Rendez-vous à La Suite, à Anvers. En ce mercredi après-midi, à l'autre bout de la Métropole, les cyclistes bouclent le Prix de l'Escaut mais ici, à un jet de pierre du Kiel, les spectateurs du match de Coupe contre Anderlecht commencent à arriver. Cisse Severeyns assiste également à la rencontre, en compagnie de clients. Agé de 40 ans, il joue toujours, à Sint-Lenaarts, niché dans le deuxième peloton de la Promotion C. " Mon second tour a été moins bon : je n'ai marqué que deux buts, mais à l'aller, j'en ai inscrit neuf. Je rempile un an. Rudi Smidts a cinq ans de plus que moi et joue toujours. Il est en Provinciale. Je ne pense pas que je me produirai dans ces séries ".
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Rendez-vous à La Suite, à Anvers. En ce mercredi après-midi, à l'autre bout de la Métropole, les cyclistes bouclent le Prix de l'Escaut mais ici, à un jet de pierre du Kiel, les spectateurs du match de Coupe contre Anderlecht commencent à arriver. Cisse Severeyns assiste également à la rencontre, en compagnie de clients. Agé de 40 ans, il joue toujours, à Sint-Lenaarts, niché dans le deuxième peloton de la Promotion C. " Mon second tour a été moins bon : je n'ai marqué que deux buts, mais à l'aller, j'en ai inscrit neuf. Je rempile un an. Rudi Smidts a cinq ans de plus que moi et joue toujours. Il est en Provinciale. Je ne pense pas que je me produirai dans ces séries ". Aspect pratique, le terrain est à dix minutes de son travail. Car il n'est évidemment plus professionnel. Il dirige un petit bureau événementiel, Cissevents. Il assiste à des matches avec des clients. Il se rend beaucoup à Bruxelles, au Sporting, dont il a vu tous les matches européens. Cependant, son travail principal, c'est l'immobilier. Son patron a fondé une chaîne, Janssen en Janssen, à Anvers et alentours. Slogan : " Nous ne faisons pas d'autres affaires, nous les faisons autrement ". Severeyns dirige le bureau de Sint-Antonius-Zoersel. Il acquiert des maisons et des terrains qu'il revend. Footballeur, Severeyns s'est produit pour l'Antwerp, Pise, le FC Malines, l'Antwerp encore, le FC Tirol et le Germinal Beerschot. En 1993, il vit l'un de ses plus grands moments en atteignant la finale de la Coupe des Coupes jouée à Wembley. La ville avait été prise de fièvre et l'espace d'un jour, Londres s'était colorée de rouge et blanc. Severeyens a accompli un exploit rare pour un Belge : il a marqué à Wembley. " L'Antwerp en finale, c'était spécial ", se remémore-t-il. " Nous étions une équipe modeste en Belgique. Je me souviens que, le dimanche suivant la finale, nous devions battre le FC Liégeois, sous peine de ne pas nous requalifier pour la Coupe d'Europe. Les supporters s'en moquaient. Ils ne parlaient plus que de Wembley "Quelque 20.000 Anversois ont rallié la capitale britannique. L'Antwerp a été stupéfait de se découvrir autant de supporters. Severeyns nuance : " Quatre jours plus tard, ils n'étaient que 6.300 au Bosuil. Je pense que parmi les amateurs de football qui ont rejoint Londres, se trouvaient des supporters de beaucoup d'équipes et même du Beerschot. Hormis les membres du noyau dur, les supporters anversois se sentaient belges, ce jour-là. Un peu comme il y a quelques années, quand le Germinal Beerschot a gagné la finale de la Coupe de Belgique au stade Roi Baudouin ". Les semaines qui ont précédé la finale n'ont pas été un long fleuve tranquille. Elles ont été marquées par des bagarres. Celles qui ont suivi le match Antwerp-Anderlecht ont préoccupé les responsables de la sécurité : qu'allait-il se passer en Angleterre ? Les fans se conduisirent très bien à Trafalgar Square puis à Wembley et dans ses parages. Mais l'incendie faisait rage au sein du club