André Remy, qui fut le Monsieur Foot de Canal+ puis de BeTV, a donné des cours de communication à plusieurs de nos entraîneurs de D1, à l'école du Heysel.
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André Remy, qui fut le Monsieur Foot de Canal+ puis de BeTV, a donné des cours de communication à plusieurs de nos entraîneurs de D1, à l'école du Heysel. En quoi consistaient ces cours ?André Remy : Je leur ai rappelé quelques grands principes : n'oubliez pas que la presse n'a pas de comptes à vous rendre ; les journalistes ne sont ni vos ennemis, ni vos amis ; refuser de parler à la presse n'est jamais bon ; apprenez à décoder le type de journaliste que vous avez en face de vous - un tacticien, un gars qui vous pose des questions dans le but de vous piéger, un journaliste qui a envie de nouer un vrai dialogue avec vous, etc. Le rôle du journaliste étant d'informer, aidez-le à faire son boulot. Je leur ai aussi appris à bien se présenter car un entraîneur est souvent jugé à sa tchatche et à la façon dont il s'habille. C'est dramatique pour les autres, mais ce sont souvent ceux qui parlent le mieux qu'on considère comme les meilleurs. Il suffit généralement de peu de choses pour les déstabiliser dans une interview. Ils sont vite mal à l'aise. Quand les questions deviennent embêtantes, certains se fâchent, d'autres ne répondent plus ou fuient. Finalement, c'est normal : ils n'ont pas été formés pour bien communiquer, ils ont été livrés à eux-mêmes -sur le plan de la communication- pendant toute leur carrière. Comment les jugez-vous ?Vandereycken ne critique jamais ses joueurs, il ne veut pas parler du coach adverse ou de l'équipe adverse, il ne laisse personne pénétrer l'intimité de son vestiaire ou de son travail. Donc, il empêche d'approfondir le débat. Après le premier match éliminatoire de l'Euro, le nul à domicile contre le Kazakhstan, il retenait l'aspect positif : les Diables étaient en tête de leur groupe, puisque personne d'autre n'avait encore joué. A force de glisser des peaux de banane sous les pieds de tout le monde, il a perdu toute crédibilité. Vercauteren est froid, c'est peut-être parce qu'il a peur. Cela peut expliquer son comportement très distant qui semble vous faire comprendre que vous l'insupportez. A l'interview, il a le visage d'un sphinx, il s'exprime bien, il est clair dans ses analyses, il répond bien aux questions. Preud'homme est supérieurement intelligent, séduisant et dialogue remarquablement. Mais il s'énerve vite, il peut être agacé par une simple remarque négative. Si vous laissez faire Mathijssen, il va vous manipuler, vous amener là où il veut vous conduire, il sera plus fort que vous. Il ne prononcera jamais un mot de trop. Il a toujours le petit sourire qui plaît, il est aimable. Broos fait sa communication comme il fait son métier : sérieusement. C'est le coach du top qui a le moins d'ennuis avec la presse. Quand il pousse un coup de gueule, je l'écoute car ce n'est pas son style et il doit avoir de bonnes raisons pour se laisser aller. Leekens est un manipulateur dangereux. Il vous ferait avaler n'importe quoi et tape sur le dos de tout le monde, mais toujours avec le sourire. Parce que c'est un type très sympa. Mais il a tellement utilisé ces armes qu'il n'est plus crédible. Brys est un rassembleur, il a quelque chose de rassurant et de séduisant. Cartier est le roi de la séduction. Quels que soient le résultat et la façon dont le match s'est déroulé, il ne se laisse jamais aller, il a constamment un discours en adéquation parfaite avec les événements. Riga essaye toujours de comprendre, de répondre, de satisfaire. Je suis aussi frappé par sa subtilité d'esprit ainsi que par sa maîtrise intellectuelle et de la langue. Sollied est froid mais remplace sa non-séduction par une exceptionnelle cohérence. C'est bref, synthétique, précis. Tout cela lui procure une grande crédibilité. La communication, c'est le tout gros problème de Ceulemans. Avec lui, il faut aller la chercher. Mais il est tellement aimable et disponible que le courant finit souvent par passer. Vande Walle est le hors-la-loi des entraîneurs. Son discours simpliste, carré, grossier par moments, est sûrement très sincère. Son style est peut-être rigolo dans le vestiaire ou avec ses potes, mais les journalistes ne sont pas ses potes et il risque de perdre toute crédibilité.