"La fierté bruxelloise est de retour..." Une heure avant le coup d'envoi du derby, l'Union a titillé une première fois Anderlecht sur Twitter. D'autres piques allaient suivre. Un derby sans véritable zwanze faute de supporters de l'Union, mais un match anderlechtois qui a rappelé les rencontres initiales des deux dernières saisons. Vincent Kompany a effectué quelque choix étranges, dont il est le seul à connaître les raisons. Pour la troisième saison consécutive, Anderlecht a débuté avec un attaquant qui ne devrait pas conserver sa place. Il y a deux ans, Pieter Gerkens avait joué en faux neuf. La saison dernière, l'entraîneur avait opté pour Landry Dimata. Et cette fois, Kompany a titularisé Isaac Kiese Thelin.
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"La fierté bruxelloise est de retour..." Une heure avant le coup d'envoi du derby, l'Union a titillé une première fois Anderlecht sur Twitter. D'autres piques allaient suivre. Un derby sans véritable zwanze faute de supporters de l'Union, mais un match anderlechtois qui a rappelé les rencontres initiales des deux dernières saisons. Vincent Kompany a effectué quelque choix étranges, dont il est le seul à connaître les raisons. Pour la troisième saison consécutive, Anderlecht a débuté avec un attaquant qui ne devrait pas conserver sa place. Il y a deux ans, Pieter Gerkens avait joué en faux neuf. La saison dernière, l'entraîneur avait opté pour Landry Dimata. Et cette fois, Kompany a titularisé Isaac Kiese Thelin. Anderlecht 1 - Union Saint-Gilloise 3. Après nonante minutes, le marquoir reflétait la différence entre une équipe alignant un attaquant sans confiance et une équipe qui dispose d'une ligne d'attaque productive. La gueule de bois était bien là, mais sur base de ce qu'on avait vu en préparation, le résultat ne constitue pas une réelle surprise. Anderlecht a joué cinq matches amicaux, dont seulement deux avec ce qui ressemblait à une équipe-type. Même lors du match de gala contre l'Ajax, le public a dû se contenter d'une équipe espoirs améliorée. En fait, le onze de Kompany, auquel il manque plus que jamais un attaquant de pointe et un médian défensif, n'était pas prêt à affronter un adversaire hyper motivé qui avait disputé neuf rencontres de préparation. Il y a quelques jours, Kompany a nié le fait qu'Anderlecht ait transféré quelques joueurs pour s'inspirer du jeu de l'Italie, championne d'Europe. "Je veux qu'Anderlecht produise son propre jeu. Je ne veux pas jouer comme l'Italie, comme Barcelone ou comme Leipzig", a-t-il dit lors de la conférence de presse précédant le match face à l'Union. Pourtant, son intention était bien d'implanter la philosophie de jeu des Italiens, c'est-à-dire de composer une équipe sans véritable star, qui allie technique et énormes capacités physiques, tout en créant une dynamique au sein de laquelle les joueurs sont poussés dans leurs limites et pressent collectivement. Quand on met un tel système au point, il y a des hauts et des bas, mais la direction fait confiance à Kompany. Comme la saison dernière, celui-ci devra surtout faire preuve de flexibilité. Lors de la campagne précédente, l'ex-Diable rouge a changé deux fois de système, sans préparation. Il est passé d'un 4-3-3 avec de vrais ailiers à un 4-2-2-2, en passant par un 4-1-4-1. Ce qui ne l'a pas empêché d'atteindre l'objectif: une qualification pour les PO1. Revenons à la fin mai 2020. Un mois et demi après que la Pro League a décidé d'arrêter le championnat, Anderlecht, huitième, dévoilait son "Plan 2020-2025". Dans une vidéo, Anderlecht révélait notamment que Marc Coucke faisait un pas de côté et cédait les clés à Wouter Vandenhaute. Le message subliminal était clair: il fallait avant tout assainir les finances du club, puis faire aussi bien que possible sur le plan sportif. Il allait donc falloir du temps pour qu'Anderlecht soit à nouveau candidat aux trophées. L'organigramme du club était inscrit noir sur blanc, mais ceux qui devaient y jouer un rôle essentiel ( Franky Vercauteren, Vincent Kompany, Wouter Vandenhaute, Marc Coucke, Karel Van Eetvelt) se sont entre-temps vu confier une nouvelle mission, quand ils ne sont pas carrément partis. Désormais, la direction de l'institution anderlechtoise est déterminée par quatre leaders: Vandenhaute (président), Kompany (entraîneur), Jos Donvil (CEO) et Peter Verbeke ( Head of Sports). Ils sont assistés par des professionnels et des stratèges qui dirigent les différents départements. Le contraste avec la période Roger Vanden Stock est saisissant: tous les leaders s'entendent bien et ne jouent pas un double jeu. Chaque décision est soutenue par un plan. Sur le terrain comme en dehors, le process est un travail de longue haleine. Désormais, le "Plan 2020-2025" est accompagné d'un plan de relance financier, qui vise à faire diminuer la dette de cent millions d'euros. Il a été établi par Donvil, Vandenhaute et Verbeke et ne tient pas encore compte de la lutte pour le titre. La direction veut continuer à miser sur Neerpede, car les jeunes sont les moteurs du plan stratégique. Jeremy Doku et Albert Sambi Lokonga ont été vendus pour des montants colossaux et l'idée est de continuer à promouvoir des joueurs comme Yari Verschaeren, Anouar Ait El Hadj, Killian Sardella, Mario Stroeykens et Kristian Arnstad pour les vendre au bon moment de façon à continuer à appliquer le plan de relance. À moyen terme, il faudra faire de la place pour ceux qui patientent dans