Quelle va être l'influence des quatre semaines du Mondial sur la saison 2006-2007 en Bundesliga ?

Uli Hoeness : Le déroulement du Mondial a été un rêve pour tous les clubs car l'ambiance qui a régné dans notre pays a été parfaite. Cela aura un impact positif sur la Bundesliga. Beaucoup de nouveaux amateurs - des enfants, des femmes - y ont participé et reviendront. Les grands événements, les grands matches et les finales deviennent des musts. Le football reste important, mais ce qui l'entoure l'est aussi.
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Uli Hoeness : Le déroulement du Mondial a été un rêve pour tous les clubs car l'ambiance qui a régné dans notre pays a été parfaite. Cela aura un impact positif sur la Bundesliga. Beaucoup de nouveaux amateurs - des enfants, des femmes - y ont participé et reviendront. Les grands événements, les grands matches et les finales deviennent des musts. Le football reste important, mais ce qui l'entoure l'est aussi. Certaines choses. Comme le respect des supporters adverses. D'accord pour la rivalité mais pas pour la haine. C'est une grande leçon du Mondial. Nous avons aussi assisté à du football offensif au premier tour. Les équipes se sont faites plus prudentes lors des matches à élimination directe et même de formidables équipes ont évolué avec un seul avant. Cela n'a pas d'avenir. Ce système ne serait pas profitable à la Bundesliga. Je ne m'attendais pas à ce qu'elle développe son jeu avec autant de conviction et place de tels accents offensifs. Surtout que la préparation n'a pas été calme. Mais les managers de la ligue des clubs sont montés au front pour calmer les supporters. Je ne pensais pas qu'une telle euphorie naîtrait en Allemagne et que les gens soutiendraient leur équipe de manière aussi inconditionnelle. Les joueurs l'ont senti et ont joué comme s'il en allait de leur vie. Jürgen n'a jamais revu ses objectifs, il a toujours martelé que nous voulions être champions du monde. Il a bien fait. Il a inculqué cette philosophie à ses joueurs. Je le regrette beaucoup car ce ne sera pas facile pour Jogi Löw. C'est Jürgen qui a marqué cette équipe par sa philosophie du jeu. On attribuera les contrecoups à Jogi alors qu'ils seraient aussi survenus sous l'égide de Klinsmann. Je pensais bien qu'il allait raccrocher mais je m'attendais qu'il se laisse quand même convaincre par la prière de tous, après l'euphorie qui était née. Sa décision était néanmoins prise dès le départ, manifestement. Je n'ai pas compris pourquoi il déclarait ça à ce moment même si on peut développer certains thèmes. Mais je suis manager, pas entraîneur. Je ne me mêle pas en public de ces aspects-là. Phillip Lahm. Il a été sensationnel. Il a joué comme si tout coulait de source. Chaque joueur repart à zéro au début de la saison. Celui qui a de la classe s'impose. Comme je pars du principe que Podolski en a, il va s'imposer. Il devra travailler, pour ce faire. Nous allons composer notre équipe en toute sérénité. L'entraîneur s'en charge. Il a un bon noyau, la balle est dans son camp. Oui, nous serons heureux si nous allons plus loin. Les grandes déclarations n'apportent rien. On en demande trop à l'équipe et si elle n'atteint pas les objectifs, on vous le reproche. Nous avons beaucoup de jeunes joueurs que nous voulons aider à progresser. Nous avons besoin de temps. En période d'investissement, on ne peut formuler d'ambitions trop élevées. Notre objectif n'est pas de rendre le championnat plus passionnant mais de jouer de notre mieux. Nous n'avons pas non plus décidé, comme ça, de dominer le championnat. Nous formons une équipe et nous ignorons ce qu'il en sortira. Brême a réalisé de bons investissements, Hambourg nous a déjà rendu la vie dure l'année dernière, pourquoi ces deux-là ne s'en chargeraient-ils pas ? Schalke va se stabiliser. J'en suis convaincu : cette saison, il sera plus difficile d'être champion que l'année dernière. Nous ne nous en mêlons pas, c'est du ressort de l'entraîneur. Une confrontation permanente avec les joueurs n'apporte rien. Il faut les inciter à hausser leur niveau par la communication. La discipline est certainement un point important mais on n'arrive à rien en mettant les gens sous une pression excessive. Koller a 33 ans, comme Micoud. Tôt ou