Il a déboulé en équipe première à la vitesse de la lumière et en vivant le big bang de sa carrière avec une joie évidente mais aussi tranquille, respectueuse des autres et du chemin qui reste à parcourir. En début de saison, Julien de Sart avait été réexpédié dans le noyau " Espoirs " : doutes et certitudes se bousculaient dans sa tête. Quelques mois plus tard, il a méritoirement acquis ses galons au sein de la " ligne Vainqueur ", le QG du Standard. " Le Standard n'est pas en tête par hasard : notre équipe est taillée pour le titre.... "
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Il a déboulé en équipe première à la vitesse de la lumière et en vivant le big bang de sa carrière avec une joie évidente mais aussi tranquille, respectueuse des autres et du chemin qui reste à parcourir. En début de saison, Julien de Sart avait été réexpédié dans le noyau " Espoirs " : doutes et certitudes se bousculaient dans sa tête. Quelques mois plus tard, il a méritoirement acquis ses galons au sein de la " ligne Vainqueur ", le QG du Standard. " Le Standard n'est pas en tête par hasard : notre équipe est taillée pour le titre.... " Julien de Sart : Je ne peux pas dire que je m'attendais à vivre tout cela, certainement pas en début de saison. Pour ma première campagne dans l'effectif professionnel, j'espérais m'y intégrer, trouver mes marques, être repris quelques fois dans les 18 en championnat, dépanner, me montrer de temps en temps en D1. Mais j'ai d'abord eu une mise en route compliquée. Après notre retour de stage aux Pays-Bas, j'ai été reversé vans le noyau des Espoirs. Le Standard venait de recruter quelques joueurs, dont Igor De Camargo et Tal Ben Haim. Il y avait trop de monde et j'ai dû quitter l'univers des pros. Honnêtement, ce fut un moment difficile à vivre car j'étais habité par la volonté de bosser et de progresser avec les professionnels. Ma déception était grande mais je n'ai rien dit et, de toute façon, je ne suis pas un grand bavard : ces émotions-là, je les garde pour moi. Il y a une chose que j'entendais démontrer... J'étais prêt pour entamer le travail avec la " première " : je connaissais les Espoirs avec qui je suis immédiatement parti en Allemagne. Ce fut, en quelque sorte, mon deuxième stage de préparation. Le coach des Espoirs, Patrick Van Kets, m'a soutenu et je me suis tout de suite remis au boulot. J'étais déterminé : pas question de laisser tomber les bras. Je connaissais et j'appréciais tout le monde chez les Espoirs mais il n'était pas question que ce retour s'éternise. Une location a été envisagée et j'ai eu des contacts. Tout à fait. Peu importe, c'est le passé mais j'avais des contacts avec des clubs belges et néerlandais. Moi, ce qui m'intéressait dans une location est simple à expliquer : avoir du temps de jeu pour prouver que j'avais le niveau de la D1. Même si cela aurait été douloureux, car le Standard représente tellement pour un Liégeois, je voulais partir. Le président s'y est opposé et tout a pris une autre dimension avant le match européen contre Minsk le jeudi 22 août. Le lundi, j'apprends que je dois m'entraîner avec la première. Et quand le coach distribue les chasubles pour un petit match, je comprends que je serai dans l'équipe trois jours plus tard en Biélorussie. Le premier étonné, c'était moi. J'ai eu la confirmation à Minsk, lors de l'entraînement au stade à la veille du match. Là, je me suis dit que je n'avais rien à perdre. Je devais miser sur ma façon habituelle de jouer et montrer qui j'étais. Les anciens comme Laurent Ciman, Igor De Camargo et Jelle Van Damme m'ont beaucoup parlé. Van Damme m'a comparé à Xabi Alonso dans la presse le jour du match. Cela m'a un peu poursuivi, on m'en parle encore. Non, cela ne me pèse pas du tout. Tout le monde a pris cela avec un grain de sel. C'était sympa de la part de Jelle. Et comment !.. Pour un jeune, il est même peut-être préférable de jouer son premier match à l'extérieur, le temps de trouver ses premiers points de repère dans l'équipe. Sclessin, cela représente tout pour les jeunes de l'Académie : le but à atteindre après des années de travail. C'est un poids émotionnel important. A Minsk, j'ai joué à ma place de prédilection, médian défensif et à côté de Cissé que connais depuis mes 12 ans. Nous avons joué ensemble durant toutes les classes d'âge. On a gagné 0-2 à Minsk : c'était le bonheur total, un truc tellement fort que je ne savais plus quoi faire... Fallait-il que je