Saturday Night Fever au domaine De Schorre à Boom : Belgium 2 - Germany 1. Les cardiaques surveillent leur pouls ; les joueurs de la " Mannschaft ", groggys, se tiennent la tête. Pendant que la sono crache ses décibels de plus belle, dialogue entre Néerlandais dans une salle de presse dignement peuplée, pour la première fois de l'EuroHockey 2013. Le journaliste d'un canard régional batave : " Marc, cela n'arrête plus sur Twitter au pays : les gens n'ont jamais vu une pareille ambiance pour un match de hockey ! "
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Saturday Night Fever au domaine De Schorre à Boom : Belgium 2 - Germany 1. Les cardiaques surveillent leur pouls ; les joueurs de la " Mannschaft ", groggys, se tiennent la tête. Pendant que la sono crache ses décibels de plus belle, dialogue entre Néerlandais dans une salle de presse dignement peuplée, pour la première fois de l'EuroHockey 2013. Le journaliste d'un canard régional batave : " Marc, cela n'arrête plus sur Twitter au pays : les gens n'ont jamais vu une pareille ambiance pour un match de hockey ! " Le nom de famille de ce Marc en question est Lammers. Il est le coach des Red Lions. Et son CV renseigne un titre de champion olympique en 2008 avec les " Oranje " Girls. Et cet as de la communication tente d'adopter le célèbre " low profile " cher aux Belges, mais il surfe toujours sur l'émotion. " Te gek ! Que dire ? Ce public belge a tout simplement été formidable et, c'est vrai, un peu incroyable. Le hockey m'a donné tant de joie et j'en ai connu bien des frissons dans des stades durant ma carrière de joueur ou de coach mais, franchement, durant les 3 dernières minutes de ce duel contre l'Allemagne, j'avais littéralement la chair de poule. Comment encore jouer, dans ces conditions, son rôle de mentor, garder la tête froide, rester lucide ? Je suis si fier de pouvoir vivre pareil moment de communion avec les fans. " Le double coup sportif - car les Red Panthers avaient balayé plus tôt dans la journée la Biélorussie 5-1 - réussi en ce samedi 17 août 2013 béni restera à coup sûr longtemps gravé dans le chapitre 1 du Grand Livre du hockey belge. Ce sport vole de succès en succès internationaux depuis une petite décennie désormais. Progression programmée. Structurée. Objectifs précis fixés. Pour leur entrée en matière dans " leur " Euro, les Red Lions n'ont pas été paralysés. Que du contraire, pourtant menés au score, ils ont non seulement donné une leçon de hockey offensif, physique et tactique à l'Allemagne, nation numéro 1 au ranking mondial et médaille d'or aux Jeux de Londres , mais se sont également fait bien voir d'un " grand public ", de moins en moins sceptique face à ce sport " amateur " longtemps snobé par les " mass média " belges. Sporza et la RTBF ont relayé le coup réussi face à la " Mannschaft " et les scènes de liesse populaire qui ont accompagné de leurs caméras les 2 scuds sur PC de Tom Boon et le haletant sprint final... Drapeaux noirs-jaunes-rouges, trompettes, olas, polonaise et farandoles plus ou moins improvisées ont aussi crevé l'écran. Et rappelé les mêmes scènes de folklore " breughelien " difficilement compréhensible vu de France ou d'ailleurs qui accompagnent désormais toutes les sorties de Diables rouges au football. On vient faire la fête entre potes et si le succès est en plus au rendez-vous, c'est la garantie de quelques tournées supplémentaires. Les hommes savent pourquoi ? Les femmes aussi ! A Boom, ce sont des familles entières qui ont répondu à l'appel des organisateurs (Braxgata, Fédérations belges et européennes de hockey), qui ont mis le paquet pour faire vivre une " expérience hockey totale ". Cela fait des années que les Belges scrutent ce qui se fait de mieux en matière d'organisations de