Un mardi soir comme un autre. Des consignes en allemand, avec quelques touches de français, percent la nuit eupenoise. Les éducateurs du FC Eupen canalisent les gamins du club. Sur le synthétique, ils cavalent partout, en nombre, pour former une mosaïque assez improbable. Certains portent le maillot des Diables, d'autres de Cologne ou du voisin de l'Alliance. S'ils lèvent le menton, ils aperçoivent les projecteurs du Kehrweg, posté à un jet de pierres.

COLLABORATION AVEC ASPIRE

Depuis 2014, l'AS et le FC collaborent. Ensemble, ils mettent en place un " centre de perfectionnement régional " pour promouvoir le foot du coin et former leurs 750 jeunes. " Ils cherchaient une certaine légitimité dans la région. Vu qu'on a plus de jeunes, qui sont presque tous Eupenois, qu'on est le vrai club d'Eupen, ils pouvaient profiter de notre aura ", se targue d'entrée Jean-Marie Jakubowski, dans son costume de notaire.

Cet été-là, il s'installe tout juste dans le fauteuil de président. Déjà membre du conseil d'administration, " main innocente " attitrée des soirées tombola, il plonge la deuxième restante pour restructurer le FC Eupen. " Le club était dans une situation catastrophique. Il n'y avait plus d'argent, pas d'organisation, pas d'ordre. On avait trop de jeunes et pas assez de personnel ", énumère-t-il, alors que les enceintes de la buvette crachent du Will I Am.

Le club descend alors en P3, un étage en dessous de celui qu'il occupe actuellement. Aux côtés de Jakubowski, Mario Kohnen devient correspondant qualifié, entraîneur de la Première du FC, à 27 printemps, et administrateur des jeunes au Kehrweg, salarié par Aspire. L'homme à tout faire : " On a 32 équipes de jeunes. Il fallait des professionnels, des gens qui travaillent tout le temps ici pour s'occuper d'eux. Sinon, ça n'allait plus ". La collaboration tombe à pic. Aspire donne une belle leçon de diplomatie et le FC peut se développer sans la pression de salaires encombrants.

En juin dernier, Alessio Krafft, joueur des A, devient également l'assistant de Kohnen à l'AS. Mais Jakubowski l'affirme, il s'agit de la seule contrepartie financière de cette coopération. " Aspire ne nous donne rien. Je n'ai jamais été toquer à leur porte pour demander de l'argent, et je ne le ferai jamais. " Effective jusqu'aux U19, elle favorise surtout le " libre-échange " de jeunes entre les deux écuries. Le FC fait office de réserve et de réservoir pour l'Alliance.

" J'ai deux jeunes qui ont le niveau pour jouer de l'autre côté. À l'inverse, il y en a deux ou trois qui viennent de l'AS ", distille Dean Vanaschen, coach des U12 et capitaine du FC, posé sous les fanions bleu et blanc qui ornent les poutres de la buvette. Mais si, dans sa catégorie, son équipe peut rivaliser avec celle d'en face, pour Kohnen, l'écart de niveau est globalement " trop grand ". Ce qui n'empêche pas non plus un jeune de passer d'un côté à l'autre, en fonction des besoins.

LE RIVAL D'HIER

" Sur un match, c'est possible. Mais ça n'arrive que très rarement ", assure Dean. Une situation autrefois impensable, due à la rivalité passée entre AS et FC. " Ici, ça a toujours été le vrai club eupenois, celui des travailleurs. L'AS, c'était plutôt le club élitiste ", explique Kohnen. " Il y a dix ans, si un chirurgien avait un enfant, il le mettait à l'AS Eupen. Un employé de la ville l'aurait mis chez nous. " Aujourd'hui, les aigreurs ont disparu, cette espèce de lutte des classes s'affaisse.

Mais, en 1963, il se pourrait bien qu'elle fût à la base de la création du FC. " Ce sont des Eupenois, déçus du foot pratiqué ici, qui ont créé le FC. L'Alliance était le club des gens riches, des gens bien. Il y avait aussi beaucoup de francophones, ce qui ne plaisait pas non plus aux purs germanophones ", abonde Jakubowski. À la fin de la Deuxième Guerre mondiale, en 45, l'Alliance voit le jour, née de la fusion entre la Jeunesse Eupen et le FC Eupen 1908, entité aux faux airs de famille.

