Peu avant 11 heures, on s'affaire déjà sur le parking de l'hôpital. Certains collaborateurs du club sont déjà à pied d'oeuvre depuis cinq heures pour régler les derniers détails. Celui qui ne possède pas de ticket VIP est prié, par deux stewards intransigeants, de faire demi-tour et de chercher une place un peu plus loin. Une odeur de hamburgers et de boudins flotte dans l'air. Un périmètre de sécurité a été érigé tout autour du stade. Des deux côtés de l'avenue Théo Verbeeck - du café Le Fair-Play au Sport Bar Le Stade - des militaires en tenue de combat et des policiers portant un gilet pare-balles tentent de se fondre dans le décor.
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Peu avant 11 heures, on s'affaire déjà sur le parking de l'hôpital. Certains collaborateurs du club sont déjà à pied d'oeuvre depuis cinq heures pour régler les derniers détails. Celui qui ne possède pas de ticket VIP est prié, par deux stewards intransigeants, de faire demi-tour et de chercher une place un peu plus loin. Une odeur de hamburgers et de boudins flotte dans l'air. Un périmètre de sécurité a été érigé tout autour du stade. Des deux côtés de l'avenue Théo Verbeeck - du café Le Fair-Play au Sport Bar Le Stade - des militaires en tenue de combat et des policiers portant un gilet pare-balles tentent de se fondre dans le décor. Mais personne ne s'offusque réellement de ce déploiement de forces : la foule est en transe pour le Fan Day du RSCA. Un Fan Day format XXL. On se croirait aux Etats-Unis lors du Super Bowl américain, sans les chanteuses glamour qui entonnent à tue-tête l'hymne américain. On a pensé à tout : un livestream sur RSCA TV et sur la chaîne bruxelloise néerlandophone Bruzz, un Fan Village et deux DJ qui font grimper les décibels. Tout est filmé et diffusé en direct sur les grands écrans disséminés un peu partout. Personne ne doit louper une miette du spectacle. Le comédien KevinleForain, fils d'un forain comme son nom l'indique et vrai Brusseleir, orchestre le show. DavidSteegen, l'attaché de presse du club et père spirituel du fan engagement-project, veille à ce que les horaires soient respectés : présentation des joueurs à 11h30, un meet and greet avec les clubs de supporters de 13 à 14 heures, puis des séances d'autographes avec les joueurs jusqu'à 18 heures. " Nous nous sommes coupés en quatre pour satisfaire tout le monde ", explique Steegen. " Jadis, le Fan Day était un événement pour les sponsors où les supporters déambulaient sans objectif précis après avoir acheté un maillot au fanshop. Aujourd'hui, nous voulons que nos supporters vivent réellement une expérience unique. " Alors que la présentation des joueurs approche, les DJ font monter l'ambiance. " Lors de l'apparition des joueurs, cela doit être vollen bak ici ! " Les haut-parleurs diffusent 'Everything'sGonnaBeAlright' de BobMarley. " Nous nous sommes inspirés de l'Ajax" , admet Steegen. " Il y a sept ans, nous avons disputé un match un peu fou à Amsterdam que nous avons remporté grâce à RomeluLukaku et à MbarkBoussoufa. Pendant la mi-temps, la chanson de Bob Marley a été chantée par un petit groupe jamaïcain et nos supporters l'avaient reprise en choeur. Depuis lors, nous diffusons cette chanson à Anderlecht lorsque cela va mal. " Ce que Steegen craignait, se produit tout de même avec un temps de retard : l'écran, sur lequel était projetée une compilation des meilleurs moments de la saison dernière, rend l'âme. The show must go on. Avec son enthousiasme légendaire, RogerVandenStock s'empare du micro et promet qu'Anderlecht sera champion au terme de cette saison. " Anderlecht restera toujours Anderlecht ", insiste le président. Mais la réalité est bien différente et les supporters en prennent de plus en plus conscience. Il faut encore les convaincre qu'Anderlecht s'est engagé dans la bonne direction. Deux années sans titre, durant lesquelles l'équipe a évolué à un niveau très moyen sous BesnikHasi, en ont découragé plus d'un. Chez certains, c'est presque de la résignation. Et il faut plus qu'une victoire à Mouscron pour les rassurer. Les fans regrettent le manque