Le hasard aura bien distribué les cartes. Ce soir, le Paris Saint-Germain affronte Manchester City pour le plus équilibré des quarts de finale de la Ligue des champions. Rencontre en miroir de deux clubs réapparus sur la scène continentale à la faveur du rachat d'un fonds d'investissement du Moyen-Orient. L'un d'Abu Dhabi (City) à l'été 2008, l'autre de Doha (PSG) trois ans plus tard. Si les Citizens ont réussi à se faire une place au soleil dans l'univers ultra-concurrentiel du foot anglais (5 fois sur le podium de la Premier League depuis cinq saisons - 2 titres, 2 League Cup et 1 FA Cup), leur apprentissage européen a été un peu plus long. Eliminés deux fois en phase de poules de la C1, en 2011 et 2012, ils en sortent les deux fois suivantes (élimination par le Barça en 1/8e ces deux dernières saisons). A l'inverse, après une saison de rodage en 2011-12 (2e de Ligue 1, élimination rapide en Europa League), le projet de Qatar Sport Investment (QSI) avance, inexorable, vers le but souhaité : gagner la Champions, la reconnaissance de la marque et celle du Qatar. Mieux : pour son quatrième quart de finale de rang, le club francilien sera légèrement favori et tous ses supporters espèrent renouer avec le dernier carré vingt et un ans après une élimination contre le Milan AC. " Sur le plan domestique, on peut difficilement comparer les deux entités, soutient Youri Djorkaeff, ancien joueur du PSG et de l'Inter Milan, depuis New York. " City doit faire face à de grosses puissances économiques et sportives quand Paris a fait le vide autour de lui. D'un autre côté, la vision des dirigeants du PSG semble plus cohérente, articulée. Leonardo en a vite construit les bases les deux premières années et depuis, ils recrutent au plus juste, corrigent leurs erreurs, franchissent des caps. Leurs parcours en Europe et leur mainmise sur la Ligue 1 plaident pour eux. "
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Le hasard aura bien distribué les cartes. Ce soir, le Paris Saint-Germain affronte Manchester City pour le plus équilibré des quarts de finale de la Ligue des champions. Rencontre en miroir de deux clubs réapparus sur la scène continentale à la faveur du rachat d'un fonds d'investissement du Moyen-Orient. L'un d'Abu Dhabi (City) à l'été 2008, l'autre de Doha (PSG) trois ans plus tard. Si les Citizens ont réussi à se faire une place au soleil dans l'univers ultra-concurrentiel du foot anglais (5 fois sur le podium de la Premier League depuis cinq saisons - 2 titres, 2 League Cup et 1 FA Cup), leur apprentissage européen a été un peu plus long. Eliminés deux fois en phase de poules de la C1, en 2011 et 2012, ils en sortent les deux fois suivantes (élimination par le Barça en 1/8e ces deux dernières saisons). A l'inverse, après une saison de rodage en 2011-12 (2e de Ligue 1, élimination rapide en Europa League), le projet de Qatar Sport Investment (QSI) avance, inexorable, vers le but souhaité : gagner la Champions, la reconnaissance de la marque et celle du Qatar. Mieux : pour son quatrième quart de finale de rang, le club francilien sera légèrement favori et tous ses supporters espèrent renouer avec le dernier carré vingt et un ans après une élimination contre le Milan AC. " Sur le plan domestique, on peut difficilement comparer les deux entités, soutient Youri Djorkaeff, ancien joueur du PSG et de l'Inter Milan, depuis New York. " City doit faire face à de grosses puissances économiques et sportives quand Paris a fait le vide autour de lui. D'un autre côté, la vision des dirigeants du PSG semble plus cohérente, articulée. Leonardo en a vite construit les bases les deux premières années et depuis, ils recrutent au plus juste, corrigent leurs erreurs, franchissent des caps. Leurs parcours en Europe et leur mainmise sur la Ligue 1 plaident pour eux. "Dimanche 13 mars 2016. Quatre jours après une qualification à Stamford Bridge contre Chelsea (2-1 ; 2-1), le Paris Saint-Germain se déplace à Troyes, la lanterne rouge de la L1, pour devenir le champion le plus précoce de l'histoire (30e journée). Beaucoup se demandent si les triples tenants du titre ne vont pas se contenter d'un nul afin de célébrer leur nouveau sacre la semaine suivante au Parc des princes contre Monaco, leur dauphin. Préférer le marketing au sportif ? " Ces gars-là sont des compétiteurs de haut niveau. Ils prennent tout ce qu'il y a à prendre. L'an passé, ils ont raflé les quatre