Du haut de ses 27 ans, Dean est l'un des membres les plus âgés de l'effectif du FC, qui ne compte qu'un seul trentenaire dans ses rangs, et où tous se partagent les mêmes primes. Après avoir quitté la KAS Eupen à 14 piges, il part à La Calamine, au FC, à Raeren, avant de revenir, il y a trois saisons, chez les Bleu et Blanc. " Ça a beaucoup changé. Avant, il n'y avait pas vraiment de concept. Là, c'est ce qui m'a convaincu. C'est beaucoup plus pro. Il y a une idée, une philosophie. "

Et elle est plutôt simple. Après une montée en P1 en 2009, apogée sportive du club, le FC choisit de ne plus recruter, mais de s'appuyer uniquement sur les jeunes du cru. Sur les sept dernières années, Jakubowksi n'enregistre ainsi qu'un seul transfert. Sinon, la quasi-totalité du noyau A est formée d'Eupenois. " On a bien dû trouver quelque chose pour exister. On n'a pas le carnet de chèques qui est aussi ouvert que les autres ", explique le président d'une sorte d'Athletic Bilbao germano.

Aujourd'hui, il se félicite d'une collaboration réussie avec son voisin. Les bons jeunes restent, les recruteurs ne viennent plus faire " leur shopping " sur ses terres. L'an dernier, son équipe s'offre le scalp de Tessenderlo, entité de D2 amateur, au troisième tour de la Coupe. Jean-Marie arrive à l'avance. " J'étais dans le club-house. Je vois nos adversaires arriver, avec des beaux sacs, et tout. Mais je nous vois arriver, nous... Ça avait de la gueule. Il n'y en a pas un qui vient avec des chaussettes jaunes, l'autre avec le tee-shirt de la concurrence. " Il ne manquerait plus que ça.

FC EUPEN 1963

Date de création : 1963

Matricule : 06657

Division actuelle : P2C (Liège)

Meilleur niveau : P1 (2009/2010)

Fait marquant : Élimination de Tessenderlo (D2 amateurs), au troisième tour de la Coupe (2017)

Particularité : Collaboration avec son voisin et ancien rival de la KAS Eupen (depuis 2014)

Le chiffre : 1. Comme un seul transfert sur les sept dernières années

Palmarès : Montée en P2 (1974), Montée en P1 (2009)

