L'anémie offensive du Sporting de Charleroi est préoccupante: 10 buts marqués au cours des 11 premiers matches de championnat, c'est une moyenne de descendant. Seul Beveren a été encore moins prolifique. Si on décompte les 4 buts empilés à Westerlo lors d'un match qui frisa la perfection, la moyenne de goals marqués par rencontre est encore beaucoup plus affligeante. Lors de 5 des 11 premiers matches, l'attaque hennuyère est restée muette! Finalement, les Zèbres ne doivent leur place en milieu de classement qu'à une relative solidité défensive. Les équipes qui naviguent dans les mêmes eaux ont marqué près de deux fois plus de buts.
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L'anémie offensive du Sporting de Charleroi est préoccupante: 10 buts marqués au cours des 11 premiers matches de championnat, c'est une moyenne de descendant. Seul Beveren a été encore moins prolifique. Si on décompte les 4 buts empilés à Westerlo lors d'un match qui frisa la perfection, la moyenne de goals marqués par rencontre est encore beaucoup plus affligeante. Lors de 5 des 11 premiers matches, l'attaque hennuyère est restée muette! Finalement, les Zèbres ne doivent leur place en milieu de classement qu'à une relative solidité défensive. Les équipes qui naviguent dans les mêmes eaux ont marqué près de deux fois plus de buts.En fait, ces difficultés de concrétisation se manifestent depuis le mois d'avril 2001, date des adieux de Dante Brogno. L'ouvre-boîte de Gozée a inscrit plus de 100 buts en D1. Au Mambourg, on lui cherche toujours un successeur.Dante Brogno: Je serais vraiment inquiet si nous ne parvenions pas à nous créer d'occasions. C'est tout le contraire: nos attaquants héritent régulièrement de bons ballons. Mais ils ne réussissent pas à en faire un bon usage. S'ils étaient un peu plus clairvoyants, nous compterions quelques points de plus et on ne parlerait pas d'un problème offensif. Je trouve que notre équipe est bien équilibrée et combine bien... jusqu'à l'entrée du rectangle. Une fois en zone de conclusion, tout se complique. Nos attaquants n'arrivent pas à se dire: -Maintenant, fini de jouer, je pousse la balle au fond. Les médians sont incapables de prendre le relais quand les attaquants ne marquent plus.Effectivement. Nous avons un axe médian à tendance défensive, avec Lendvai et Negouai. Théoriquement, le danger doit venir de nos deux flancs, très offensifs: Yazdani et Dufer. Mais ils ne parviennent pas à compenser les absences de nos attaquants. L'an dernier, Dufer a prouvé qu'il savait débloquer un match via des assists et des buts. Il nous a rapporté plusieurs fois des points en surgissant de la deuxième ligne quand nos attaquants étaient bien muselés. Cette saison, il n'arrive pas à retrouver son niveau. Par contre, nos défenseurs latéraux répondent à l'attente. Nous leur devons une partie de nos occasions de but. Nous demandons à la plupart des joueurs de participer aux actions offensives parce que c'est le tempérament du club, du public, d'Enzo et de moi-même.Rojas, en forme trop tôtMilovanovic avait été présenté comme un nouveau Degryse mais il ne joue pas.C'est fou ce qu'il peut réussir sur des petits espaces à l'entraînement. Mais il n'arrive pas à se mettre au niveau physique des autres. Il ne comprend pas que, dans le football moderne, il faut être de moins en moins technique mais de plus en plus athlétique. Il doit encore saisir l'importance des duels. Nous l'avions transféré pour qu'il distribue le jeu. Nous nous créons des occasions sans lui, mais il est clair que nous aurions une corde supplémentaire à notre arc s'il répondait à l'attente.Negouai a pris la place de Milovanovic, mais il n'a pas le même apport offensif.Nous essayons de lui faire comprendre qu'il doit être plus présent en zone offensive. Nous lui répétons régulièrement que quand il joue avec Lendvai, il doit être devant lui et pas derrière. Il a la permission de laisser le plus souvent huit coéquipiers dans son dos, mais il n'y parvient pas assez souvent. Il ne comprend pas que quand il quitte son poste défensif, c'est moins dangereux pour l'équipe que si le gardien va se planter dans le camp adverse. Il n'est pas normal que Lendvai crée autant de danger que lui. Negouai a déjà prouvé qu'il savait combiner idéalement les aspects défensif et offensif: contre Beveren, il a arraché un ballon dans notre rectangle, et au bout de cette action, il s'est retrouvé seul devant Bodart.Deux de vos attaquants (Rojas et Eduardo) ont pourtant prouvé dans le passé qu'ils savaient marquer...Rojas, c'est le plus doué du groupe. Sa technique, sa vista et sa pointe de vitesse en font un vrai poison pour les défenses quand il est en forme. Malheureusement, il accuse un peu le coup depuis quelques semaines. Il était intenable en période de préparation et en début de saison. Je m'étais fait la réflexion qu'il ne pourrait pas tenir un championnat entier à un tel rythme. Je pense qu'il est arrivé en forme un peu trop tôt! Un bon Rojas et un bon Eduardo peuvent former un duo redoutable. Ils sont parfaitement complémentaires. Mais Eduardo est lui aussi dans le creux de la vague. Il est extrêmement puissant, c'est un terrible travailleur qui sait user les défenses. Il se dépense de la première