C'est l'histoire d'un club qui avait fini par se prendre au jeu. Le faste de la Coupe de Belgique, la gloriole d'un parcours de prestige, l'éclat d'un boum médiatique, ça vous donne des idées. Et vous ferait presque oublier votre morne quotidien. Loin de la perspective peu réjouissante, mais déjà évoquée à demi-mot, d'une fusion avec le voisin Tubizien, à Rebecq on avait pris depuis le 24 septembre et l'improbable qualification pour les huitièmes de finale de la Coupe de Belgique aux dépens du Cercle Bruges l'habitude de se laisser gentiment pousser du col.
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C'est l'histoire d'un club qui avait fini par se prendre au jeu. Le faste de la Coupe de Belgique, la gloriole d'un parcours de prestige, l'éclat d'un boum médiatique, ça vous donne des idées. Et vous ferait presque oublier votre morne quotidien. Loin de la perspective peu réjouissante, mais déjà évoquée à demi-mot, d'une fusion avec le voisin Tubizien, à Rebecq on avait pris depuis le 24 septembre et l'improbable qualification pour les huitièmes de finale de la Coupe de Belgique aux dépens du Cercle Bruges l'habitude de se laisser gentiment pousser du col. Une gentille marotte dans le Brabant Wallon, mais un comble pour un club passé tout près de la faillite en 2008, mais qui, onze ans après sa presque mort, a réappris à marcher droit, passant dans le même laps de temps de la P3 provinciale au 4e échelon national (D2 amateur). Ne manquait plus qu'un événement majeur capable de fédérer. Une aventure hors norme qui vous fidélise un groupe en même temps qu'elle crée un univers. Et vous construit une jolie réputation. Il suffit de s'en référer au passé. En Coupe de France, les exploits répétés de Calais (2000), Carquefou (2008), Quevilly (2012) ou des Herbiers (2018) sont restés dans l'inconscient collectif comme des épopées plus humaines que sportives. Et des symboles de la bonne santé du football d'en bas. Des cas isolés puisque jamais imités chez nous. Reste ce rappel imposé à l'histoire. Le petit David, le grand Goliath et toujours cette envie d'y croire. Le monde du foot raffole de ces histoires-là. Quand l'improbable tutoie le réel. Il fallait donc en faire un film. L'entraîneur brabançon Dimitri Leurquin rêvait de ses Yeux dans les Bleus à lui, à la sauce BW. Avec des pâtes au poulet en entrée, des mazouts en plat de résistance et un brin de vexation pour se finir en fin de soirée. Récit d'une journée pas comme les autres, mais à l'issue finalement si prévisible. Arrivée dans la buvette du complexe de la ruelle du Gobard à Rebecq. Sans surprise, nous ne sommes pas seuls. La veille au soir, Matthew Verhaeren, banquier le jour, mais directeur sportif de fortune sur ses temps libres nous a prévenus que le club avait finalement décidé d'accepter toutes les demandes médiatiques " pour faire de cette journée une fête ". TV Com, RTL-TVI, LN24, Vers l'Avenir, Le Soir, Sudpresse, il y en a pour tous les goûts, toutes les obédiences. En quelques minutes, la buvette locale se transforme en salle de shooting. Et les gladiateurs d'un soir en starlette médiatique. Drôle d'immersion. On rigole, on rigole, mais dans 5h13, il y a match. Entraîneur au maigre passé en D1, Dimitri Leurquin nous place gentiment le cadre. " Il ne faut pas que le vestiaire se transforme en salle de presse, mais je voulais qu'il y ait un souvenir. Les Yeux dans les Bleus, c'est toute ma jeunesse. Et pour eux, aujourd'hui, c'est le match de leur vie, leur Coupe du Monde. Il ne faut pas tricher avec ça. Je vais essayer de toucher l'aspect mental des gars avec ma causerie. Leur dire que le Cercle, c'était bien, mais que c'est cacahuète par rapport au match de ce soir. Mais d'abord, on leur a réservé une petite surprise. " Par surprise, entendez guets-apens. Une théorie interminable à coup de capture d'écran un peu floue et de PowerPoint à l'ancienne. Tout un programme. La vraie surprise fait suite aux pâtes au poulet de la superstition, déjà avalées avant d'aller engloutir le Cercle au tour précédent. Au programme, un montage vidéo avec des messages d'encouragement des proches et un featuring de l'ancien Diable Luis Oliveira, le père de Mickaël, élément clé du noyau. Encombrant, mais touchant. La détresse en moins, on se croirait presque dans Koh Lanta. Punchline comprise. Une maman qui cite le réalisateur canadien Xavier Dolan - " Tout est possible à qui rêve, ose, travaille et n'abandonne jamais " - une autre qui dévoile le surnom gênant de son fiston - Sisi pour Cyril Rosy - et des potes un brin castards qui arrosent le tout en beauté : " On est Rebecq ou on n'est pas Rebecq ? Boire des Carlsberg, c'est bien. Casser la jambe de Mpoku, c'est mieux ! Allez Rebecq, ce soir, c'est votre soir ! ! ". Adieu BW, bonjour Principauté. Comme les 22 autres cars affrétés pour l'événement, celui de la RUS Rebecquoise se met en branle. L'occasion de tailler un brin de bavette avec Lou Wallaert, employé chez B-Post qui a terminé sa