"Je n'aurais jamais imaginé qu'un club payerait huit millions d'euros pour mes services. Quand Anderlecht a dépensé un million et demi pour moi, ma première réaction a été : waouh ! Et maintenant ceci... " Alors que le parquet de l'Elba Estepona Gran hotel est envahi par une horde de quinquagénaires et de sexagénaires, Sofiane Hanni n'est pas encore remis de son transfert au Spartak Moscou. Il n'est pas encore tout à fait habitué à son survêtement rouge, assorti de l'emblème du club, qui nous renvoie à l'époque soviétique.
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"Je n'aurais jamais imaginé qu'un club payerait huit millions d'euros pour mes services. Quand Anderlecht a dépensé un million et demi pour moi, ma première réaction a été : waouh ! Et maintenant ceci... " Alors que le parquet de l'Elba Estepona Gran hotel est envahi par une horde de quinquagénaires et de sexagénaires, Sofiane Hanni n'est pas encore remis de son transfert au Spartak Moscou. Il n'est pas encore tout à fait habitué à son survêtement rouge, assorti de l'emblème du club, qui nous renvoie à l'époque soviétique. Ça va vite changer, compte tenu de la lourdeur du programme. Jeudi, il y a le match-retour d'Europa League à Bilbao, où les Russes doivent refaire une défaite 1-3 concédée à Moscou. Six jours plus tard, ce sont les quarts de finale de la Coupe contre Samara et le 4 mars, le clash face au leader, le Lokomotiv Moscou. Hanni et Cie sont deuxièmes à huit unités. " Un gros match ", dit Hanni, qui est entré un quart d'heure contre Bilbao, dans son nouveau stade, l'Otkrytiye Arena. " Nous sommes obligés de battre le Lokomotiv pour conserver une chance pour le titre. En Russie, il n'y a pas de play-offs et les points ne sont pas non plus divisés par deux. En fait, notre saison se joue dans les deux semaines à venir. " Ton transfert au Spartak Moscou a surpris beaucoup de monde. Explique-nous pourquoi tu as choisi la Russie. SOFIANE HANNI : Je cherchais un équilibre entre un projet sportivement intéressant - lutter pour le titre et jouer l'Europe chaque saison - et un club qui m'offrait une amélioration financière. J'ai les deux au Spartak Moscou. A terme, je peux franchir un nouveau palier grâce à la Russie. Il y a quelques semaines, le Spartak a refusé une offre de trente millions d'euros de Southampton pour Quincy Promes, un des meilleurs joueurs de l'équipe. J'ai entendu dire qu'Everton était aussi intéressé. On n'a donc pas moins de visibilité en Russie qu'en Belgique. Quand as-tu tranché ? HANNI : Les premiers contacts datent de novembre. Le Spartak Moscou cherchait un numéro 10 et j'étais sur sa liste. Je n'ai plus rien entendu jusqu'en janvier puis, pendant le stage en Espagne, j'ai eu la confirmation que j'étais le premier choix du Spartak. Les Russes ont encore traîné parce qu'ils pensaient que je n'étais pas qualifié pour l'Europe. Tout s'est accéléré à la reprise de la compétition. J'ai marqué contre Genk et ils ont aussi compris que je pouvais jouer en Europa League. Toutes les parties ont trouvé un accord verbal avant le match contre le Standard. Burnley est-il arrivé trop tard ou n'avais-tu pas envie de jouer en Premier League ? HANNI : J'en ai parlé avec Steven Defour, qui m'a dit que Burnley voulait grimper au classement chaque saison. Il est septième mais la Premier League est tellement folle qu'il peut très bien lutter pour le maintien la saison prochaine et se retrouver en Championship dans deux ans. J'ai besoin de l'excitation du football européen, je veux sentir l'adrénaline qui gicle quand on lutte pour le titre chaque semaine. C'est pour ça que j'ai aussi refusé Swansea City. Deux jours avant le match contre le Standard, j'ai reçu un coup de fil : Swansea te veut. Le lendemain, un jet privé devait m'attendre et le club ne ferait pas de difficultés pour mon salaire. Mais je n'avais aucune garantie que Swansea soit encore en Premier League la saison prochaine. Ne