Nous nous sommes donné rendez-vous dans le lobby de The Hotel, l'ancien Hilton de l'avenue Louise. Au bar, AndrésMendoza salue un ancien équipier, qu'il est tout surpris de retrouver : Alin Stoica. Les retrouvailles sont chaleureuses, les deux hommes ont partagé le même vestiaire pendant deux ans. Stoica, qui voyage entre Bruxelles, Bucarest et la Suisse, a rendez-vous avec un ami. Mendoza, lui, est accompagné de sa femme et de son fils cadet. Celui-ci se tient droit, comme son père, et est bien habillé. Son rêve : devenir mannequin. Andrés : " Mon fils aîné, en revanche, joue au football. Il a porté un moment le maillot d'un club bruxellois, puis a arrêté, et veut maintenant recommencer. J'espère qu'il pourra trouver sa voie sans l'aide de son père, que son nom de famille ne sera pas trop lourd à porter. "
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Nous nous sommes donné rendez-vous dans le lobby de The Hotel, l'ancien Hilton de l'avenue Louise. Au bar, AndrésMendoza salue un ancien équipier, qu'il est tout surpris de retrouver : Alin Stoica. Les retrouvailles sont chaleureuses, les deux hommes ont partagé le même vestiaire pendant deux ans. Stoica, qui voyage entre Bruxelles, Bucarest et la Suisse, a rendez-vous avec un ami. Mendoza, lui, est accompagné de sa femme et de son fils cadet. Celui-ci se tient droit, comme son père, et est bien habillé. Son rêve : devenir mannequin. Andrés : " Mon fils aîné, en revanche, joue au football. Il a porté un moment le maillot d'un club bruxellois, puis a arrêté, et veut maintenant recommencer. J'espère qu'il pourra trouver sa voie sans l'aide de son père, que son nom de famille ne sera pas trop lourd à porter. " Les deux garçons vivent encore en Belgique, chez leur mère dont Mendoza a divorcé. C'est la raison pour laquelle le Péruvien vient encore régulièrement dans notre pays. Lors des play-offs 1, il a d'ailleurs donné le coup d'envoi de Bruges-Anderlecht. Il a gardé un pied-à-terre à Bruxelles, à deux pas de The Hotel. Et c'est aussi la raison pour laquelle il cherche encore un club en Belgique, histoire de s'occuper. Mais Mendoza se rend compte qu'il doit tout doucement songer à son après-carrière. L'une des pistes est d'utiliser son expérience dans le monde du football et d'activer ses contacts en Europe. Son objectif est de servir d'intermédiaire pour amener des talents péruviens. Avec l'aide de quelques amis - d'anciens footballeurs qui ont des connaissances en matière de formation - il veut aussi créer sa propre école de football au Pérou. " Je ne deviendrai jamais entraîneur, cela ne correspond pas à ma personnalité, mais m'occuper des jeunes, cela me tenterait. " Il aimerait d'ailleurs associer le nom du Club Bruges à son Escuela Andrés Mendoza. " Par reconnaissance, parce que le Club m'a ouvert les portes de l'Europe. Mais aussi en échange d'un peu d'aide de leur part. " L'école devrait voir le jour à Lima, à trois heures de route de sa ville natale, Chincha, au bord de l'Océan Pacifique. C'est là qu'il a grandi comme... athlète. " J'étais un sprinter, je courais le 100 m. J'étais très rapide. On jouait au football dans la rue et sur des petits terrains, pour l'argent. C'était à la vie, à la mort, car celui qui gagnait pouvait garder la cagnotte. " Son talent n'est pas passé inaperçu et, à 13 ans, il a pu passer un test, qu'il a réussi, au Sporting Cristal. " J'ai dû vivre en internat, car je ne pouvais pas passer tous les jours trois heures sur la route, aller et retour. C'était la loi du plus fort, on ne recevait pas beaucoup d'aide d'en haut. " Cela explique en partie son mode de vie : un footballeur génial, mais parfois ingérable. Sa devise : profiter un maximum. Après une année comme professionnel au Pérou, il a traversé l'Atlantique pour débarquer à Bruges. " C'était pendant l'hiver 2000. À Bruges, on a pensé, dans un premier temps, que je tirais la tête, mais au contraire : mon envie de réussir était très grande. Simplement, je n'aimais pas le froid. " Il a dû s'adapter. Et il a fallu un certain temps avant qu'il ne parvienne à convaincre Trond Sollied de son talent. Intégrer le jeu imprévisible du Péruvien dans le jeu très automatisé du Norvégien, ce n'était pas une mince affaire. Mais ça a réussi. Après une courte période d'adaptation, Mendoza a gagné un trophée chaque année avec le Club : deux fois la coupe, une fois le titre. " J'ai souffert. J'ai parfois atterri sur le banc, puis j'ai retrouvé ma place. Je me suis souvent disputé aux entraînements, j'allais toujours au contact, mais j'ai vécu de beaux moments. J'ai marqué, beaucoup marqué même, mais j'ai aussi raté beaucoup d'occasions. Et j'ai beaucoup ri. J'ai profité de la vie, je dois l'admettre. " Ses plus beaux souvenirs ? Trois buts en finale de la Coupe de Belgique contre Mouscron. La campagne européenne de 2003-2004, aussi. Mendoza : " On me parle toujours de ce but inscrit sur le terrain de l'AC Milan. Y compris au Pérou. Mais tout le monde a oublié que, cette année-là, nous avons dû sortir le Borussia Dortmund au tour préliminaire. Deux fois 2-1, cela s'est joué aux tirs au but. C'est aussi un beau souvenir. La victoire à Milan était totalement inattendue. Il n'y avait que des monstres chez les Rossoneri : Kaká, Rivaldo. C'était encore le grand Milan. N'ayez pas peur, les gars, disait Sollied. Je dois remercier tous mes partenaires. Mon but était superbe, certes, mais si tout le monde ne s'était pas donné corps et âme pour défendre et si Dany Verlinden n'avait pas réalisé le match de sa vie, nous n'aurions jamais gagné et personne n'aurait parlé de mon but. C'était une victoire collective. " À la fin de cette saison-là, les chemins de Mendoza et de Bruges se sont séparés. Le Péruvien voulait un meilleur contrat, et a sillonné l'Europe pour cela : l'Ukraine, la France, la Russie, la Roumanie, et même le Mexique et la Turquie. Mendoza : " Mais je ne regrette rien, j'ai eu une belle vie. J'ai joué aux côtés de beaucoup de joueurs connus : Yaya Touré au Metalurh Donetsk et Franck Ribéry à Marseille. J'ai essayé de m'adapter partout, même si ce n'était pas toujours facile. Le plus dur, ce fut en Turquie : une culture très différente. Mais c'est de la Belgique que je garde les plus beaux souvenirs. Le Club est resté mon équipe. Et la Belgique, mon pays. J'ai toujours été rapide et puissant. La technique, je l'ai apprise, et ici, j'ai appris à respecter les consignes. N'oubliez pas que j'étais encore jeune et un peu jouette. C'est pourquoi, je vous serai éternellement reconnaissant de m'avoir adopté. " PAR PETER T'KINT - PHOTOS BELGAIMAGE - CHRISTOPHE KETELS