de communication de la direction et le prix des abonnements. Le fanboard, qui comprend dix représentants des clubs de supporters, doit rétablir les liens entre les fans et le club. Au sein de l'AnderlechtSupportersAssociation (ASA), l'organisation qui regroupe les clubs de supporters, on est méfiant car le Sporting a lui-même désigné les candidats et aurait refusé quelques fortes personnalités. HermanVanHolsbeeck, pour une fois pas tiré à quatre épingles, ne doute pas un seul instant que la voie empruntée soit la bonne. " Je me suis déjà demandé à maintes reprises : que dois-je faire pour que les supporters soient derrière moi ? Je cherche toujours la réponse. C'est ma 14e saison à Anderlecht. Ces 13 dernières années, Anderlecht a été champion à sept reprises, a terminé quatre fois deuxième et deux fois troisième. Aurions-nous pu faire mieux ? Oui, sans doute : nous aurions pu être champion 13 fois... (il grimace) Les critiques des supporters, dont certains ont tendance à s'énerver rapidement, nous poussent à rester éveillés. Après nos trois titres d'affilée, nous avons pensé, à tort, qu'elles seraient moins virulentes. Personnellement, j'accepte d'être critiqué. Mais il y a une chose qu'on ne peut pas perdre de vue : c'est la direction qui définit la politique à suivre, pas les supporters. " Le mécontentement qui règne parmi les supporters ne se traduit pas encore par une baisse du nombre d'abonnés. Avant le match aller à Rostov, 15.000 abonnements avaient trouvé preneurs. Après le partage 2-2 en Russie, et le succès laborieusement conquis à Mouscron, les ventes ont décollé. On peut toutefois s'étonner que les chiffres officiels aient été longtemps tenus secret, comme si la direction avait peur de révéler la vérité, alors qu'au Standard, au Club Bruges et à Gand, les dirigeants n'ont pas hésité à fanfaronner sur la hausse spectaculaire du nombre d'abonnés. Si la tendance se poursuit, Anderlecht sera bientôt le n°4 au classement du nombre d'abonnés. Ce serait du jamais vu pour un club qui a longtemps été le plus populaire de Belgique. Et on ne peut pas tout expliquer par la capacité limitée du stade Constant Vanden Stock - Anderlecht a perdu près de 5.000 places depuis 2012. Paradoxalement, Anderlecht bat tous les records en Belgique sur les réseaux sociaux : 960.000 sympathisants sur Facebook, 85.000 suiveurs sur Instagram, 90.000 sur Twitter. Anderlecht se situe en 43e position en Europe dans ce domaine. " Nous avons effectué de gros efforts ces dernières années ", insiste Steegen. " Et cela, avec une petite équipe de trois salariés et quelques indépendants. Les grands clubs européens ont beaucoup plus de personnel que nous. Il faut vivre avec son époque. Nous avons atteint nos limites. " S'il y en a un qui ne se préoccupe pas de ce que pense le monde extérieur, c'est RenéWeiler. Le Suisse est celui qui doit remettre le Sporting sur le droit chemin. Il n'a pas hésité à trancher dans le vif : FedericoVico, IbrahimaConte, RafaelGalhardo et AnthonyVandenBorre ont été écartés. Et il a osé dire ses quatre vérités à KaraMbodj et à StefanoOkaka, deux joueurs qui avaient été transférés pour une jolie somme il y a un an. Weiler n'a pas froid aux yeux. Peu importe qu'il dilapide le capital : l'autorité de l'entraîneur ne se discute pas. Cela vaut même pour le manager général. Van Holsbeeck est partie prenante dans l'engagement de Weiler. Il ne peut pas faire machine arrière. Lorsqu'on analyse ce qui n'a pas fonctionné ces deux dernières années, on en arrive à une conclusion sans équivoque : sans un vestiaire uni, pas de résultats. Et, en matière d'unité dans le vestiaire, on était loin du compte la saison dernière. " C'est pourquoi nous avons recherché un entraîneur qui fixe les limites à ne pas dépasser ", explique Van Holsbeeck. " Certains l'ont déjà mesuré à leurs dépens. Je suis dans le métier depuis plus de 20 ans et je sais, par expérience, que beaucoup d'entraîneurs commencent avec de bonnes intentions. Mais, après quelques semaines, on s'aperçoit que les vedettes obtiennent malgré tout plus de privilèges que les autres. Avec Weiler, ce