bruges, Norwich City, Rotherham United, le Legia Varsovie et l'Olympiacos, il est rentré au bercail en juillet 2018. VADIS ODJIDJA: "Je suis fier de moi et du parcours accompli jusqu'ici. Je suis aussi super content, car on peut dire que c'est un long parcours. De plus, c'est quelque chose dont j'avais toujours rêvé. Je voulais à tout prix y arriver. Évidemment, on se souvient avant tout des bonnes choses et des bons moments vécus en groupe, mais je n'ai pas peur de revenir sur les phases difficiles et de parler des côtés sombres du football: l'opportunisme, les agents et le fait que des étrangers sont parfois abandonnés à leur sort. Bref, je suis content, je suis toujours passionné et j'en veux encore plus (Il grimace). Je suis certain que le club et moi pouvons encore vivre de belles choses. Bien sûr, je sais que je n'ai plus 25 ans. Après les matches, il me faut un peu plus de temps pour récupérer, surtout lorsqu'on joue trois rencontres par semaine. Mais ça marche. J'essaye surtout de me soigner un peu mieux. Je me sens toujours fort. Chaque jour, à l'entraînement, je constate que j'ai un impact sur le jeu et que je peux faire la différence. Le jour où je ne sortirai plus du lot, je crois que je le sentirai et que je l'admettrai (Il rit). Mais j'espère que ce sera le plus tard possible. Au lendemain d'un match, j'ai un peu plus de mal à me lever, je l'avoue sans peine. Je me repose au maximum pour être frais. Avec l'âge et l'expérience, on fait plus attention. Aujourd'hui, tout est beaucoup plus intense, il y a de plus en plus de duels et il faut donc faire de plus en plus attention aux détails. Quand j'ai commencé, on ne parlait pratiquement pas de données (Il grimace). Maintenant, on mesure tout. Je suis encore de la génération précédente, j'ai dû prendre le train en marche. Aujourd'hui, on est beaucoup mieux encadrés, beaucoup plus suivis, mais je préfère toujours travailler à ma façon. Le plus important, ce sont les sensations. C'est mon premier indicateur. Si mon intuition me dit que j'ai fait un bon match, c'est ce qui compte le plus pour moi, car un joueur en a besoin pour avoir confiance et croire en ses possibilités." "Pour moi, un bon match est un match gagné. Ça reste le critère le plus important au haut niveau. Je ne fais vraiment pas attention au nombre de buts ou aux assists, le plus important est qu'on obtienne un bon résultat tous ensemble, car c'est ce qui crée une bonne dynamique de groupe. Surtout maintenant parce qu'il y a beaucoup de cultures, de mentalités et de joueurs d'origines différentes au sein des noyaux. Quand on perd, on se dispute plus vite qu'avant. Ce qui me motive, c'est de pouvoir jouer et de prendre du plaisir sur le terrain avec mes partenaires et les adversaires, comme KevinDeBruyne. Le fait de frapper dans un ballon m'amuse toujours autant, c'est une des plus belles choses qui soient, même si beaucoup d'autres facteurs entrent en jeu. Avec des exercices chouettes et variés, on peut faire oublier certains aspects désagréables comme le froid, la pluie, le vent, la neige ou les cross dans les bois. HeinVanhaezebrouck trouve toujours le bon équilibre (Il rit). On passe plus de temps à s'amuser qu'à se plaindre. Plus jeune, je ne prenais pas tellement les entraînements au sérieux, je misais surtout sur mon talent. Bien sûr, je m'entraînais dur et je me donnais à fond, mais je le faisais sans me demander pourquoi. Parfois, je me plaignais au lieu de penser que le lendemain, on ferait sans doute tout autre chose. Aujourd'hui, j'aborde les choses différemment, mais je m'imprègne toujours de la philosophie d'un ancien coach qui disait que pour bien jouer le week-end, il fallait avoir donné le meilleur de soi-même pendant la semaine. Pour un joueur, le plus amusant, ce sont toujours les petits matches disputés à haute intensité et pendant lesquelles le ballon va très vite. J'ai toujours tenu à ma liberté, mais je n'ai jamais franchi la ligne et je me suis toujours comporté correctement. Lorsque le club demande quelque chose, je le fais. Finalement, on choisit l'intensité avec laquelle on fait les choses. Certains joueurs ont besoin qu'on leur dise combien de sprints ou de kilomètres ils ont fait. Moi, je n'aime pas être trop paramétré. Je suis mon instinct, je prends du plaisir sur le terrain, j'analyse le jeu et je m'intéresse au résultat. C'est comme ça que je prends du plaisir." "Je mentirais en disant que j'aime aller à la salle de fitness et que je fais toujours les exercices à fond. En période de préparation, je suis très assidu, j'essaye de repousser mes limites. Je suis un technicien, je sais que dans le football moderne, la puissance compte beaucoup. Je fais mes exercices spécifiques en silence, je