aussi. Severeyns : " Les femmes ont été l'objet de la première grande discussion. Elles pouvaient nous accompagner mais devaient assurer tous leurs frais. Finalement, un responsable de Skiworld, qui organisait le voyage, leur a permis de voyager gratuitement. Deuxième discussion, les primes. Nous obtenions tous la même somme, 175.000 francs, soit 4.375 euros en cas de victoire. Si nous perdions, nous n'avions rien ! Seul Hans-Peter Lehnhoff avait stipulé dans son contrat qu'il lui suffisait d'atteindre la finale pour obtenir la prime. Je crois que Parme, même battue, aurait versé 50.000 euros à chaque joueur. Le contrat de Walter Meeuws était un autre point chaud. Il n'avait pas encore prolongé et l'on racontait qu'il allait rejoindre Gand. Je n'étais pas sûr de mon avenir non plus. J'avais inscrit 19 buts en 27 matches de championnat cette saison-là. Ce n'était pas mal pour un avant que Malines louait à l'Antwerp pour 75.000 euros. Mais l'option n'avait pas encore été levée et je n'avais plus trouvé le chemin du but depuis quelques semaines. La direction m'avait fait comprendre que je devais marquer. J'étais sûr qu'elle lèverait l'option mais elle voulait faire baisser le prix ". Parme voulait un hôtel au centre. Ses joueurs appréciaient le bruit et souhaitaient effectuer du shopping pour se détendre. L'Antwerp logeait en-dehors de la ville, à St-Albans. Il avait ses raisons. Severeyns : " Arsenal allait loger dans cet hôtel quelques jours plus tard, puisqu'il disputait la finale de la Cup le samedi. Nous avons jeté notre dévolu sur cet établissement par superstition. Les équipes qui avaient gagné les dernières éditions de la Cup avaient logé là ". Les joueurs qui n'avaient pas été repris pour le match rejoignirent Londres en avion le mercredi. Severeyns : " Ils arrivèrent à l'hôtel à midi, alors que nous allions manger. Ils ont joué au snooker l'après-midi pendant que nous faisons la sieste ". Le thème du jour était : jouera, jouera pas ? Lors du dernier entraînement, Lehnhoff s'était blessé à l'aine. Severeyns : " Nous travaillions la finition quand Peter a souffert des adducteurs. La douleur est supportable quand vous êtes chaud mais le lendemain, quand les muscles sont froids, elle est terrible. Peter a immédiatement arrêté mais le mal était fait. Wembley était très vétuste. Nous nous sommes entraînés avec des ballons plus légers que d'habitude et le jour du match, l'herbe était trop haute. C'est ce qui a blessé Peter : l'herbe a freiné le ballon de manière inattendue et Peter a shooté trop tôt. Il a fait un faux mouvement. Les vestiaires étaient spacieux mais j'avais joué à Milan et c'était autre chose ! La magie résidait dans le fait que nous étions en Angleterre, le berceau du football, dans un stade mythique qui allait être comble trois jours plus tard pour la finale de la Cup. Pour notre match, le stade était à demi vide ". L'incertitude planant sur Lehnhoff était une catastrophe pour l'Antwerp. Severeyns : " Peter était un joueur très important. Il pouvait marquer, il appelait le ballon, accélérait le jeu. Sa blessure représentait une dévaluation de 20 à 30 % pour l'Antwerp ". Parme n'était pas exempte de problèmes non plus. Malgré plusieurs tentatives de le retaper, le Colombien FaustinoAsprilla fit banquette tout le match. Severeyns : " Mais AlessandroMelli, ThomasBrolin et StefanoCuoghi, un de mes coéquipiers à Pise, jouaient. Parme ne manquait pas de joueurs alors que toute défection nous affaiblissait. Or, notre pilier a joué à 50 % ". Lehnhoff a finalement disputé le match. De l'autre côté, à Parme, une vieille connaissance, Georges Grün, ex-Anderlecht. Favoris, les Italiens dominèrent la rencontre. Severeyns : " Ils se sont créé