trouves-tu pas bizarre qu'Anderlecht laisse partir son capitaine, le joueur le décisif, à un moment crucial de la saison ? HANNI : Vendre son capitaine en milieu de saison n'est pas logique. Mais tout le monde doit comprendre que ma situation était spéciale, à cause des problèmes avec les supporters. Ça ennuyait la direction aussi. Un jour, Roger Vanden Stock m'a demandé franchement si je voulais rester. J'ai répondu non. Le président comprenait ma situation : il m'a déjà enlacé dans le vestiaire, pour me consoler à l'issue d'un match où j'avais encore été sifflé. Il ne comprenait pas pourquoi les supporters passaient leur colère sur moi. - Je suis déçu de perdre un de nos meilleurs joueurs mais je ne peux pas te conserver contre ton gré, puisque tu n'es plus heureux ici. Marc Coucke voulait apparemment aussi que je reste, mais j'en avais fini avec Anderlecht et la Belgique. Je suis donc content que la direction ait montré son côté humain et n'ait pas tenté de me retenir. Elle n'a pas non plus marchandé. Allez, je ne l'ai pas ressenti comme ça. Roger et Herman ont insisté quelques fois : - Veux-tu vraiment partir ? Ils ont refusé des offres de cinq et six millions. S'ils n'avaient pensé qu'à l'argent, ils auraient pu monter les clubs les uns contre les autres pour augmenter mon prix artificiellement. As-tu craint que ton transfert ne se fasse pas ? Après ton triplé au Standard, le club aurait aussi bien pu t'obliger à honorer ton contrat. HANNI : Non, car toutes les parties avaient déjà un accord verbal et la direction avait toujours tenu parole jusque-là. Roger et Herman ne demandaient qu'une chose : que je me comporte en professionnel jusqu'au bout. Je ne devais donc pas jouer avec le frein à main contre le Standard. Mission accomplie, non ? (Rires)Hein Vanhaezebrouck s'est-il opposé d'une manière ou d'une autre à ton départ ? HANNI : On m'a dit qu'il voulait me garder mais pas au point de se battre pour moi. Après le Nouvel An, quand il a appris que les négociations étaient avancées, il a cherché à se rapprocher mais il n'a jamais dit que je devais rester. Vanhaezebroeck avait posé une condition à la direction : recevoir deux joueurs pour compenser mon départ. Au cas où ça n'irait pas avec le premier... Je pense qu'il avait compris que ma décision et celle du club étaient déjà prises, alors sa première préoccupation était de me trouver un remplaçant. Tu étais quand même son capitaine ? Cette personne ne doit-elle pas par définition avoir des rapports privilégiés avec l'entraîneur ? HANNI : Notre relation était professionnelle, avec beaucoup de respect l'un pour l'autre. Je pense qu'avec Vanhaezebrouck, nous n'avons pas eu assez de temps afin de créer une relation privilégiée. Par contre, parfois ça lui arrivait de convoquer quelques cadres pour discuter mais il ne fallait pas en attendre plus. Tes rapports étaient plus chaleureux avec Weiler. HANNI : (Il réfléchit) Sentimentalement, j'étais plus proche de Weiler que de Vanhaezebrouck. Weiler et moi sommes arrivés au même moment à Anderlecht et nous avons construit quelque chose ensemble. N'oublie pas que c'est lui qui m'a confié le brassard. J'étais vraiment son bras droit. Il me demandait conseil avant un match, il voulait mon avis sur certaines choses et il était curieux de connaître le vécu du groupe. Bref, il y avait beaucoup d'interaction. Il m'a même téléphoné à plusieurs reprises après les heures de travail. J'ai eu une relation d'amitié et de travail avec Weiler. Une collaboration de quinze mois, avec un titre, un beau parcours en Europa League. On ne balaie pas ça de la table d'un coup. Je n'ai connu Vanhaezebrouck que quatre mois. D'où la différence de feeling. On dit qu'Anderlecht a trop peu de leaders. Es-tu d'accord ? HANNI : (Il soupire) On ressort cet argument chaque fois que ça va mal. Les joueurs manquent de personnalité, il n'y a pas de leaders, il y a trop peu de ceci, de cela... Nous avons été