travaille de façon préventive pour éviter les blessures, car j'en ai eu beaucoup, mais aussi parce que les matches se succèdent rapidement. À la mi-décembre, on avait disputé 33 matches officiels: championnat, Coupe de Belgique et Conference League compris. À mon âge, il est important de mettre son énergie à des endroits stratégiques, comme les ischios. Sans en avoir l'air, j'ai toujours mis un peu de puissance dans mon jeu. J'essaye d'utiliser mon corps dans les duels mais aujourd'hui, il ne faut pas être le plus fort, il faut être le plus malin. Beaucoup de joueurs tombent au moindre contact. Ça m'arrive aussi, mais ça m'énerve quand je vois un défenseur tomber parce qu'il a le ballon et qu'il est en difficulté. En Angleterre, les arbitres ne sifflent pas toujours alors, on n'essaye plus. Celui qui n'est pas suffisamment costaud se fait balayer. Je suis content d'avoir connu ça. Et je ne parle pas de tacles dangereux. Ici, c'est un sujet sensible mais là, l'intensité et l'approche sont tout autres. On fait moins de show, je préfère ça. Si c'était à refaire, je pense que je ne referais pas tout à fait les mêmes choix, mais je n'ai aucun regret. J'ai toujours choisi la meilleure option en fonction des informations dont je disposais. À seize ou 17 ans, j'étais très ambitieux. Quand on se sent prêt, mais qu'on ne reçoit pas sa chance et qu'on a d'autres possibilités, il est logique qu'on aille voir ailleurs. Je suis parti en Allemagne. J'ai toujours fait des choix et je les ai assumés. Si ça n'allait pas quelque part, j'allais voir ailleurs, où je me sentais plus apprécié et où je jouais. À Anderlecht, j'ai attendu deux ou trois ans, mais on ne m'a jamais donné ma chance. Le premier entraîneur qui a vraiment cru en moi et qui voulait absolument que je reste, c'était AriëlJacobs. Il m'a même offert son livre dédicacé. Je lui serai toujours reconnaissant de m'avoir donné ma chance, mais dans ma tête, j'étais déjà parti, c'était trop tard. Je faisais partie d'une très bonne génération, avec CheikTioté notamment, mais à l'époque, le club ne faisait pas de l'éclosion des jeunes une priorité. Je pouvais déjà m'estimer heureux de pouvoir m'entraîner avec le noyau A. Mais à force de partir chaque semaine au vert pour quand même se retrouver dans la tribune le jour du match, on perd son calme et on va voir ailleurs. À Hambourg, où HuubStevens me voulait absolument, j'étais tout seul. Mon père venait régulièrement mais heureusement, je pouvais compter sur VincentKompany, mon grand frère. Il était toujours accompagné de son meilleur ami ou de quelqu'un de sa famille. Ce fut donc une chouette période. Même loin de chez moi, j'étais toujours bien entouré. Et j'avais appris la discipline à l'internat à Anderlecht (Il grimace). À Hambourg, arriver cinq minutes avant l'entraînement, c'était trop tard. En Allemagne, la ponctualité compte beaucoup. On y accorde énormément d'importance à l'ordre, à la correction, à la structure et au travail. Je me suis souvent fait rappeler à l'ordre, mais je n'ai jamais eu d'amende, car la plupart du temps, j'arrivais juste à temps." "Après la relégation avec Norwich City et le décès de ma maman ( le 13 juillet 2016, ndlr), j'ai voulu retrouver une ambiance positive. En août 2016, j'étais libre de transfert et je suis arrivé au Legia Varsovie, grâce à BesnikHasi. Sans lui, le club n'aurait sans doute jamais pensé à moi. C'était un choix risqué, mais lucratif car je pouvais disputer la Champions League. Malheureusement, Besnik a été limogé après quelques mois. Je peux pourtant dire que c'était une super expérience. On a été champions, j'ai été élu Joueur de la Saison et on a affronté les meilleures équipes d'Europe. Après un an, je suis parti à l'Olympiacos, où tout a bien commencé mais s'est mal terminé. On a dû partir. Notre fille avait huit mois lorsque, comme MehdiCarcela et notre voisin, nous avons été victimes d'un cambriolage. Heureusement, on n'était pas présents. Trois ou quatre jours plus tard, je devais jouer et laisser ma famille seule à la maison. Ma femme a été traumatisée, elle faisait des crises d'angoisse. Elle s'est enfermée pendant deux jours, volets baissés, portes fermées. Elle mangeait dans sa chambre, tellement elle avait peur. On se sentait violés dans notre intimité, le sentiment d'insécurité était terrible. Le bon sens devait prévaloir. J'ai demandé à partir, mais la direction n'a pas apprécié et a joué un sale jeu. Il n'était plus possible de collaborer. Mon avocat m'a demander de filmer, car à un certain moment, on me refusait l'accès aux installations du club. En six mois, j'étais passé de héros à zéro. Le retour en Belgique nous a fait du bien. En matière de stabilité, c'était le bon choix."