beaucoup d'occasions. Incroyable. Je me souviens qu'un but de Melli a été annulé alors qu'il n'y avait absolument pas hors-jeu. C'était un très beau numéro, sur coup franc. Après coup, je trouve que Meeuws, que j'admire beaucoup, a quand même commis une erreur tactique. C'est facile à dire après le match mais quand même... Nos deux principaux problèmes étaient le gardien et l'occupation de terrain. Le portier StewanStojanovic avait manqué de confiance en début de saison mais il avait progressé lors des derniers mois et il arrêtait beaucoup de ballons. En finale, il a commis une erreur sur le premier but, sur coup de coin. Il a effleuré le ballon, qui a été joliment envoyé dans la cage. L'occupation n'était pas bonne. Walter voulait absolument faire jouer Dragan Jakovljevic. Je me souviens qu' AntonioBenarrivo a disposé de larges espaces sur le flanc droit, pendant tout le match. Didier Segers était souvent seul. Il suivait l'un puis s'apercevait qu'un autre plongeait dans son dos. Alex Czerniatinski jouait en pointe, j'étais déporté sur le flanc droit et je jouais avec Wim Kiekens. A gauche, nous avions un trou. Jako convergeait vers l'axe, Peter n'était pas à 100 % et ne pouvait résoudre le problème. Il aurait sans doute fallu faire monter PatrickVan Veirdeghem à la place de Jako plus tôt. Il pouvait jouer à l'arrière gauche et Segers un cran plus haut. Nous aurions peut-être neutralisé le danger ". Le match resta passionnant, l'Antwerp contenant Parme jusqu'au bout. Severeyns : " Sur corner, Wim a même eu l'occasion d'égaliser. Il ne ratait normalement pas ces headings. Ce soir-là, il a échoué et au lieu d'un 2-2, ce fut 3-1, sur un contre ". L'Antwerp se remit rapidement du but rapide de Parme. Severeyns égalisa 1-1. Il est encore capable de décrire la phase mais pas sa joie après le but. Severeyns : " Au milieu, Alex s'empara du ballon et monta, attirant deux défenseurs. J'ai surgi de la droite, suivi par mon garde du corps. J'ai sprinté en profondeur et Alex m'a servi alors qu'un adversaire se dirigeait vers lui mais que l'autre hésitait entre s'occuper de moi ou couvrir en zone. Mon homme m'a laissé partir, pensant que les défenseurs centraux allaient se charger de moi et je me suis retrouvé seul devant le gardien. J'ai tiré du gauche ". Il a dû revoir le reste à la télévision. " Quand quelqu'un m'adresse un assist, je cours directement vers lui pour le remercier, je ne l'ignore pas. Je me suis donc dirigé vers Alex, qui était face aux supporters, et je l'ai empoigné. Dans ma tête, c'était arrivé instantanément mais en fait, j'ai eu un trou, un temps durant lequel je ne savais absolument pas ce que j'avais réalisé. Il semble que j'ai couru 30 mètres en direction d'Alex, le doigt levé, ce que je ne faisais jamais à l'époque. Ces 30 mètres restent un trou noir dans ma mémoire ". Malgré la défaite, l'Antwerp a fait la fête, à deux reprises même : à Londres, à l'hôtel, et le lendemain au stade. " La fête à l'hôtel fut terrible malgré notre revers. Elle avait été organisée. Tout le monde était là, il y avait un repas... Nous avons bu mais pas jusqu'à six heures du matin, ce qui était arrivé aux tours précédents ". Le lendemain fut moins agréable pour le monde extérieur. Après la réception à l'hôtel de ville, entraîneur et président se disputèrent devant les caméras. Pénible. Severeyns : " Qui en était responsable ? Les deux. Je pense que Walter avait déjà signé à Gand ou avait au moins un accord verbal, ce qu' EddyWauters devait savoir par JeanVan Milders, un de ses amis. Je ne pense pas que Walter avait l'intention de prolonger son contrat. Gand lui offrait sans doute un salaire supérieur et n'avait pas une mauvaise équipe. Il avait atteint le sommet à