Ce soir, à Stockholm, malgré Marouane Fellaini et nos perfs en cette Europa League, Ajax-ManU nous vexera un peu, ... c'est un nouveau pied de nez de nos voisins bataves ! Eux qui nous dominent tant dans les palmarès, voilà qu'ils se ré-offrent une finale européenne au moment où nous les croyions redevenus seconds couteaux comme nous : car si notre dernière finale (perdue) date de l'Antwerp/C2 en 1993, leur dernière (gagnée) remontait quand même à 2002 via Feyenoord/C3. Et si nos meilleurs joueurs, davantage que les leurs, prestent ces temps-ci dans de grands clubs européens, ce sont quand même les Oranje qui ont atteint la finale du Mondial 2010, et une demi-finale au Mondial 2014...
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Ce soir, à Stockholm, malgré Marouane Fellaini et nos perfs en cette Europa League, Ajax-ManU nous vexera un peu, ... c'est un nouveau pied de nez de nos voisins bataves ! Eux qui nous dominent tant dans les palmarès, voilà qu'ils se ré-offrent une finale européenne au moment où nous les croyions redevenus seconds couteaux comme nous : car si notre dernière finale (perdue) date de l'Antwerp/C2 en 1993, leur dernière (gagnée) remontait quand même à 2002 via Feyenoord/C3. Et si nos meilleurs joueurs, davantage que les leurs, prestent ces temps-ci dans de grands clubs européens, ce sont quand même les Oranje qui ont atteint la finale du Mondial 2010, et une demi-finale au Mondial 2014... Sa victoire en Coupe de la League ne suffira pas, ManU doit gagner ce soir pour sauver sa saison. Car quoi qu'en dise José Mourinho, une 6è place en championnat à plus de 20 points du Chelsea d'Antonio Conte, ça la fout mal quand on s'est offert Zlatan Ibrahimovic, et surtout Paul Pogba pour pléthore de pognon. Je sais, j'ai déjà manifesté mon désamour pour le jeu de Pogba, mais j'en remets une couche malgré ceux qui se pâment ... tant mieux pour le foot et tant pis pour moi si Pogba est enfin roi ce soir ! En foot, okay pour la beauté si elle est un outil, mais elle est énervante si elle est fin en soi et elle l'est trop souvent pour Pogba : peu d'assists malgré une vista d'exception qui donne de jolies passes instantanées, peu de buts malgré un geste sophistiqué par match, qui fera ensuite le buzz sur l'internet de ses adulateurs. Mais le rapport efficacité/prix est désastreux au bout d'un an, quoi qu'en dise encore le Mou. André Maurois, écrivain désormais mort, a dit que le football était de l'intelligence en mouvement. Avec Pogba, y compris en perte de balle, ce sont plutôt des pulsions en mouvement et faudrait qu'elles soient régulièrement fortiches pour être plus-value dans un collectif... Les offensifs qui m'épatent à ManU, plus que Paupo, ce sont Marcus Rashford et Henrikh Mkhitaryan. Sans compter Zlatan qui, lui, a su faire tourner son compteur avant d'être blessé. Mais le Mancunien de l'année est un obscur, un sans-grade, un de ces gars qu'on nomme porteurs d'eau avec un dédain mal placé. C'est Ander Herrera, exacte antithèse de l'artiste pour lequel on va au football, selon ce que répètent ceux qui n'aiment QUE les gestes : à quoi l'on peut opposer que, si ce sont les offensifs qui font le spectacle, ce sont les défensifs qui gagnent les matches ! J'ai lu qu'en 1998, Aimé Jacquet, quand il suçait sa pointe bic devant la feuille blanche sur laquelle il allait devoir jeter sa compo d'équipe, commençait toujours par y griffonner le nom de Didier Deschamps. Comme ce dernier, Herrera est précisément une intelligence en mouvement davantage qu'un inventeur de gestes. Mais c'est aussi pour ces mecs-là, de Xabi Alonso à N'Golo Kanté en passant par Sergio Busquets et d'autres, que j'aime aller au foot : plaisir cérébral de regarder des gars ayant compris qu'au foot, le strass technique des uns n'est rien sans l'abnégation, le sens du collectif, la lucidité des autres... En Belgique, le coming-man du genre s'appelle Leander Dendoncker. Et j'en profite pour glisser qu'avec ses grandes lunettes, sa p'tite WAG est adorable ! Retour à Herrera pour une facette de sa polyvalence : lors du succès face à Chelsea, Mourinho l'a collé sur Eden Hazard. Or, depuis des lustres, le marquage individuel est méprisé, sous prétexte d'être aliénant pour le défenseur de n'utiliser que son physique, de négliger son encéphale et son apport dans la construction. Couillonnades ! D'abord, faut de la cervelle pour coller un caïd durant 90' sans se faire avoir, et c'est un honneur d'y parvenir. Ensuite, du point de vue du coach (donc ici Mourinho ! ), c'est une preuve d'humilité d'y recourir, c'est concéder l'immense talent individuel d'un opposant : car l'opposant déteste pareil traitement, bien davantage qu'un marquage de zone lui permettant de baguenauder dans les intervalles. Encore quelques musellements de ce genre, réussis sur des attaquants du top, et le marquage/culotte ressurgira dans le spectacle : de la même manière que, depuis la réussite d'Antonio Conte, la défense à trois ressurgit un peu partout, comme si elle redevenait gage prioritaire de réussite... ce qu'elle n'est pas plus qu'une autre ! Le foot est une histoire de mode, et la mode est un éternel recommencement. PAR BERNARD JEUNEJEAN