C'était la même Coupe. C'était le même adversaire. Mais ce n'était pas la même année. Jacky Munaron en était, à l'époque. Et comme il était encore anderlechtois jusqu'au beau milieu de cette année, la tentation était évidemment grande de lui demander une étude contrastive entre le Sporting d'alors et celui d'aujourd'hui.
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C'était la même Coupe. C'était le même adversaire. Mais ce n'était pas la même année. Jacky Munaron en était, à l'époque. Et comme il était encore anderlechtois jusqu'au beau milieu de cette année, la tentation était évidemment grande de lui demander une étude contrastive entre le Sporting d'alors et celui d'aujourd'hui. Jacky Munaron : " La seule similitude entre cet Anderlecht-Tottenham et la finale de la Coupe de l'UEFA 1984 c'est le score : 1-1. A cette nuance près que c'étaient les Spurs qui avaient ouvert la marque avant que Morten Olsen n'égalise en toute fin de partie. Pour le reste, il est pour le moins malaisé de trouver des ressemblances. A l'époque, le Sporting et son adversaire étaient des grands. A présent, aussi bien l'un que l'autre, par la force des choses, ont dû décrocher : les Mauves en Europe et les Londoniens en Angleterre. Avec un même dénominateur commun : des budgets respectifs qui ne soutiennent plus du tout la comparaison avec ce qui se fait de mieux ailleurs. Le RSCA, cette saison, n'a pas tenu la distance face au Fenerbahçe, nanti de moyens quatre fois supérieurs aux siens et les gars de White Hart Lane n'ont pas la possibilité de lutter avec les cadors de la Premier League comme Arsenal, Manchester United, Chelsea ou Liverpool. J'étais au Parc Astrid à l'heure où on a défié ces deux derniers teams, en Ligue des Champions, et il va sans dire que la différence est grande entre les Blues et les Reds, qui ne nous avaient pas laissé la moindre chance, et cette phalange de Tottenham face à laquelle les gars d' Ariel Jacobs ont fait par moments plus que jeu égal, au point même de pouvoir éventuellement revendiquer la victoire. Il est dommage qu'ils n'aient pas su protéger leur avance. Un constat qui s'assimile d'ailleurs à une rengaine depuis pas mal d'années. Dans un passé somme toute récent, c'étaient les changements opérés par Frankie Vercauteren, qui étaient pointés du doigt pour expliquer cette situation. A présent, il n'y a pas eu de modification d'un but à l'autre et pourtant Bart Goor et les siens se sont fait rejoindre. Alors, où réside le mal ? L'entraîneur lui-même observe que la concentration ne peut être mise en cause et je suis disposé à le croire. Pour moi, la raison se situe ailleurs mais il est sans doute difficile au mentor en place d'en parler sans froisser certaines susceptibilités. J'estime qu'il manque tout bonnement un leader derrière. Autrement dit, un gars doté d'expérience et capable de s'ériger en véritable patron. Ce n'est probablement pas tout à fait un hasard si les dernières perfs du club, au plus haut niveau européen, remontent au moment où Hannu Tihinen régnait en maître au sein de l'arrière-garde. Le Finlandais avait cette faculté de faire des matches sans la moindre tache, tout en épaulant judicieusement ceux qui évoluaient à ses côtés. Quand j'étais encore gardien, je pouvais compter sur des garçons qui possédaient cette routine. Olsen avait 34 ans, Luka Peruzovic et Hugo Broos 32. Aujourd'hui, dans le centre de sa défense, le RSCA s'en remet à des gars qui n'excèdent pas les 24 ans, comme Nicolas Pareja, Jelle Van Damme ou Roland Juhasz. C'est sans doute un tantinet trop jeune pour jouer un rôle en vue à l'échelon européen. Tout n'est pas négatif pour autant dans ce compartiment. Marcin Wasilewski et Olivier Deschacht, par exemple, m'ont plu. Ils ont en tout cas tordu le cou à ceux qui prétendent qu'Anderlecht manque de percussion à partir de ses bases arrière. Cette fois, tous deux ont été les auteurs d'enchaînements, qui ont trouvé leur prolongement au milieu du jeu, où Bart Goor et Ahmed Hassan pouvaient être crédités d'une bonne prestation, et même devant car Mbo Mpenza et, par la suite, Cyril Théréau ont fait le match qu'on attendait d'eux. Pour la première fois depuis la reprise, j'ai vu des mouvements bien dessinés, en lieu et place de joueurs portant trop le ballon. La résultante, c'est sans nul doute la prestation la plus aboutie du Sporting sur l'ensemble des derniers mois. Et je pense qu'elle doit pouvoir s'inscrire dans la durée. Certains ont dit, pour expliquer le malaise du Sporting, qu'il s'agissait de la saison de trop pour