tournoi et ils ont tout mélangé pour créer le superbe " event " du Schorre à Boom. Le village a surpris bon nombre de visiteurs par sa qualité (accueil par hôtes et hôtesses souriants, nombreux et disponibles, mobilier et tentes very smart), sa diversité (séance de dédicaces, initiations, Kid's Corner) et son côté convivial (buffets et " shops " de partenaires tous ouverts sur une immense terrasse centrale). Ici, point de traditionnel hamburger ketchup ou frites tièdes si prisés dans le milieu du football mais des salades équilibrées, pâtes, pancakes, smoothies multivitaminés. Cher ? Pas donné. C'est vrai. Pas excessif. Certains se sont plaint de devoir payer 20 EUR par journée de compétition - en Division d'Honneur belge, aucun club ne fait payer un droit d'entrée aux spectateurs... - mais le hockey, chez nous, que cela soit à Boom (Braxgata), à Brasschaat (Dragons) ou à Waterloo (Watducks) aime effectivement cultiver une certaine tradition. De savoir-vivre. Une culture profondément ancrée faite de respect de bien des codes, à commencer par celui du fair-play. Il ne viendrait jamais à l'esprit de ce public de siffler un hymne national. A ce sujet, les Red Panthers et les Red Lions ont surpris jusqu'au président de l'ARBH Marc Coudron en entonnant une émouvante Brabançonne d'avant-match a capella à l'occasion de Belgique - Biélorussie puis Belgique - Allemagne... " Je n'étais pas au courant de cette initiative ", confie Marc Coudron (3e mandat de 4 ans à la Fédération de hockey belge). " C'est une initiative spontanée des joueuses et joueurs. Ce fut en tout cas un grand moment d'émotion depuis la tribune où j'étais placé à côté de sa Majesté le Roi Philippe et de son fils. J'en ai eu la gorge serrée... " Les filles de Pascal Kina, donc, n'ont commis aucune fausse note et n'ont fait qu'une bouchée de la modeste équipe de Biélorussie, dont le staff ne savait que peu ou prou... Un but libérateur avant le repos par Stéphanie De Groof, puis, une supériorité physique et une intéressante percussion offensive - le problème récurrent des Red Panthers depuis quelques années - firent le reste au cours du second acte avec 4 " scoreuses " différentes : Jill Boon, Erica Coppey, Louise Versavel et Charlotte De Vos (5-1). Depuis les Jeux olympiques de Londres en 2012, les filles ont encore professionnalisé leur préparation et (lourdement) travaillé le physique. Le facteur récupération allait être déterminant dans leur 2e match du tournoi, dès le lendemain dimanche face aux Pays-Bas... Sur ce plan, ce jeune groupe a répondu à l'attente face aux professionnelles bataves, qui semblaient si immenses. Mais au bout, il y a eu une défaite logique par 2 buts à rien. Un derby en réalité trop vite plié dès la première période par une minute désastreuse. " Cette entame de match ne fut effectivement pas bonne ", tranchait le coach Pascal Kina, une personnalité qui n'a pas l'habitude de parler pour ne rien dire. " Nous nous sommes tous ensemble inscrit dans un processus de " winning mentality " et, donc, je ne peux me satisfaire des compliments par rapport à notre prestation générale, en deuxième période surtout. Nous sommes tombés sur une grande formation néerlandaise qui n'avait jamais, de l'aveu de mon homologue, joué un aussi bon hockey... Voilà la juste réalité du sport au plus haut niveau. " Epuisées après s'être cassé les sticks face aux " Oranje mécaniques ", les Red Panthers gardaient cependant leur destin en main pour accrocher une demi-finale, au moins, à la veille d'affronter l'Irlande, adversaire archi-connu dans le cadre de la 3e et dernière journée de poule. Kolossale LionsDans une ambiance de feu, les Red Lions ont pour leur part battu la première nation mondiale dans la soirée. Un succès étriqué dans les chiffres (2-1 