tournée quatre heures plus tôt. " Le réveil a sonné comme tous les jours à 4h30 du mat' ", raconte cet ancien joueur de Tubize et de l'Union Saint-Gilloise, " trop fainéant pour faire carrière chez les pros " mais assez dur au mal pour enchaîner sa tournée matinale avec une virée chez l'ennemi rouche. " Je suis un Mauve moi, donc aujourd'hui, c'est particulier. Mais je suis surtout cool et détendu. Ce n'est pas le genre de la maison d'être stressé. Je suis trop nonchalant pour ça. Et puis, je suis surtout content d'être en congé demain et de pouvoir faire la fête ce soir. J'ai toujours bien aimé boire un verre, et ça, ça ne passe pas chez les pros. Mais je ne me plaint pas, je gagne mieux va vie en combinant Bpost et le foot que quand j'étais pro en D2. " La bonne affaire. Encore un Mauve. Régis Demolie, en dernière année d'étude comme ingénieur de gestion est aussi le fils du président. Ça ne fait pas de lui un titulaire en puissance, il sera sur le banc ce soir, mais ça offre certains passe-droits. L'homme ouvre son paquet surprise : une paire de chaussures offerte par Guillaume Gillet ! Rien que ça ! Avec quoi comme dédicace sur le carton Régis ? " Vas-y ket, nique-les ! Mais ça n'a rien à voir avec mon père, Guillaume est un ami. Je l'ai rencontré à la Côte d'Azur cet été avec Nicolas Frutos et on a passé la semaine ensemble. Deux super gars, surtout Guillaume. Malheureusement, madame lui a conseillé de ne pas venir ce soir pour éviter les problèmes. " Jamais facile le Standard pour les Mauves, hein ket ? " On est coté à 29 ou 33 en fonction des sites, il y a un beau coup à jouer ! " Un photographe qui traîne par là : " Moi, j'avais mis 100 balles sur vous au Cercle, j'ai pris 1.300 euros, mais aujourd'hui, je vais garder mes sous ( éclat de rire) ". Soudain plus sérieux, Désiré Ngiamba, bob Fila sur la tête, sort du bus : " Allons faire notre métier messieurs ! " Impossible de faire le nôtre. Rebecq s'est vu trop beau, le Standard trop sérieux. La cohorte journalistique ne passera jamais l'écueil sécuritaire. Pour les Yeux dans le BW, on repassera. Les images de vestiaires, c'est niet pour le Standard. Deux mondes s'entrechoquent. Rebecq s'étonne de ne pas pouvoir faire ce qui lui plaît dans son vestiaire, le Standard rappelle les impératifs de sécurité. Ou quand l'amateurisme touche ses limites. Se joindre aux quelques 2000 supporters de Rebecq présents coté Meuse dans le parcage visiteur ressemble dès lors à une excellente alternative. Supporter de Rebecq vraiment ? En vérité, il y a de tout. Du Mauve, du Zèbre et même du Rouche bien caché, mais très peu d'authentique Rebecquois. Et pour cause, ils ne sont en général que 50 le dimanche à 15 h, ruelle du Gobard, pour assister aux matchs de leurs favoris. Et près de 40 fois plus ce mercredi soir à se tenir chaud à la verticale dans les tribunes à angle droit de Sclessin. Dans le tas, quelques épicuriens. Beaucoup d'épicuriens même. Amateur de mazout principalement. Ce fluide mélangeant bière et coca ,visiblement toujours très tendance dans le BW. Aleksandar Boljevic bouscule la dégustation et remet la tête à l'endroit de Liégeois durablement bousculés jusque-là par de vaillants Brabançons. La fin du rêve déjà. Quatre minutes plus tard, Duje Cop fait pourtant mine de maintenir le suspense en manquant son penalty. Et relance les chants, souvent les mêmes, parfois empruntés pour une soirée aux amis carolo ou anderlechtois : " Standard de m...e ". Pour l'originalité, on repassera, mais le ton a le mérite d'être sincère. Surtout chez Jocelyn qui ne s'encombre pas de sa progéniture pour vociférer sa façon de penser avant de confesser : " Le pire, c'est que je ne connais aucun joueur de Rebecq, je suis un fidèle de Charleroi, moi ( rires). Mais je n'étais jamais venu à Sclessin avec Charleroi, c'est trop tendu. Ici, ça a le mérite d'être à la cool. Mais bon, du coup, je me rattrape. " Duje Cop aussi. À la 59e, au moment d'ajuster Damien Lahaye pour faire 2-0, avant que Collins Fai ne fixe le marquoir pour de bon. " On ne pouvait pas mieux, il y avait une Fai dans la défense ce soir. " Applause. Depuis le temps qu'ils en parlait, il fallait bien ça finisse par arriver. La défaite digérée, direction la tribune 2, côté terril, pour un débrief enivrant de la soirée au club 1898. Les plus nocturnes ont prévu le coup et pris un hôtel sur Liège. Ceux-là verront le soleil se lever et atteindront leur objectif : réaliser le tour complet de l'horloge après avoir pointé tôt le matin. Pour tous, laver le linge sale en famille est un passage obligé. Morceaux choisis avec Lou Wallaert : " Ils sont quand même bien tous arrogants ces professionnels. Mpoku, par exemple, sur le 2-0, il se précipite pour prendre le ballon pour jouer vite. Je lui demande pourquoi il s'excite. Il me répond : J'ai envie de m'amuser, de marquer des goals. J'étais scotché. Vanheusden aussi, énorme melon. Mais bon, c'est ceux-là qui réussissent, paraît-il... " Parole d'amateur !