à la dernière minute. On ne pourra jamais lui reprocher de ne pas mouiller son maillot. Mais je pense qu'il en fait un peu trop. En se dépensant aux quatre coins du terrain, il n'a plus assez de lucidité dans le rectangle adverse. Il ne travaille pas toujours à bon escient.Eduardo était sous pressionC'est pour cela qu'il est resté dix mois sans marquer?Sans doute. Il avait l'impression de tout faire pour retrouver sa production offensive, mais ça ne voulait pas marcher. Après avoir marqué dans les arrêts de jeu contre La Louvière, il a traversé tout le terrain en sprintant pour aller saluer le kop. C'était tout un symbole: la délivrance de l'attaquant qui rapportait enfin des points à son équipe, un geste de colère aussi. Son manque de productivité avait fini par le perturber. Au début, nous lui en parlions souvent. Jusqu'au jour où nous avons remarqué que nos discours le paralysaient encore plus. Nous nous sommes alors mis à espérer que ses qualités de buteur reviendraient instinctivement. On verra dans les prochaines semaines si le fait de nous avoir offert la victoire contre La Louvière le relancera définitivement.Les deux autres attaquants du noyau (Biakolo et Martine) n'ont aucune expérience de la D1 belge: c'est dangereux...Ils ont des qualités mais leur manque d'expérience est effectivement un problème. Martine est explosif, c'est un vrai feu follet. Mais il n'a connu que la D3 avant d'arriver chez nous. Il a été impressionnant lors des premiers entraînements, puis il a commencé à souffrir de la charge de travail. Biakolo a un potentiel athlétique impressionnant. Mais il ne jouait pas avec l'Inter et ne connaît donc pas encore la D1. Il a peut-être pensé qu'en quittant un grand club italien pour une équipe moyenne du championnat de Belgique, il allait s'imposer les doigts dans le nez. Il découvre qu'on peut aussi se casser les dents sur les défenses belges. Je pense qu'il ne s'attendait pas à autant de rigueur. Le défenseur le plus modeste, s'il est dans un grand jour, peut mettre n'importe quel attaquant dans sa poche. Biakolo est arrivé chez nous avec un esprit conquérant et cela lui a permis de s'imposer dans l'équipe type pour le début du championnat. Mais il s'est un peu éteint. Il doit continuer à travailler pour se mettre à l'heure belge.Marquer, c'est mentalY a-t-il une recette pour que vos attaquants retrouvent le chemin du but?Nos quatre attaquants sont des travailleurs, des gars très gentils. On ne sait pas avoir de problèmes avec eux dans le travail quotidien. Mais ils sont peut-être trop gentils et trop collectifs. Un attaquant doit avoir de la présence et une personnalité très forte. Il doit être fier et égoïste, se convaincre que si l'entraîneur le met dans l'équipe, il a pour mission d'expédier des ballons dans le but. De n'importe quelle manière. Les nôtres n'en prennent pas toujours conscience, ils ne se rendent pas nécessairement compte de la chance qu'ils ont de pouvoir faire basculer nos matches. Plus le niveau est élevé, et plus il faut se montrer malin et roublard dans le rectangle. Le sens tactique et le positionnement sont deux aspects primordiaux. Sur certaines actions, je vois, du banc de touche, que nous n'allons pas marquer alors qu'une belle occasion se dessine. Je me dis: -Aïe, il est mal placé, ça va encore foirer. Je suis persuadé que le stress et la fatigue font perdre une bonne partie de leurs moyens à nos attaquants. Ils montrent un très bon sens du but à l'entraînement mais ne parviennent pas à le reproduire en match. Et j'ai l'impression que le fait d'arriver dans le rectangle les paralyse: ils participent bien au jeu et combinent à 25 mètres du but, puis ils s'éteignent. Comment vit un attaquant qui ne marque plus?J'ai évidemment connu des périodes où rien n'allait. J'étais plus motivé que jamais, mais le ballon refusait de rentrer dans le but. Dans ce cas-là, on est obsédé par son compteur personnel dès le premier entraînement du lundi. Et cette idée ne vous quitte pas jusqu'au week-end. J'avais ma petite recette: à l'entraînement, je mettais l'accent sur le plaisir. S'amuser, pour un attaquant, c'est frapper un maximum au but et voir trembler les filets. Je restais sur la pelouse quand tous les autres joueurs rentraient au vestiaire et j'expédiais une vingtaine d'obus dans le but vide. Quand les filets ne bougent pas le week-end, il faut les secouer en semaine. La préparation mentale d'un attaquant est aussi importante que celle d'un gardien de but car ce sont des postes où on n'a pas droit à l'erreur, où on s'expose à la colère du public au moindre raté. Il faut être bien dans sa peau et dans sa tête. Quand un attaquant ou un gardien a un problème dans sa vie privée, il sera plus brouillon qu'un autre joueur en montant sur le terrain. Ce n'est pas en parlant avec son entraîneur qu'il s'en sortira: la démarche doit venir de lui. Il m'est arrivé de mal négocier trois ballons d'affilée. Ça commençait à gronder dans les tribunes, mais sur la quatrième balle, c'était bingo. Il faut être préparé aux sifflets du public et savoir y répondre. Il faut avoir des c...! Quand ça ne va pas, le buteur doit pouvoir sortir un geste auquel personne ne s'attend. Alors, la critique se tait et il est reparti.Pierre Danvoye