Vercauteren. Je peux difficilement en parler, dans la mesure où je n'ai plus vécu la situation de l'intérieur, comme c'était encore le cas en 2006-07, mais je reste persuadé qu'il y aurait eu osmose plus tôt si tout le monde avait été à son meilleur niveau dès l'entame de la compétition. A cet égard, Frankie a joué de malchance avec une panoplie de blessés et des éléments porteurs qui ont malencontreusement connu une baisse de régime simultanément. Désormais, Hassan est revenu du diable-vauvert, Lucas Biglia marchera sur ces traces et d'autres suivront, j'en mets ma main à couper ". " C'est un secret de Polichinelle qu'avant cette performance convaincante contre Tottenham, le Sporting n'avait pas répondu à l'attente cette saison. Et ce, aussi bien sur le plan collectif qu'individuel. Hormis Deschacht, qui joue à un très haut niveau depuis pas mal de temps, tous les Sportingmen, sans exception, ont connu des moments de fléchissement. Celui qui m'interpelle le plus concerne évidemment Daniel Zitka. L'année passée, sous ma gouverne, il s'était érigé à plus d'une reprise comme réel match-winner. Cette saison, sans pour autant avoir coûté des points à son équipe, mon ancien poulain n'a pas toujours témoigné de la même souveraineté. J'ai encore perçu ce doute chez lui récemment, puisqu'à l'occasion de sa première convocation en sélection représentative de Tchéquie, on s'était échangé quelques sms. Sur le dernier, il avait écrit : - je vais bien en profiter car ce sera probablement la seule et unique fois que le coach fera appel à moi. Ce ne sont évidemment pas là les termes d'un keeper respirant la pleine confiance et je l'ai appelé sur-le-champ pour qu'il se ressaisisse et qu'il reparte du bon pied. Je suis heureux pour lui qu'il ait réussi à remettre les pendules à l'heure contre les Spurs. Sa prestation eût carrément été parfaite s'il était parvenu à annihiler le penalty de Dimitar Berbatov. Ce n'est pas que je veuille me jeter des fleurs, mais je pense que si j'étais toujours en place au stade Constant Vanden Stock pour le guider et le seconder, Dan aurait stoppé l'envoi de l'attaquant bulgare. Et ce, pour la bonne et simple raison qu'il tire toujours ses coups de réparation à la droite du gardien. J'ai ses stats sur papier : quatre envois cette saison, tous du même côté. Alors, pourquoi partir sur la gauche dans ces conditions ? Il faut croire que le Tchèque était mal informé ou pas informé du tout. Dommage car avec trois points au lieu d'un, Anderlecht était d'ores et déjà qualifié. Et Zitka aurait alors retrouvé sa plénitude. Enfin soit. Un autre gars qui a presque fait le match parfait, dans la défense, c'est Van Damme. Il a d'autant plus de mérite qu'il a déjà été trimballé à toutes les places : stoppeur, back, milieu gauche ou central, voire ailier. Je me demande dans quelle mesure une position dans l'axe de l'arrière-garde ne lui convient pas le mieux. Jelle est fort de la tête, il a un bon placement et est impavide dans les duels. Tout ce qui lui manque, en réalité, c'est un chevronné qui lui donne les injonctions nécessaires au moment opportun. Comme Olsen le faisait avec un Georges Grün ou un Walter De Greef, tous deux acteurs lors de la fameuse finale contre les Spurs en 1984. De même, ce qui manque dans l'entrejeu actuel, c'est quelqu'un qui connaît la musique en matière de récupération. Autrefois, le Sporting tablait sur deux artistes pour donner le ton : Enzo Scifo et Vercauteren . WimHofkens et René Vandereycken, eux, se devaient de casser le rythme et de déjouer les offensives adverses. Sous cet angle-là, le Sporting est démuni pour le moment. En tant qu'élément accrocheur seul Jan Polak soutient la comparaison. A ses côtés, pour bien faire, les Mauves devraient pouvoir compter sur un autre pare-chocs de valeur. Philippe Collin, dans vos colonnes, a parlé d'un salopard. Moi, j'évoquerais plutôt un roublard. Quelqu'un, par exemple, qui aurait commis la petite faute professionnelle sur la phase qui a permis à Tottenham de rétablir l'égalité à la marque. Car ce n'était bien sûr pas dans le rectangle qu'il fallait arrêter Berbatov mais plus tôt, au début de sa chevauchée. Ce n'est pas à un Biglia, bien trop clean, qu'il faut demander ce genre d'intervention, c'est l'évidence même. Sur ce point-là, la direction doit trouver la parade. Devant aussi, il convient de remédier aux carences. Nicolas Frutos est précieux, certes, mais il est aussi fragile que le cristal. Mbo Mpenza était manifestement à court de compétition et les autres aux abonnés absents, par suite