coupe les ponts avec les clubs qui s'intéressaient à moi ? Tout allait si vite. Sur la lancée de Minsk, j'ai été repris dans les " 18 " pour le match de championnat à Mons. Yoni Buyens s'est blessé et je l'ai remplacé en fin de première mi-temps. Mes débuts en D1 se sont terminés par une carte rouge (deux jaunes) : je m'en suis voulu énormément. Dans le vestiaire, je n'ai pas fêté la victoire car j'étais trop déçu. J'avais les larmes aux yeux. Je n'avais pas la tête à la joie mais Guy Luzon m'a réconforté avant qu'un de ses adjoints, David Martane, me dise : Ne t'en fais pas, Julien, tu joueras le match retour contre Minsk. En effet : j'en ai parlé avec mes parents et à mon frère, Alexis. Je venais de prendre part à trois matches d'affilée. Je n'avais plus qu'une chose en tête : réussir au Standard. Les offres des autres clubs ont alors été vite oubliées. Après, je n'ai plus joué pendant un petit bout de temps. J'étais logiquement le cinquième choix du coach, derrière Vainqueur, Buyens, Cissé et Alpaslan Oztürk. Cela ne me dérangeait pas. L'essentiel était de pouvoir m'entraîner avec les meilleurs joueurs de Belgique. William est imposant par sa classe, son style, sa grinta. Il est le boss de la ligne médiane. Et, à sa place, personne ne fait mieux que lui en Belgique. Tout comme Buyens, je suis généralement chargé de tourner autour de lui. Quand j'exerce un pressing sur le porteur du ballon, je sais que William est là pour réagir si l'adversaire échappe à mon marquage. Rien n'est statique. Avec le temps, nous avons tous varié notre jeu. Quand William met le nez à la fenêtre, les adversaires ont peur. On peut être un 6 et un " infiltreur ", un 8 qui balaye bien devant sa défense. Je me suis progressivement situé face à tout cela. Je bosse, je profite de la chance que j'ai... Oui, je suis un des bénéficiaires du turnover. Je dois énormément à Guy Luzon. Sans la confiance et le travail qu'il a investis en moi, je n'en serais pas là. Pour les jeunes, il est important d'avoir un coach comme Luzon, qui ose lancer des gars inexpérimentés. C'est un message important pour les jeunes de l'Académie où j'ai fait toutes mes classes. J'y ai débarqué de Waremme, à sept ans. Oui, c'est certain, même si la frappe à distance a toujours constitué un de mes atouts. Je suis monté pour la première fois au jeu à Sclessin contre Charleroi. J'ai été titulaire contre Beveren : jouer dans ce stade, c'est une fierté. J'en ai chaque fois la chair de poule. Les tifos sont incomparables, nous parlent, mais par la suite je vis le match dans ma bulle, concentré sur mon boulot. Je le suis tellement que les incroyables vibrations du stade passent au second plan. Je suis alors obnubilé par mon travail. Je comprends que cela ne doit pas être facile pour lui mais c'est une preuve de la largeur de notre effectif. Je connais Yoni, qui est du style à ne rien lâcher. Il peut rester quatre matches sur le banc mais se donnera à 100 % dès qu'on le relance dans la bagarre. Yoni est une machine qui tourne à fond de la première à la dernière minute de jeu. Cissé, lui, me sidère par sa force tranquille. J'essaye de rendre service par mon travail, mes ouvertures en profondeur... Je botte pas mal de corners et les coups francs dont la finalité est de miser sur le trafic aérien. On connaît l'importance de ce genre de phases de jeu. C'est une preuve de confiance à mon égard. Le Standard a évolué dans ses conceptions. Yoni, Ibrahima et moi, nous tournions autour de William ou d'Oztürk. Cela a un peu changé. Et cela a réussi au Standard qui a ainsi consolidé son bloc équipe. Oui, j'ai parfois eu l'impression que notre équipe était invincible en D1. J'ai même vu de la peur dans les yeux et le comportement de nos adversaires. Le bloc équipe était imperméable. Il n'y avait pas d'espaces entre nos lignes. Polo Mpoku, Mehdi Carcela, Geoffrey Mujangi Bia ou Cédric Bulot ont assumé un grand rôle dans ces réglages de notre jeu. Ils ont bien serré les mailles du tissu défensif. Et quand Polo rentre dans le jeu.... Je l'espère. Ils nous apportent une créativité, un grain de folie que les autres n'ont pas. Quand on a ces atouts sous la main, il ne faut pas en abuser mais les utiliser au bon moment. Polo est fantastique dans son rôle. Ultra-doué techniquement, il affole balle au pied. Mais Polo, c'est encore plus que cela avec ses centres, ses débordements, ses services, ses frappes, ses rentrées dans le jeu. Mpoku varie les coups à