l'antichambre: Julien Duranville, Rayane Bounida, Ethan Butera et Nassim Azaouzi. Eux aussi doivent être monétisés. La deuxième partie du plan est plus tangible: petit à petit, Anderlecht doit investir un peu plus. Prudemment et intelligemment. Il doit acheter des joueurs et engager du personnel compétent pour l'encadrement. Au cours de la première vague, Craig Bellamy, le Head of Recruitment Dries Belaen et l'analyste-vidéo Kevin Reid ont été engagés. Cette saison, on y a ajouté Aaron Danks (le premier adjoint de Kompany, qui vient de la fédération anglaise), Robin Veldman (ex-Ajax, entraîneur des Espoirs), Eliot Tybebo (analyste vidéo) et Joséphine Knipschild (ex-Ajax, analyste des données) . Au Lotto Park, ça fait également six mois qu'on travaille avec un spécialiste des phases arrêtées qui était présent à l'EURO. Au club, on confirme que l'augmentation de capital est un fait et qu'en cas d'urgence, on peut toujours compter sur Marc Coucke. Mais Anderlecht ne peut pas se permettre de dépenser un argent fou pour des transferts de prestige comme Steven Defour ou Sven Kums. "Si nous ratons un transfert, nous le sentons directement sur le plan budgétaire", dit-on. "Ce n'est pas un drame, mais il ne faut pas que cela se produise trop souvent." Cela explique pourquoi il faut si longtemps pour trouver un attaquant de pointe, alors que ce poste a été défini comme prioritaire lors du mercato, tout comme un défenseur central droitier. Le profil n'est pourtant pas compliqué: savoir garder le ballon, avoir de l'expérience, pouvoir appeler le ballon dans le rectangle et en dehors, pouvoir faire des sprints à haute intensité. Selon les estimations du département recrutement, un attaquant répondant à ces critères coûte actuellement dix millions d'euros. Or, la direction ne veut pas dépenser plus de quatre millions par poste. Dans l'hypothèse où elle accepterait tout de même de consentir un tel investissement, Anderlecht aurait le couteau sur la gorge jusqu'à la fin de la saison. EvannGuessand (vingt ans), un attaquant de Nice, correspondait au profil et pouvait être transféré à bon prix. Le dossier était bien avancé, mais les tractations ont coincé lorsque les médias en ont parlé. Le président s'est mis à exiger le double du montant convenu. C'est pour éviter ce genre de situations que Verbeke tente d'effectuer des transferts très tôt - en juin, les prix sont bien moins élevés qu'en août. C'est aussi pour cela qu'il a approché l'entourage de Thomas Henry et Maxime D'Arpino, sans faire de proposition concrète. À Anderlecht, on a compris qu'il ne serait pas simple de remplacer Lukas Nmecha et Sambi Lokonga. C'est manifestement un problème pour Verbeke, qui veut donner à Kompany les moyens de faire mieux que la saison dernière, mais qui est limité par son budget. Il n'est donc pas exclu qu'il loue un attaquant, mais pour cela, il faut attendre la deuxième moitié du mois d'août, car ce marché spécifique n'est pas encore ouvert. En attendant, Verbeke sent le souffle des supporters dans sa nuque. Chaque jour, ils se demandent où se cache le nouvel attaquant. Verbeke, lui, envoie ses analystes de données à la recherche du successeur idéal de Nmecha. Plusieurs fois par semaine, il appelle les membres de son équipe. À chaque fois qu'un recruteur trouve une cible, il lui pose les mêmes questions: est-il rapide? Que révèle l'analyse des données au sujet de sa vitesse à haute intensité? Peut-il se tirer d'affaire dans les espaces courts? Rentre-t-il dans le budget? Y a-t-il une marge de négociation? Peut-on le revendre? Kompany va souvent voir les recruteurs et il sait donc parfaitement ce qu'ils font. Construire une équipe qui puisse terminer dans le top 4 est une chose. Mais au cours des derniers mois, le département sportif a également du écrémer le vestiaire. En avril, quatorze joueurs devaient quitter le club. Les départs de Kemar Lawrence (Toronto), Knowledge Musona (Al-Tai), Thierry Lutonda (RKC Waalwijk), Peter Zulj (Istanbul Basaksehir), Ognjen Vranjes (AEK Athènes) et Luka Adzic (FC Emmen) ont déjà permis au club de se débarrasser des poids lourds engagés par Herman Van Holsbeeck et Luc Devroe. Maintenant, reste à se défaire de Sieben Dewaele, Adrien Trebel, Zakaria Bakkali, Kenny Saief, Aristote Nkaka, Bubacarr Sanneh, Yevhen Makarenko, Ilias Takidine et Mustapha Bundu. Le club cherche aussi une solution pour Timon Wellenreuther et quelques joueurs dont Kompany a estimé après le stage qu'ils n'entraient plus dans ses plans. Pas question de conserver ces joueurs dans le noyau B jusqu'à la fin de l'été, car il faut diminuer la masse salariale. À Anderlecht, on se réjouit d'être en juillet 2022: à cette date, tous les contrats arriveront à échéance, sauf ceux de Sanneh et de Trebel. Il y aura donc moyen de prendre un peu plus de risques sur le plan financier. La masse salariale épargnée correspondrait au budget nécessaire pour l'achat d'un bon attaquant. L'été prochain, Verbeke ne devra donc plus se satisfaire d'un portefeuille à moitié plein pour faire ses courses et Anderlecht pourra redresser la tête. Ça travaille bien en interne et les résultats sont meilleurs, mais même la quatrième place de la saison dernière est indigne d'Anderlecht. En interne, tout le monde est convaincu qu'il y a moyen de refaire une partie du retard sur Bruges et Genk. Vandenhaute l'avait déjà annoncé l'an dernier: la question n'est pas de savoir si Anderlecht veut revenir, mais quand il va revenir.