l'Antwerp : la finale de la C2, une nouvelle qualification européenne... Plusieurs joueurs allaient partir. Wauters a senti qu'on jouait avec ses pieds et il s'est montré sous son jour le plus cynique ". Voilà pour la finale. Le parcours européen de l'Antwerp est riche en anecdotes. " Je partageais ma chambre avec Jakovljevic, à Glenavon. Le premier soir, il s'endormit le premier. Il ronflait tellement fort qu'au bout d'un moment, j'ai pris mes couvertures, mon oreiller et je suis allé dormir dans la baignoire. Deux heures plus tard, vers cinq heures, je me suis réveillé, la nuque terriblement raide. Une demi-heure plus tard, j'étais à la cuisine pour un petit-déjeuner très matinal... Nous devions trottiner le matin, nous reposer l'après-midi puis nous entraîner une dernière fois le soir. A midi, j'ai pensé : il faut que je sois au lit avant lui... J'y suis arrivé, tant j'étais fatigué. Puis le téléphone a sonné. Feu Frans Henckens, notre délégué, m'avertit qu'il était temps de s'entraîner. Profondément endormi, j'ai raccroché. Dragan dormait aussi. Le bus ne nous a pas attendus. Il est parti. Vingt minutes plus tard, je me suis éveillé. Nous avons demandé à la réception si quelqu'un pouvait nous conduire au stade. En retard... Les deux manches se sont achevées sur le score de 1-1. Nous nous sommes départagés aux tirs au but. RatkoSvilar, qui avait 42 ans, a intercepté trois ballons ". En quarts de finale, l'Antwerp a affronté le Steaua Bucarest. " Son gardien était incroyable. L'adjoint, Danny Koekelcoren, avait visionné le Steaua à six reprises. Il nous avait dit que le gardien était mauvais et que c'était notre chance ! Eh bien, au Bosuil, il a intercepté cinq ou six buts tout faits. Il était tellement bon qu'il est devenu le numéro un de l'équipe nationale... A Bucarest, avant le match, il y a eu un incident. Il avait neigé. On avait déblayé la neige sur les côtés. Nous avons demandé où nous pouvions nous échauffer et on nous a indiqué un côté ! Nos adversaires nous ont rejoints et ont passé leur temps à envoyer nos ballons dans la tribune. J'entends encore Wim de Coninck dire : -Nous restons ici, les gars ! Mais à la longue, nous n'avions plus de ballons, seulement des boules de neige ". Czernia marqua le but de la délivrance. Il ne restait plus qu'un obstacle, le Spartak Moscou. " Nous avons été balayés à Moscou, sur un terrain très dur. Le vol retour fut agité. L'avion avait un pneu crevé. Un autre appareil a dû se rendre en Allemagne pour nous apporter un autre pneu. Au retour, nous avons été menés 0-1 très vite mais ensuite, nous avons signé un match superbe. Le but décisif a été marqué sur penalty. Un étrange coup de réparation... C'était 2-1 à dix minutes du terme, nous forçons un corner. Le ballon a été dégagé à hauteur de la ligne médiane. Juste avant cela, Alex a reçu un coup au visage, alors qu'il était dans le rectangle. Le juge de touche l'avait vu mais n'avait pas identifié l'auteur du coup car ViktorOnopko a été exclu alors qu'il n'avait rien fait. L'arbitre a sifflé penalty. S'il avait attendu un peu, le ballon serait sorti et le joueur aurait été exclu mais nous aurions seulement obtenu une rentrée en touche et nous n'aurions peut-être pas marqué... En résumé, à aucun tour nous n'avons été les meilleurs. Notre équipe était enthousiaste et, surtout, marquait facilement. J'ai inscrit 19 buts, Alex 16 si mes souvenirs sont bons, les autres marquaient régulièrement et derrière, nous avions des joueurs engagés. Individuellement, nous n'avions pas la grande classe. Tous n'auraient pu prétendre à une sélection en équipe nationale. Notre équipe pouvait aussi bien perdre contre Glenavon que gagner contre le Spartak Moscou ". par peter t'kint