Jetons un bref coup d'£il à certains clubs du championnat brésilien. Flamengo, les Corinthians et Sao Paulo comptent des dizaines de millions de supporters. Santos et la Peléconnection sont célèbres dans le monde entier et, avec Botafogo, est le principal fournisseur des trois premières équipes brésiliennes sacrées championnes du monde. Fluminense et Palmeiras s'appuient sur une tradition glorieuse, respectivement à Rio et à Sao Paulo. Gremio et l'Internacional sont les représentants de Porto Alegre, Belo Horizonte délègue Cruzeiro et l'Atletico Mineiro. Sport of Recife est le lion du nord et l'Atletico Paranaense, sis à Curitiba, déborde aussi d'ambition et d'idées.
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Jetons un bref coup d'£il à certains clubs du championnat brésilien. Flamengo, les Corinthians et Sao Paulo comptent des dizaines de millions de supporters. Santos et la Peléconnection sont célèbres dans le monde entier et, avec Botafogo, est le principal fournisseur des trois premières équipes brésiliennes sacrées championnes du monde. Fluminense et Palmeiras s'appuient sur une tradition glorieuse, respectivement à Rio et à Sao Paulo. Gremio et l'Internacional sont les représentants de Porto Alegre, Belo Horizonte délègue Cruzeiro et l'Atletico Mineiro. Sport of Recife est le lion du nord et l'Atletico Paranaense, sis à Curitiba, déborde aussi d'ambition et d'idées. Avec cette force en profondeur, il n'est pas étonnant que le championnat Brasileirao soit l'un des championnats les plus ouverts du monde mais la quantité de grands clubs n'est pas le seul facteur qui rend l'issue de cette compétition si difficile à prédire. Mais il y a un aspect négatif : les déficiences de l'organisation. La structure du championnat n'a pourtant jamais été aussi bonne. Le championnat a débuté en 1971 avec vingt clubs. Il a grandi quand le gouvernement militaire a cédé aux pressions politiques et a invité de plus en plus de villes. Le comble a été atteint en 1979 avec... 94 clubs participants. Jusqu'il y a peu, tout grand club jugeait absurde l'idée de jouer en Division Deux. Ils ont donc utilisé tous les prétextes bureaucratiques possibles et imaginables pour se maintenir, même quand ils achevaient la saison dans la zone de relégation. Désormais, promotion et rétrogradation sont automatiques, les matches sont fixés des mois à l'avance et, depuis 2003, les playoffs, souvent bizarres et très changeants, ont fait place à une formule de championnat qui oppose 20 clubs en aller-retour du 9 mai au 6 décembre prochain. Cela constitue un progrès mais en 2003, le changement de format donna lieu à un problème délicat : le calendrier. Tout supporter européen le sait : la préparation constitue une part intrinsèque de la saison. Un championnat de 38 matches doit être préparé. Il faut intégrer les transferts et, surtout, aviver l'appétit des supporters pour la campagne à venir, créer cette fameuse magie du football. Quand ces derniers sont privés de la phase d'expérimentations, ils deviennent anxieux et craignent que les transferts ne constituent pas des renforts pour leur club. Cette magie n'existe pas au Brésil, faute de trêve. Les championnats régionaux, un pour chacun des 27 Etats du pays, se disputent de la mi-janvier à début mai,... moins d'une semaine avant le début du championnat national. La majorité des clubs n'ayant pas eu de succès, les supporters sont fâchés. Alors que le grand coup d'envoi devrait être un jour spécial dans chaque campagne, l'ambiance est au plus bas. Les entraîneurs peuvent payer le prix de leur échec ou d'attentes non rencontrées dans les championnats régionaux. Du coup, les clubs peuvent être embarqués dans une campagne de sept mois avec un coach engagé à la va-vite. Parfois, un échec au stade régional peut tourner en faveur du club au début de la campagne nationale. L'année dernière, par exemple, Gremio a été éliminé prématurément de la Coupe du Brésil et du tournoi du Rio Grande do Sul. On lui accordait peu de chances au niveau national mais comme il a eu une certaine liberté pour préparer sa saison, il a aligné une défense