tard, ils devaient partir. Rosicky est un bon footballeur mais il n'a pas livré assez de bons matches pour qu'on qualifie son départ de grosse perte. Il a montré ce dont il était capable contre les USA pendant le Mondial. A part ça, on n'en a pas vu grand-chose. Oui. Au fil du temps, l'un ou l'autre grand footballeur va être transféré dans notre championnat. Notre Français Willy Sagnol m'a raconté que les joueurs étaient impressionnés par les nouveaux stades et l'ambiance. Les clubs de ces pays paient trop bien. En plus, chez nous, ils devraient affronter la neige et le gel de fin octobre à la mi-mars alors qu'ils n'y sont pas habitués. Nous avons eu la chance que ces étrangers aient eu un temps superbe pendant tout le Mondial. Ils pensent maintenant qu'il en va toujours ainsi... Nous devrions nous concentrer davantage sur les bons espoirs allemands. Ces jeunes ont grandi ici, il n'y a pas de problèmes linguistiques. Les équipes d'âge progressent, la tendance est positive. Il faut un bon mélange. Si une vedette est financièrement accessible, nous la transférons. Sinon, pourquoi aurions-nous essayé de transférer Ruud van Nistelrooy ? J'espère que nos Lahm, Podolski et Schweinsteiger vont profiter de l'élan du Mondial. Un Miroslav Klose, du Werder Brême, dans sa forme actuelle est une attraction. Les autres internationaux doivent entamer la saison avec une assurance nouvelle. La Bundesliga ne s'appauvrit pas. Je ne sais pas si nous irons nettement plus loin que les années précédentes. Nos joueurs ont prouvé qu'ils pouvaient rivaliser avec les meilleurs. D'autre part, je ne puis imaginer que Ronaldinho et Kaka soient encore aussi mauvais que pendant le Mondial. Pareil pour Frank Lampard, Joe Cole ou Steven Gerrard. Je ne comprends pas que ces formidables footballeurs aient été aussi brisés. Ronaldinho était manifestement à plat mentalement. Avec 100 millions d'euros en plus, je peux payer ces stars mais je ne les ai pas et les autres clubs encore moins. Le Werder, le HSV n'ont aucune chance d'enrôler des joueurs de 20 à 25 millions. Je ne me plains pas mais l'argent fait défaut. Un exemple : Chelsea a acheté l'avant Salomon Kalou à Feyenoord. Nous l'avons visionné cinq fois, je l'ai suivi personnellement à deux reprises. Ce n'est pas un mauvais joueur, mais nous ne pouvons nous permettre de claquer huit millions pour un essai. L'Atletico Madrid paie le jeune attaquant argentin Sergio Aguero en huit ans : autant se faire hara-kiri. Si Roman Abramovich en veut un, ou que les droits TV espagnols, italiens et français restent à leur niveau, c'est possible. Soit les droits allemands montent soit les italiens et les espagnols diminuent. Cela ne peut durer sinon nous n'avons aucune chance. Brillant. Le rapport salaires - succès est formidable. La Bundesliga est le championnat le plus sain du monde. Les gens doivent le comprendre. Nous allons tout mettre en £uvre pour qu'il se réduise. Ce que nous avons atteint ces deux ou trois dernières années est beaucoup trop modeste. Nous devons obtenir de meilleurs résultats. C'est à l'entraîneur de répondre. Les entraîneurs peuvent reprendre certaines choses s'ils le veulent mais il serait fatal que les directions de clubs se mêlent de cet aspect. Jürgen a raison : les joueurs doivent être prêts à travailler leurs manquements individuellement, en-dehors des séances officielles. Un international établi peut très bien consacrer son après-midi à son jeu de tête sans se couvrir de honte. Oui. Mais l'équipe nationale n'aurait jamais pu jouer avec autant de succès si les clubs n'avaient pas fourni à Klinsmann des joueurs bien entraînés. On ne peut transformer des mules en purs-sangs en l'espace de quatre semaines - y compris une semaine de repos en Sardaigne- si la formation de base n'est pas acquise. Avec tout mon respect pour le travail de Klinsmann, il ne faut pas sous-estimer celui accompli par les entraîneurs de Bundesliga. C'est pour ça que je n'ai jamais compris cette discussion sur la condition. On a sous-estimé le travail de nos coaches. Nous sommes au courant mais les joueurs du Bayern n'étaient pas concernés. Il n'y a pas de priorité. Au moins la participation à la Ligue des Champions. Sinon, la pression serait intenable pour les joueurs. KARLHEINZ WILD, ESM