Christophe Tack :" A dix ans, cadet de la famille, j'ai découvert ce sport grâce à mes aînés Philip (26 ans)et Axel (25 ans). Ils passaient leur temps à faire du skateboard et je les ai imités. Avec toutes les conséquences imaginables : je me suis fracturé le poignet, mon frère s'est cassé le bras. Seule ma soeur Isabelle (23 ans) n'a jamais rien eu. Philip nous a entraînés vers le golfsurf mais j'ai vite compris que le kitesurf offrait beaucoup plus de possibilités. "
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Christophe Tack :" A dix ans, cadet de la famille, j'ai découvert ce sport grâce à mes aînés Philip (26 ans)et Axel (25 ans). Ils passaient leur temps à faire du skateboard et je les ai imités. Avec toutes les conséquences imaginables : je me suis fracturé le poignet, mon frère s'est cassé le bras. Seule ma soeur Isabelle (23 ans) n'a jamais rien eu. Philip nous a entraînés vers le golfsurf mais j'ai vite compris que le kitesurf offrait beaucoup plus de possibilités. " " Le kitesurf est très européen. L'Allemagne y excelle. Je suis champion du monde mais les Pays-Bas ont déjà deux titres et le Britannique Aaron Hadlow en a amassé cinq ! Alors que je fais un peu figure de vilain petit canard, j'ai donc contribué à placer la Belgique sur la carte de mon sport. En fait, j'ai le sentiment de vivre dans la jungle. Le droit chemin n'existe pas, je dois constamment chercher ma voie. Appelez-moi donc Mowgli, le garçon du Livre de la Jungle. C'est mon surnom mais c'est également le titre d'un projet de film, " Mowgli's Jungle ". Un ami d'enfance, Sam Van Olmen, le réalise. Apparemment, avec mes longs cheveux, je ressemble très fort à l'image de cet enfant. Axel, nettement meilleur que moi, a toujours été mon modèle. Malheureusement, en Belgique, il n'y a pas de véritable structure ni de suivi. Je dois me motiver moi-même. Le lancement de YouTube a été une aubaine. J'ai visionné des milliers de films pour imiter les trucs des autres. Parfois, j'allais jusqu'à installer une tige et des cordes dans ma chambre, entre les portes, pour stimuler sa visualisation. Je continue d'ailleurs, surtout en hiver. Ça peut paraître bizarre mais c'est comme ça que je me suis formé. Mon titre mondial est un grand moment, le couronnement suprême. J'ai pleuré de joie mais maintenant, j'en veux davantage. Je suis très sévère envers moi-même et je trouve que je manque encore de régularité. Mon principal objectif est de collecter plusieurs titres mondiaux. C'est possible. Je vise le maximum. Ma marge de progression est encore très large. Une histoire qui n'en finit pas. Je le reconnais : je suis un drôle de coco. Depuis un certain temps, j'essaie de me faire croire que je ne travaillerai jamais vraiment. Depuis l'année dernière, je vis du kitesurf. Mes frères sont mes mentors et une source de motivation. Notre relation fonctionne dans les deux sens car nous échangeons des conseils. Axel, qui a l'art de m'insuffler une grande force mentale quand je suis frustré après une mauvaise course et qui recueille aussi mes confidences, a été champion de Belgique de wakeboard en câble cette année. Philip, ingénieur commercial, s'est plongé dans des études de médecine mais il aime bien s'occuper de l'école de kite d'Ostende. Ils ont l'art de m'apaiser et de me rappeler mon potentiel. Je ne suis pas superstitieux mais le porte-bonheur que m'a offert l'amie d'Axel m'a aidé pendant ma course pour le sacre mondial. La chaleur humaine dont je suis entouré m'aide à progresser. Je n'ai pas oublié l'époque où je partais avec mon sac à dos et ma tente. Je prenais le train pour les Pays-Bas, d'où nous allions aux compétitions en covoiturage. Malgré tout, je terminais troisième ou quatrième des EURO. Ça a son charme. Mon budget annuel est maintenant de 22.000 euros, avec les dix manches de Coupe du Monde, qui impliquent des vols vers le Panama, la Chine, l'Australie et le Brésil. Au début, j'ai dû vendre du matériel. Je ne parvenais pas à épargner un sou. Je devais gagner une prime lors de la première épreuve de PKRA pour pouvoir me payer le voyage vers la deuxième, y glaner encore un peu d'argent pour financer la troisième compétition. En 2011, j'ai loupé la Nouvelle-Calédonie : c'était trop cher. Je continue à m'adonner à mon sport pour moi-même. Je n'éprouve pas le besoin d'être reconnu. Je suis surtout heureux du soutien du club et de ses membres. Le kick me rend plus fort. J'y suis accro, malgré les lourdes chutes dont j'ai déjà été victime. Enfin, je n'ai pas encore vraiment pris de patate. Le kitesurf est une discipline très explosive. Il faut être rapide, bien atterrir et maintenir sa position sur le kite la plus basse possible. Au take-off, il faut savoir exactement où on se trouve et où on va arriver. La souplesse et la technique sont plus importantes que la force pure. Une fois qu'on s'est lancé dans sa chorégraphie, on ne peut plus revenir en arrière : il faut y aller à fond, sans se laisser envahir par la peur. Sinon, on tombe et on se fait mal. Mais l'impression que donne l'adrénaline est indescriptible. J'essaie d'en profiter le plus possible. Mon amie polonaise Helena Brochocka (23 ans) est également professionnelle et elle a la même mentalité que moi. J'essaie de maîtriser le stress en effectuant des exercices respiratoires, surtout en compétition, car je suis un maniaque du contrôle. La saison passée, j'ai atteint le plus haut score, 40,4, lors de ma lutte pour le titre mondial. Il n'y a que 18 hommes qui participent à la totalité du World Tour. Nous menons une vie de nomades, un peu comme un voyage scolaire sans fin. Nous organisons des fêtes complètement dingues dans nos chambres d'hôtel. Il nous arrive vraiment de déconner. Je ne m'ennuie jamais. Si j'ai un autre objectif ? Attirer le plus de monde possible au kitesurf. " PAR FRÉDÉRIC VANHEULE - PHOTOS: BELGAIMAGE/ ROOSENS" YouTube a été une aubaine. J'ai vu des milliers de films pour imiter les trucs des autres. "