problème ne se posera pas. Il n'hésite pas à mettre le doigt là où cela fait mal, sans prendre des pincettes. Que l'on s'appelle JornVancamp ou Kara Mbodj. Personne n'a droit à un traitement de faveur. En Allemagne, il existe une culture du travail. Il faut même freiner les joueurs à l'entraînement. Weiler veut introduire les méthodes allemandes. Ce n'est pas un hasard si l'Allemagne arrive loin dans chaque tournoi. En Belgique, il faut pousser les joueurs pour qu'ils travaillent plus dur, pour qu'ils cherchent à s'améliorer. " Lorsqu'il a été engagé, Weiler avait été présenté comme un entraîneur qui aime travailler avec des diamants bruts. Deux mois plus tard, on doit dresser un tout autre constat : AndyKawaya, NathanDeMedina, SamuelBastien, DodiLukebakio et AaronLeyaIseka - des garçons qui ont grandi à Neerpede - ont été relégués dans le noyau B, prêtés à d'autres clubs ou sont sur le point d'être loués. Parmi les jeunes, il ne reste que WoutFaes, MileSvilar et Jorn Vancamp. En interne, certains affirment déjà à voix basse que Neerpede pourra temporairement fermer ses portes. La vérité se situe, comme souvent, entre les deux. Weiler veut élaguer son noyau afin de le rendre plus compétitif et pouvoir atteindre son objectif à court terme : se qualifier pour le dernier tour préliminaire de la Ligue des Champions. Pour l'instant, l'entraîneur de 42 ans estime que les joueurs en question ne sont pas prêts pour briguer une place de titulaire à Anderlecht. C'est la raison pour laquelle il les a renvoyés en U21, où ils devront faire leurs preuves avant de pouvoir postuler à nouveau à l'équipe fanion. Van Holsbeeck : " Certains jeunes ont directement tourné le bouton et se sont remis au travail. D'autres ont appelé leur agent pour lui demander de leur trouver un club à l'étranger. C'est un réflexe typiquement belge. Il est temps d'agir pour changer les mentalités et discuter avec leur entourage. Certains pensent qu'après deux bons matches, ils sont devenus incontournables en équipe Première. " Les places sont donc devenues chères à Anderlecht. Y compris au sein du nouvel organigramme du club, qui comprend quatre départements supervisés par le manager opérationnel JoVanBiesbroeck. Si Weiler personnifie la renaissance sportive, Van Biesbroeck est son équivalent sur le plan administratif. Ce Louvaniste de 59 ans a redessiné le paysage directionnel d'Anderlecht de A à Z et a donné à Van Holsbeeck la possibilité de se concentrer sur sa fonction principale : la vente et l'achat de joueurs. Le reste, c'est le domaine de Van Biesbroeck, un ancien topmanager d'AB InBev et l'homme de confiance d'AlexandreVanDamme. Avec ce changement de cap révolutionnaire pour Anderlecht - chacun connaît exactement sa tâche - Van Biesbroeck a forcé le respect au sein du club. Même si, aux yeux de certains, il n'est pas le plus convivial. Il vient à peine de s'entretenir avec certains collaborateurs, alors qu'il est en poste depuis septembre de l'an passé. Depuis sa nomination, il a d'ailleurs transformé une salle de réunion en un bureau personnel, afin d'être proche de Van Holsbeeck. Il a aussi fait signer à chacun un contrat de trois ans. Avec le salaire assuré, une voiture, une carte d'essence et un gsm. Ces contrats prendront fin le 1er juillet 2019 et on s'attend alors à ce que les anciens - lisez : les employés de plus de 60 ans - devront laisser la place à des collaborateurs plus jeunes. Van Biesbroeck préfère s'entourer de jeunes loups ambitieux, assidus au travail. Ce n'est pas pour rien qu'il se présente comme un peopledeveloper. Cette révolution au sein de l'Institut débouchera-t-elle sur un happyend ? Il est encore trop tôt pour y répondre. Demain, après le match retour contre Rostov, la perception pourrait déjà être très différente si Anderlecht devait être éliminé prématurément aux portes de la Ligue des Champions. Ce match constitue déjà un moment-charnière dans la saison d'Anderlecht, qui vient à peine de commencer. PAR ALAIN ELIASY - PHOTOS BELGAIMAGESans un vestiaire uni, pas de résultat. C'est la leçon qu'Anderlecht a retenue de la saison passée.