Un mardi soir comme un autre. Des consignes en allemand, avec quelques touches de français, percent la nuit eupenoise. Les éducateurs du FC Eupen canalisent les gamins du club. Sur le synthétique, ils cavalent partout, en nombre, pour former une mosaïque assez improbable. Certains portent le maillot des Diables, d'autres de Cologne ou du voisin de l'Alliance. S'ils lèvent le menton, ils aperçoivent les projecteurs du Kehrweg, posté à un jet de pierres. Depuis 2014, l'AS et le FC collaborent. Ensemble, ils mettent en place un " centre de perfectionnement régional " pour promouvoir le foot du coin et former leurs 750 jeunes. " Ils cherchaient une certaine légitimité dans la région. Vu qu'on a plus de jeunes, qui sont presque tous Eupenois, qu'on est le vrai club d'Eupen, ils pouvaient profiter de notre aura ", se targue d'entrée Jean-Marie Jakubowski, dans son costume de notaire. Cet été-là, il s'installe tout juste dans le fauteuil de président. Déjà membre du conseil d'administration, " main innocente " attitrée des soirées tombola, il plonge la deuxième restante pour restructurer le FC Eupen. " Le club était dans une situation catastrophique. Il n'y avait plus d'argent, pas d'organisation, pas d'ordre. On avait trop de jeunes et pas assez de personnel ", énumère-t-il, alors que les enceintes de la buvette crachent du Will I Am. Le club descend alors en P3, un étage en dessous de celui qu'il occupe actuellement. Aux côtés de Jakubowski, Mario Kohnen devient correspondant qualifié, entraîneur de la Première du FC, à 27 printemps, et administrateur des jeunes au Kehrweg, salarié par Aspire. L'homme à tout faire : " On a 32 équipes de jeunes. Il fallait des professionnels, des gens qui travaillent tout le temps ici pour s'occuper d'eux. Sinon, ça n'allait plus ". La collaboration tombe à pic. Aspire donne une belle leçon de diplomatie et le FC peut se développer sans la pression de salaires encombrants. En juin dernier, Alessio Krafft, joueur des A, devient également l'assistant de Kohnen à l'AS. Mais Jakubowski l'affirme, il s'agit de la seule contrepartie financière de cette coopération. " Aspire ne nous donne rien. Je n'ai jamais été toquer à leur porte pour demander de l'argent, et je ne le ferai jamais. " Effective jusqu'aux U19, elle favorise surtout le " libre-échange " de jeunes entre les deux écuries. Le FC fait office de réserve et de réservoir pour l'Alliance. " J'ai deux jeunes qui ont le niveau pour jouer de l'autre côté. À l'inverse, il y en a deux ou trois qui viennent de l'AS ", distille Dean Vanaschen, coach des U12 et capitaine du FC, posé sous les fanions bleu et blanc qui ornent les poutres de la buvette. Mais si, dans sa catégorie, son équipe peut rivaliser avec celle d'en face, pour Kohnen, l'écart de niveau est globalement " trop grand ". Ce qui n'empêche pas non plus un jeune de passer d'un côté à l'autre, en fonction des besoins. " Sur un match, c'est possible. Mais ça n'arrive que très rarement ", assure Dean. Une situation autrefois impensable, due à la rivalité passée entre AS et FC. " Ici, ça a toujours été le vrai club eupenois, celui des travailleurs. L'AS, c'était plutôt le club élitiste ", explique Kohnen. " Il y a dix ans, si un chirurgien avait un enfant, il le mettait à l'AS Eupen. Un employé de la ville l'aurait mis chez nous. " Aujourd'hui, les aigreurs ont disparu, cette espèce de lutte des classes s'affaisse. Mais, en 1963, il se pourrait bien qu'elle fût à la base de la création du FC. " Ce sont des Eupenois, déçus du foot pratiqué ici, qui ont créé le FC. L'Alliance était le club des gens riches, des gens bien. Il y avait aussi beaucoup de francophones, ce qui ne plaisait pas non plus aux purs germanophones ", abonde Jakubowski. À la fin de la Deuxième Guerre mondiale, en 45, l'Alliance voit le jour, née de la fusion entre la Jeunesse Eupen et le FC Eupen 1908, entité aux faux airs de famille. Du haut de ses 27 ans, Dean est l'un des membres les plus âgés de l'effectif du FC, qui ne compte qu'un seul trentenaire dans ses rangs, et où tous se partagent les mêmes primes. Après avoir quitté la KAS Eupen à 14 piges, il part à La Calamine, au FC, à Raeren, avant de revenir, il y a trois saisons, chez les Bleu et Blanc. " Ça a beaucoup changé. Avant, il n'y avait pas vraiment de concept. Là, c'est ce qui m'a convaincu. C'est beaucoup plus pro. Il y a une idée, une philosophie. " Et elle est plutôt simple. Après une montée en P1 en 2009, apogée sportive du club, le FC choisit de ne plus recruter, mais de s'appuyer uniquement sur les jeunes du cru. Sur les sept dernières années, Jakubowksi n'enregistre ainsi qu'un seul transfert. Sinon, la quasi-totalité du noyau A est formée d'Eupenois. " On a bien dû trouver quelque chose pour exister. On n'a pas le carnet de chèques qui est aussi ouvert que les autres ", explique le président d'une sorte d'Athletic Bilbao germano. Aujourd'hui, il se félicite d'une collaboration réussie avec son voisin. Les bons jeunes restent, les recruteurs ne viennent plus faire " leur shopping " sur ses terres. L'an dernier, son équipe s'offre le scalp de Tessenderlo, entité de D2 amateur, au troisième tour de la Coupe. Jean-Marie arrive à l'avance. " J'étais dans le club-house. Je vois nos adversaires arriver, avec des beaux sacs, et tout. Mais je nous vois arriver, nous... Ça avait de la gueule. Il n'y en a pas un qui vient avec des chaussettes jaunes, l'autre avec le tee-shirt de la concurrence. " Il ne manquerait plus que ça.