titres dans l'Hexagone(Coupe-championnat, Coupe de la Ligue, Trophée des champions) et seul un grand Barça les a sortis de la C1. Ils ne raisonnent pas comme ça et leurs dirigeants sont trop intelligents pour leur demander de lever le pied ", évacue Alain Roche, ex-joueur du PSG des 90's et membre de la cellule de recrutement du club à l'arrivée des Qataris. Vainqueur (9-0), le PSG laisse Monaco à 25 points à huit journées de la fin. La question pouvait se poser tant la stratégie de QSI repose pour l'essentiel sur l'image du club, le développement effréné de la " marque " et un business-plan aussi redoutable qu'efficace (voir cadre). Pour mieux vendre le club, l'ancien propriétaire, Colony Capital, un fonds de pension américain, avait demandé à son président-délégué Robin Leproux d' " assainir " les tribunes. Fort du soutien des pouvoirs publics, suite à la mort de deux supporters en 2006 et 2010 et à de nombreux affrontements entre factions rivales, le dirigeant francilien réorganise les tribunes du Parc avec, entre autres, la suppression des abonnements aux supporters des tribunes Auteuil et Boulogne, les deux kops de l'enceinte parisienne, ainsi qu'un placement aléatoire et l'interdiction de se regrouper comme association. La saison suivante QSI rachète le PSG dans sa nouvelle configuration. En moins d'un an, l'arène de la capitale est devenue une salle de spectacle. Un endroit où " il faut être vu " où le nouveau public, plus familial, plus aisé, plus spectateur manifeste son mécontentement quand les choses ne tournent pas en faveur de leurs favoris ou boudent les affiches les moins prestigieuses. En décembre dernier, Nasser al-Khelaïfi s'était plaint du manque de soutien des supporters dans les colonnes du Figaro : " Je n'accepterai jamais que notre public se montre hostile contre nos joueurs. Nous donnons notre temps, notre coeur, notre passion pour le public. Nous avons besoin de nos supporters. J'aimerais qu'ils soient derrière nous, de la première à la dernière minute. "Comme tous les dirigeants du foot français, al-Khelaïfi rêve de résoudre la quadrature du cercle : des fans-clients qui paient très cher pour des matchs souvent indigents tout en hurlant leur flamme, sans état d'âme. La veille du match retour contre Chelsea, Zlatan Ibrahimovic, l'emblème du projet qatari dans la capitale française, s'était pointé en conférence de presse pour affirmer : " Avec tout le respect que j'ai pour son passé, le club est né le jour où les Qataris sont arrivés. " Une provoc de plus ? Une sorte de gage aux dirigeants avant de prolonger ? Un mois après l'affaire Serge Aurier, la sortie du Suédois n'a guère déclenché de vagues, emportée par la qualification à Londres. Dans tous les grands pays de football, voir à Marseille ou Saint-Etienne, cette déclaration aurait fait grand bruit. Pas au PSG 2.0. Cette insulte à l'histoire d'un club qui a joué cinq demi-finales de Coupes d'Europe de rang (et deux finales) et compté des joueurs comme Dahleb, Bianchi, Susic, Fernandez, Weah, Ginola, Rai, Ronaldinho, ou... Leonardo, l'homme qui a fait venir Zlatan. " Il ne faut pas y attacher trop d'importance, nuance Djorkaeff. Les joueurs d'aujourd'hui n'ont pas la culture de l'histoire du jeu. C'est ainsi. Dans une interview, Thiago Motta avait dit ignorer qu'on avait gagné la Coupe des Coupes. " Les dirigeants parisiens, qui ne font jamais deux fois les mêmes erreurs, ont retenu la leçon. A l'heure du nouveau sacre à Troyes, les joueurs, probablement briefés, indiquent " six " avec leurs doigts pour comptabiliser le nombre de titres du club francilien. Manière subliminale de signifier qu'il y a eu une vie avant les Qataris. Si le PSG a déjà aligné dix trophées (4 titres de champion, 3 Trophée des champions, 2 Coupes de la Ligue, 1 Coupe de France) sous le magistère de QSI, il le doit en partie à Leonardo, l'architecte du projet initial. Son entregent, ses réseaux, sa puissance intellectuelle (et la Private World Elite MasterCard du club) ont permis l'arrivée aux clubs de joueurs jusque-là hors d'atteinte (Ibra, Thiago Silva, Cavani, Lavezzi, Motta, Beckham, Verratti...) Si le joueur (96-97) avait laissé un souvenir indélébile, le passage du dirigeant a laissé un souvenir plus mitigé. " Leo était un joueur délicieux, polyglotte, plein de bonnes manières. Après son passage à Milan(comme joueur de 1997 à 2003 puis comme dirigeant et enfin entraîneur jusqu'en 