bien organisée et a échoué d'un fifrelin dans la lutte pour le titre. Avant 2003, l'année était divisée en deux parties, avec les tournois régionaux de janvier à juin et le national d'août à décembre. Le championnat national a donc été élargi, pour des raisons politiques, tandis que les saisons régionales ont été raccourcies mais pas supprimées. Cette décision a désynchronisé le Brésil par rapport au reste du monde et les conséquences sont catastrophiques. Tout d'abord, le championnat national débute alors que la Copa Libertadores entre dans sa phase décisive. La bataille qui détermine les clubs sud-américains arrive à sa conclusion, après neufs journées de championnat ! Cela peut avoir deux conséquences sur la représentation brésilienne en championnat continental. Si un club est toujours en lice en Copa Libertadores, le championnat domestique est l'affaire des Réserves. En cas d'élimination, c'est la souffrance. Fluminense a vécu ces deux situations. Début juillet, il n'était qu'à un tir au but du sacre continental mais en novembre, il peinait à grappiller des points pour se maintenir en Serie A. Le marché des transferts s'ouvre en effet en plein milieu de la saison. Chaque année, un joueur émigre en Europe et il y a parfois des mouvements inverses. Les joueurs sont distraits et les équipes remaniées en plein championnat. Le magazine Placar publie un excellent spécial championnat, avec des portraits de tous les joueurs mais il doit en éditer un second à mi-parcours, les équipes ayant radicalement changé de visage ! Cela se produit au moment où les matches se succèdent à une cadence soutenue : à défaut de compétition de clubs internationale, les clubs jouent fréquemment en semaine aussi, en juillet et en août. Il y a en quelque sorte deux championnats du Brésil : un avant le marché des transferts et un autre après. Conserver une certaine consistance dans de telles conditions est très difficile. Cela ne veut pas dire pour autant que le titre se décide par hasard, au contraire. Plus court est un championnat, plus la chance joue un rôle important. Pour surmonter ces obstacles et rester en forme pendant 38 matches, il faut une structure, des installations d'entraînement, un suivi médical et un programme. La réussite d'une campagne peut dépendre de la réponse à ces questions comme au choix des joueurs qu'on laisse partir pendant le mercato et la manière dont on va les remplacer. Quel joueur émigré en Europe serait-il tenté de revenir au pays ? Quels bons joueurs brésiliens arrivent-ils en fin de contrat ? Tout cela requiert de l'argent. Même si un club parvient à former une équipe compétitive, l'histoire montre que tout dépend de la capacité du club à payer les salaires à temps. Or, c'est un problème récurrent au Brésil. Un modèle émerge. Cruzeiro a remporté le premier championnat national étendu en 2003 mais depuis, les cinq titres sont revenus aux clubs de l'Etat de Sao Paulo, une domination sans précédent en championnat. Santos s'est imposé en 2004 grâce à Robinho et à l'argent issu de la vente des collègues champions en 2002. Soutenus par les millions de MSI, les Corinthians ont été sacrés champions en 2005 et Sao Paulo FC a tout raflé ces trois dernières années, grâce à son approche très pragmatique, qui s'appuie sur le soutien de l'élite dans la plus grande ville d'Amérique du Sud. Les clubs de l'Etat de Sao Paulo profitent de la solidité de leur championnat local et du pouvoir industriel de la nation. Sao Paulo est le seul Etat assez riche pour organiser un tournoi mondial. Les joueurs d'autres régions tentent leur chance auprès des quatre grands, les Corinthians, Palmeiras, Santos et Sao Paulo. Cette tendance a été particulièrement marquée cette année, avant le début du 39e championnat. Le sud pourrait devenir un challenger. L'Internacional et Gremio semblent costauds tandis que Fluminense et Cruzeiro entament cette saison avec beaucoup d'ambition. Un outsider est toujours susceptible de créer la surprise et c'est ce qui fait aussi le charme du championnat brésilien. par tim vockery (world soccer, à rio de janeiro) - photos: reporters