bon escient, c'est important. La patience est aussi une des forces de notre équipe. Moi, je ne pense pas que ce soit le cas. Ils ont massé du monde derrière et dans la ligne médiane. Leur but était de priver Imoh et Michy d'espace. Même si cela a fonctionné, il est trop simple d'en conclure que c'est la recette pour nous poser des problèmes. Ezekiel et Batshuayi adorent les espaces mais le jeu court, ils en raffolent aussi. C'est un duo que tout le monde envie au Standard. Je ne vois pas d'attaquants aussi complémentaires en D1. Michy décroche, construit, marque, s'amuse. Et, dans son genre, il est unique. Bruges et Anderlecht ont des pivots comme De Sutter et Mitrovic. Nous aussi avec De Camargo, plus expérimenté qu'eux. Mais ils n'ont pas d'Imoh, pas de Michy. Cette richesse nous sera utile... Un match me reste en travers de la gorge. Club Bruges-Standard. Avant ce déplacement, nous avons égaré trois points contre Gand (2-3) qui a exploité deux erreurs pour scorer. Cette défaite nous a marqués, c'est certain, et l'équipe n'était peut-être plus aussi compacte. Il y avait un peu plus d'espaces entre les lignes. Mais à Bruges, le match aurait basculé en notre faveur si le ballon de Buyens était entré dans la cage au lieu de percuter le montant. D'autres choses m'ont frappé... Je l'ai déjà dit : je vis les matches dans ma bulle. Mais j'ai deviné toute cette hostilité, cette électricité. Dès la première minute, les Brugeois ont mis la pression sur l'arbitre, ils ont contesté la moindre de ses décisions. J'ai été étonné et déçu en constatant qu'un joueur comme Timmy Simons était le premier à se ruer vers l'arbitre. Ils ont fêté ce succès. C'est bien : ils ont désormais l'impression que remonter le Standard sera une formalité. J'ai hâte de les retrouver pour mettre les choses au point. C' est l'univers de la D1, je suppose. Oui mais pas trop, je découvre moi-même. Je m'appelle Julien et être le fils de Jean-François de Sart, cela a un peu pesé. Il y a eu des critiques et des remarques mais c'est fini. Ces doutes m'ont motivé. J'étais certain que je pouvais apporter quelque chose. Je profite, j'engrange tous ces bonheurs avec la certitude que je dois beaucoup travailler. J'ai une bonne passe mais je dois l'améliorer, marquer, etc. J'ai évidemment besoin de matches pour progresser. Je l'ai constaté en variant mon jeu, à côté, devant ou derrière Vainqueur, Buyens ou Cissé.... J'ai toujours joué comme cela. Je suis passé de 67 à 73 kg depuis le début de la saison. J'ai pris six kilos de muscles, ce qui était nécessaire pour mon travail dans la ligne médiane. Quand je ne jouais pas, je commençais ma journée par des exercices à la salle de power training. Je le faisais cinq ou six fois par semaine. Maintenant, mon programme a changé : c'est de l'entretien. J'ai déjà vécu tellement de choses et de bonnes surprises cette saison. Alors, je ne le cache pas : je veux le titre. Ce ne sera pas facile mais le Standard a animé le championnat, dispose de l'effectif le plus complet. Anderlecht a des arguments mais me semble irrégulier. Anderlecht me fait moins peur que Bruges et sera fixé après ses deux premiers matches, chez nous et contre Bruges. Le Club a progressé mais je trouve que sa défense manque de planche dans le chef de Mechele et Engels. Arslanagic est jeune aussi mais il peut s'appuyer sur un Laurent Ciman exceptionnel. Laurent mérite largement d'aller au Brésil. Luzon aussi. Tout ce que nous vivons n'est pas le fruit du hasard. La communion entre Luzon et l'effectif est totale. Le coach est exceptionnel et son énergie passe dans le groupe. Je n'ai pas connu Mircea Rednic. Luzon a fait bien plus que gérer l'héritage, cela se voit sur le terrain. Il y a un gros travail derrière tout cela. On regarde tout et on s'inspire de trucs vus à l'étranger. Nous connaissons nos adversaires, que ce soit Bruges, Anderlecht, Lokeren, Zulte-Waregem ou Genk. Mais il y a une différence entre eux et nous. Ces équipes s'adaptent sans cesse à leurs adversaires, surtout quand c'est le Standard. Luzon, lui, il en parle brièvement mais ce qu'il désire, c'est différent : le Standard cherche toujours à imposer son jeu... ". PAR PIERRE BILIC-PHOTOS : BELGAIMAGE/ LAMBERT" Nos flèches apportent un grain de folie que les autres candidats au titre n'ont pas. " " Nos rivaux s'adaptent alors que le Standard cherche toujours à imposer son jeu. " " J'ai hâte de retrouver Bruges pour remettre les choses au point. "