champions la saison passée avec un vestiaire aussi calme que maintenant. Mais sur le terrain, Teo, Dendoncker, Tielemans, Kara étaient des leaders. Qui les joueurs écoutent-ils ? Celui qui a une grande gueule dans le vestiaire, ou un coéquipier qui montre le bon exemple sur le terrain ? Je préfère donc le terme guerrier à celui, vague, de leader. Ce n'est pas une invention de la presse. Vanhaezebrouck a lui-même constaté qu'il n'avait pas de patron. HANNI : En effet. Mais il sait aussi que le groupe n'accepte pas cette critique. Beaucoup de joueurs se taisent ou n'osent pas endosser ce rôle de leader parce qu'ils savent que certains de leurs coéquipiers ne supportent pas la critique. Ce n'est pas inhérent à Anderlecht, c'est un problème général en football. Selon moi, on accorde trop d'importance à ce débat. Le problème d'Anderlecht, c'est qu'il manque en ce moment de qualité dans le jeu. Pour le moment, des joueurs n'exploitent pas leurs possibilités au maximum et des garçons sont un rien trop courts pour Anderlecht. Or, les circonstances les obligent à beaucoup jouer. Je me souviens très bien de ce que Weiler m'avait dit la saison passée avant la trêve hivernale : - Nous n'avons que douze véritables titulaires. Le reste n'atteint pas le niveau. Il a réussi, après la trêve hivernale, à faire passer le groupe de titulaires potentiels à 16 ou 17. Il avait même deux équipes : une pour l'Europa League et une pour le championnat. Youri Tielemans est le seul à avoir quitté l'équipe championne. Il a été remplacé par Sven Kums. On a adjoint Matz Sels et Henri Onyekuru au noyau. On ne peut pas dire que l'équipe a été affaiblie ? HANNI : Nous n'avons pas perdu que Tielemans, mais aussi Bram Nuytinck et Frank Acheampong. Des hommes qui n'étaient pas titulaires à chaque match mais qui étaient très utiles, qui mettaient une bonne ambiance dans le groupe, des gars avec une mentalité irréprochable et qui pouvaient nous faire gagner cinq points sur une saison. Nous les avons remplacés qualitativement parlant mais nous avons quand même perdu leur personnalité, qui n'était pas la même chez les nouveaux joueurs. Il leur a fallu un moment pour se trouver. Es-tu surpris qu'Anderlecht se soit ainsi effondré depuis ton départ ? HANNI : Je suis triste. Mais ça couvait. Un moment donné, j'ai su que ce serait une saison de transition. En football, les signaux perçus sont au moins aussi importants que le résultat d'un match. Quelle est la mentalité ? Comment travaille-t-on à l'entraînement ? Comment les joueurs s'entendent-ils ? Les signaux n'étaient pas vraiment positifs. J'avais l'impression qu'il y avait moins de passion au sein de l'équipe. Cette saison, dès que nous étions menés, nous baissions la tête. L'année dernière, le joueur le plus proche du goal s'emparait du ballon et le replaçait le plus vite possible au milieu. Le club ne s'est-il pas enfoncé lui-même en se défaisant de joueurs offensifs comme Harbaoui, Stanciu, Beric et toi ? HANNI : Aucun des trois ne jouait. Je peux donc suivre la décision du club. Ce que je trouve bizarre, c'est qu'ils n'aient pas été remplacés. Avant le match contre le Standard, j'ai parlé des transferts possibles avec Vanhaezebrouck. Il attendait de trois à cinq renforts. Il n'a obtenu que Morioka et Markovic... As-tu sous-estimé le capitanat ? HANNI : Je ne l'ai ni sous-estimé ni surestimé. Le brassard n'a pas pesé sur mes prestations et il n'a pas changé ma vie non plus. Différents médias ont insinué que tu allais perdre le brassard. HANNI : La presse s'y intéressait plus que moi. Je sais à quoi pensent les journalistes quand ils demandent à un nouvel entraîneur qui il va désigner comme capitaine... Jamais je n'ai voulu céder mon brassard. Je ne fuis pas mes responsabilités. Quel message aurais-je transmis au groupe en renonçant à ma fonction ? Premièrement, les joueurs s'identifient à leur capitaine. Deuxièmement, personne n'avait envie d'être capitaine.