et 10 pc accordés pour 1 seul à l'adversaire) mais ô combien mérité dans la manière. " Notre première période fut grandiose ", constatait le coach Marc Lammers. Pas faux, en effet, puisque le gardien Vincent Vanasch - très malheureux sur le but consécutif à la seule action offensive avant le repos de champions olympiques médusés - a pu se régaler en contemplant un système défensif souverain orchestré par le sobre Loick Luypaert. Avec un pressing dans l'entrejeu très haut et des attaquants aussi puissants et disponibles que Tom Boon et Cédric Charlier, les Belges ont fait très forte impression pour leur entrée en matière dans le tournoi. Charlier illustre à merveille l'état d'esprit qui règne dans le groupe de Marc Lammers depuis sa prise de pouvoir en 2012, au lendemain des Jeux. L'attaquant du Racing Bruxelles avait d'abord dû se remettre d'une mise à l'écart du groupe surprise avant d'être rappelé quelques mois plus tard suite à quelques défections et de se repositionner comme un cadre du noyau. " Avec Lammers, tout le monde est mis sur un pied d'égalité ", se réjouissait Yvan Charlier, le papa de Cédric bien connu dans le monde du hockey et croisé backstage. C'est qu'on n'a pas badiné avec la discipline depuis la prise de pouvoir du technicien batave. Celui-ci a exigé un investissement et une disponibilité à 100 % à tous ses joueurs. Certaines dents ont grincé. La majorité des Red Lions est amateur... " Lammers est le boss, c'est lui qui prend les décisions, qui est en responsabilité, mais ce qu'il y a de merveilleux, c'est qu'il consulte toujours l'ensemble du staff, tout est pensé, pesé, analysé ", confie Jef Brouwers, le célèbre psychologue qui suit les Red Lions et quantité d'équipes (FC Bruges) et sportifs de haut niveau (Borlée etc.) en Belgique. " Je peux vous assurer que je prends souvent en exemple le travail et la méthode pratiqués en équipe nationale masculine de hockey dans mes différents contacts professionnels. " Jef Brouwers n'est pas du style à " s'enflammer ". C'est même son job : dédramatiser les choses. Prendre de la distance même si la performance fait partie du top 3 de son jargon. L'enthousiasme débordant du public belge à Boom ne pourrait-il pas être une arme à double tranchant ? " Je ne pense par car cela booste réellement le niveau de jeu et d'engagement des joueurs ", esquive le psychologue. " Je peux vous dire que tout cela est voulu par le groupe qui veut communier avec son public, qui est fier d'être uni, d'être belge. Jusque dans les moindres détails, nous avons parlé de cela en groupe... " On connaissait déjà la force mentale collective des Red Lions depuis la superbe 5e place " olympique " conquise à Londres et la toute récente victoire en World League à Rotterdam avec, cerise sur le gâteau, le revers infligé à l'épouvantail australien. Mais ce qui fut frappant face à l'Allemagne fut la redoutable présence physique. L'attitude dominatrice. La détermination. Tant dans les duels que dans les courses et la disponibilité tant offensive que défensive, les Belges ont fait sensation. " Nous sommes prêts et ne craquerons pas sur ce plan ", promettait Tom Boon, futur pensionnaire du HC Bloemendaal (Pays-Bas) et auteur d'une " kolossale " prestation face à la " Mannschaft ". Lundi soir, les Red Lions partaient avec les faveurs de tous les pronostiqueurs, fussent-ils neutres, dans leur duel face à la Tchéquie, explosée par l'Espagne dans sa joute initiale (6-1). PAR ALEXANDRE CHARLIER - PHOTOS : IMAGEGLOBELes Red Panthers et les Red Lions ont surpris en entonnant une émouvante Brabançonne a capella à l'occasion de Belgique - Biélorussie puis Belgique - Allemagne... Point de traditionnel hamburger ketchup mais des salades équilibrées, pâtes, pancakes, smoothies multivitaminés.