Inouï. Moi qui n'étais supporter inconditionnel d'aucune équipe, pas même de nos Diables, ça y est, voilà que je me sens devenir inconditionnel de Marseille, mais à l'envers: c'est-à-dire qu'au lieu d'être inondé de bonheur chaque fois que l'OM gagne et submergé de larmes à chaque tripotée qu'il reçoit, j'éprouve très régulièrement l'inverse! Attention, je ne suis pas devenu comme cela par opposition supporteresse classique, parce que j'adulerais par exemple le PSG ou Bordeaux ou Lyon. Ou comme les gars qui détestent les Mauves parce qu'ils aiment les Rouches, et vice-versa. Non, non, Marseille est le seul club dont les résultats me sensibilisent, j'insupporte l'OM inconditionnellement: c'est tellement bon quand il se plante, que c'en est chaque fois une sensation jouissive! Comme ...

Inouï. Moi qui n'étais supporter inconditionnel d'aucune équipe, pas même de nos Diables, ça y est, voilà que je me sens devenir inconditionnel de Marseille, mais à l'envers: c'est-à-dire qu'au lieu d'être inondé de bonheur chaque fois que l'OM gagne et submergé de larmes à chaque tripotée qu'il reçoit, j'éprouve très régulièrement l'inverse! Attention, je ne suis pas devenu comme cela par opposition supporteresse classique, parce que j'adulerais par exemple le PSG ou Bordeaux ou Lyon. Ou comme les gars qui détestent les Mauves parce qu'ils aiment les Rouches, et vice-versa. Non, non, Marseille est le seul club dont les résultats me sensibilisent, j'insupporte l'OM inconditionnellement: c'est tellement bon quand il se plante, que c'en est chaque fois une sensation jouissive! Comme une petite voix qui, à chaque revers marseillais, me murmure à l'oreille que le monde du foot n'est donc pas encore tout à fait pourri: qu'il reste vraiment un Bon Dieu pour s'opposer quand il le peut au triomphe des mauvais.Que veux-je donc dire en sarcasmant ainsi? Que too much is too much. Que Marseille, petit à petit, comme le vautour qui fait son nid, réussit l'exploit de collectionner toutes les tares du foot d'aujourd'hui. Et pas seulement pour son affairisme, ou parce qu'il s'agit d'un club où la corruption fut un jour plus avérée qu'ailleurs. Mais le vestiaire est comme le marché aux bestiaux de Ciney le mardi à l'aube, avec des mecs qui arrivent, qui ignorent combien de temps ils resteront, qui repartent. Dans les gradins, les ultras poussent régulièrement trop loin le bouchon du supportarisme haineux. Les dirigeants travaillent dans tout, sauf dans la continuité. Ils lavent leur linge sale en public, à coups d'injures fleurant bon je dirai pas quoi. Et pour les entraîneurs, ce n'est plus de valse qu'il s'agit, faudrait plutôt parler de typhon. Ce qui se passe à Marseille est peut-être surréaliste, mais surtout symbolique de toutes les déviances exécrables, et qu'il faut exécrer. De toutes les non-valeurs du football au sommet. Mais les valeurs du foot, me direz-vous, les beaux machins nobles vers lesquels il faut tendre, quelles sont-elles donc? Okay, je vous cite les premières qui me viennent à l'esprit, et il y en a d'autres. Croire au travail comme facteur de progression. Etre solidaire, se serrer les coudes en cas de pépins. Savoir perdre dignement. Jouer d'abord pour le plaisir de jouer. Etre convaincu qu'un groupe se soude en amitié, et devient plus fort quand on n'en varie pas les composantes toutes les trois semaines. Résister à l'envie de tricher, même quand ça paraît possible sans se faire pincer. Accepter la concurrence au sein du groupe. S'y dire les choses en face sans se haïr tout rouge. Ecraser face aux décisions arbitrales les plus pompantes. Voilà des valeurs. Et Marseille, avec son bordel toujours étalé, affiche précisément tout le contraire de ça. L'odeur de pourriture y est plus nette, l'OM tend vers les non-valeurs: il devient ainsi le club qu'on aime haïr si l'on n'est pas Marseillais. Et savoir qu'existe un lien à Liège, savoir que nos Rouches ont des billes dans cette fange, ça ne fait pas bondir de joie.En fait, à Marseille, entre les diverses composantes du club, ça ne sent jamais l'amour. Louis-Dreyfus croyait ramener du charisme en ramenant Tapie dans le jeu de quilles: hélas, Anigo nigaud et demi, il a juste ramené de la colère mégalomane et de la fatuité revancharde. A Marseille c'est l'enfer, l'homme est un loup pour l'homme, les loups de La Louvière en comparaison, c'est le paradis et je pèse mes mots: parce que là, l'opposition Gaone- Verbist reste une opposition amoureuse, une divergence de vues entre deux mecs qui aiment d'abord profondément leur club! Dès lors que le bien du club prime, entre un président qui pète parfois plus haut que ses rêves (comme pas mal de présidents) et un manager qui se doit de ne jamais rêver plus haut que son cul, ça doit quand même finir par s'arranger. Tandis qu'à Marseillle... Bernard Jeunejean