2010), il est devenu plus florentin, manipulateur. D'une certaine manière, il était écrit qu'il ne devait pas rester longtemps à Paris, c'est un homme de coups ", soutient un ancien de ses proches. Si le PSG avait dû payer le prix fort pour s'installer à la table des puissants - Pastore (42M€), Marquinhos (32), Lavezzi (31) ou Cavani (64), son recrutement s'effectue désormais par petites touches (David Luiz en 2014, Di Maria l'an dernier comme " grosse " arrivée). QSI se préoccupe de bâtir sur le long terme, de mettre de l'argent dans les structures. Le club a trouvé un accord avec la mairie de Paris pour rénover le Parc des Princes en vue de l'EURO, même si " la capacité limitée du stade (45 500 places) limite les ressources du club qui rêve d'une capacité de 60 000 ", assure Vincent Guérin, un ex-joueur du PSG des années 90. " Les Qataris ont aussi restructuré le club de fond en comble ", poursuit Guérin. " Il est aujourd'hui proche des standards des plus grandes institutions européennes. " Il le sera assurément lorsque le club aura déménagé dans son nouveau centre d'entraînement d'ici un an, deux maximum. Le PSG pioche ses modèles du côté d'Arsenal et du Real Madrid et le budget pour ce centre ultra-moderne avoisinera les 300M€. " On n'investit pas une somme pareille pour s'en aller deux ans plus tard ", explique Jérôme Rothen, un autre ex-joueur de l'entité francilienne. " Depuis leur arrivée, les nouveaux dirigeants ont pas mal investi sur l'équipe féminine (finaliste l'an passé en C1), ils financent une équipe de handball (1/4 de finaliste de la Ligue des champions) et ce n'est pas fini. Dans le centre d'entraînement, il y aura aussi une académie haut de gamme pour former de jeunes joueurs. L'Ile-de-France est un des deux ou trois endroits les plus prolifiques au monde en matière de jeunes pépites et l'équipe fanion manque de joueurs français. Pour l'image et pour l'identification des fans, ce serait mieux qu'il y en ait un peu plus. " Depuis le départ de Leonardo, le management du PSG a quelque peu changé. Jean-Claude Blanc, l'ancien administrateur de la Juve, pilote les dossiers stratégiques. Le champion du monde 1994 n'a pas été remplacé. Olivier Letang, son ancien adjoint, s'occupe des transferts en concertation étroite avec al-Khelaïfi et Laurent Blanc.. " Nasser est devenu un personnage majeur du paysage européen. Le fait qu'il dirige beIn Sports lui permet de rencontrer tous les acteurs qui comptent. Sans parler du projet du PSG qui est lisible pour tout le monde ", s'emballe Djorkaeff. " Leonardo a constitué le premier étage de la fusée. D'une certaine façon, on est aujourd'hui dans la deuxième phase. Nasser a beaucoup et vite appris des deux premières années avec 'Leo'. Il est discret, plein de tact, intelligent. Il sait être ferme tout en cherchant le consensus ", théorise Roche. " Pas sûr qu'aujourd'hui, il achèterait Beckham ", poursuit une source proche du club. " Même chose avec la gestion du cas Ancelotti (il a cherché à débaucher Wenger et Mourinho pendant la mandature de l'Italien, avant de le mettre plusieurs fois en garde suite à des résultats jugés insuffisants ; en guise de quoi, le futur coach du Bayern est parti quelques mois plus tard au Real gagner la Decima, ndlr). Depuis, il a parfaitement géré les velléités de départ de Motta, Cavani ou Marquinhos. Il a récupéré Di Maria, négocié à merveille les prolongations de Verratti ou Blanc, juste avant Chelsea. Un bel ouvrage... " Par-delà une éventuelle qualification pour les demi-finales contre Manchester City, l'avenir du PSG se dessinera après l'été autour du cas épineux d'Ibrahimovic. L'ancien Nasser l'aurait déjà prolongé, le nouveau préfère attendre. Le départ du mâle alpha du club francilien (ainsi que ceux, actés, de Cavani, Sirigu et Maxwell après celui de Lavezzi en Chine il y a peu) ouvrirait une nouvelle ère du club phare du championnat de France. En attendant, en cas de victoire contre les Citizens, Paris retrouverait a priori un cador de l'élite continentale (Barça, Real ou Bayern ?) dans le dernier carré. Une façon de situer sa vraie place en Europe, loin d'une Ligue 1 qu'il écrase, à une altitude où l'oxygène se fait rare et où Zlatan, son meilleur joueur supposé, ne brille jamais. PAR RICO RIZZITELLI - PHOTO REUTERS" Leonardo a constitué le premier étage de la fusée. D'une certaine façon, on est aujourd'hui dans la deuxième phase. " YOURI DJORKAEFF