de bobos divers. Le seul réel enseignement aura été la bonne rentrée au jeu de Cyril Théréau. Délivré de tous ses tourments physiques, le Français a donné sa carte de visite. A la place des responsables du club, je réfléchirais quand même sur la pertinence de rétrocéder le joueur au Steaua Bucarest, comme il en est question. En tant que clone de l'Argentin, l'ancien attaquant du Sporting Charleroi me paraît tout de même intéressant. Même si lui et les autres ne constituent pas Byzance par rapport à la division offensive que j'ai connue jadis : Erwin Vandenbergh, Alex Czerniatynski, Kenneth Brylle, Arnor Gudjohnsen ou Frank Arnesen, c'était quand même autre chose ". " Les deux années au cours desquelles nous avions disputé jadis la finale de la Coupe de l'UEFA, en 1983 et '84, étaient allées de pair avec de moindres performances sur la scène nationale, puisque le Standard et Beveren s'étaient alors imposés en championnat. Une implication européenne coûte toujours des points et le Sporting l'a d'ores et déjà vérifié cette saison en galvaudant des unités précieuses dans le contexte de ces joutes. Une victoire européenne, voire une finale, avaient évidemment de quoi atténuer les déceptions. Ce coup-ci, on est encore loin du compte car Anderlecht n'est toujours pas assuré de passer le tour. C'est quand même dur à avaler, en ce sens que l'Hapoel Tel-Aviv et Aalborg ne faisaient quand même pas figure, au départ, de foudres de guerre. Les Mauves doivent se mordre les doigts suite au partage qu'ils ont stupidement concédé au Danemark, en fin de partie, alors qu'ils avaient fait l'essentiel jusque-là. A présent, ils sont obligés de prendre un point à Getafe, ce qui ne sera pas une sinécure. L'Anderlecht de mon époque voyageait tout de même autrement mieux, puisque durant les deux campagnes précitées, nous nous étions imposés notamment à Valence et aux Bohemians Prague, tout en forgeant un nul décisif à Benfica, en apothéose de l'épreuve en 1983. Cette victoire est la dernière remportée par le RSCA au niveau européen et je n'ai pas l'impression que cet exploit sera réédité de sitôt. Quand je vois les équipes qui sont encore en lice dans cette compétition, sans compter les troisièmes des poules de la Ligue des Champions, je me dis que le coup n'est pas vraiment jouable. L'objectif d'Anderlecht, année après année, doit être d'essayer d'accrocher la phase des groupes en CE1 en tentant d'y réaliser l'une ou l'autre perf. Comme Rosenborg, pour ne citer que ce nom. Les Norvégiens n'ont pas les moyens de lutter avec les meilleurs à cet échelon mais leur participation à l'épreuve-reine du calendrier, ces dernières années, leur a au moins permis de prendre leurs distances avec la concurrence dans le championnat de leur pays. Logiquement, le Sporting aurait dû se situer au même stade, puisqu'il a quand même eu l'opportunité de participer à cinq phases finales sur six ces dernières années. Mais ses moyens restent malgré tout dérisoires par rapport aux autres en Europe, sans oublier que le Standard et Bruges restent aussi, chez nous, des clubs de tradition. Ce qui ne se vérifie pas, ou nettement moins, pour les adversaires de Rosenborg en Norvège. Chez nous, cette saison, Anderlecht aura fort à faire pour inverser la tendance. Mais l'écart qu'il accuse contre ses deux frères-ennemis traditionnels n'est pas insurmontable pour autant. Je suis sûr que la direction rectifiera le tir lors du mercato et que c'est un Sporting autrement plus saignant qui abordera le deuxième volet de la compétition. Ces deux dernières années, c'est lors des matches retour que l'équipe avait tiré la couverture à soi et il devrait en aller de même cette année encore. Les Rouches ont peut-être été impressionnants jusqu'ici mais vu la jeunesse de leur effectif, je me demande s'ils auront les reins solides pour tenir la distance. J'aimerais voir leur réaction après un tout premier revers, notamment. Pour ce qui est de Bruges, j'émets des réserves aussi. Une demi-douzaine de joueurs y sont en fin de contrat, et non des moindres comme Ivan Leko. Ses dirigeants n'ont pas l'air pressés de les convier à la table des négociations et tout cela joue, malgré tout, dans les esprits. Pour moi, il est quasi sûr que le Sporting reviendra, comme il revient d'ailleurs toujours. C'est inscrit dans ses gènes. Et il sera d'autant plus motivé que l'année 2008 n'est pas une année comme les autres, puisqu'elle sera marquée par les festivités de son centenaire. De là à ce que ses joueurs se subliment, il n'y a qu'un pas ".l par bruno govers