En 96, 20 mois après avoir accueilli la World Cup sur leur sol, ils démarraient la Major League Soccer. Vingt et un mois après la Coupe du Monde féminine toujours sur leurs terres, voici que naît le championnat Women's United Soccer Association. "Notre rêve est devenu réalité", dit la meilleure joueuse au monde, Michelle Akers. "La route fut longue pour aboutir à la création d'un championnat professionnel faisant le lien entre l'université et l'équipe nationale mais nous y sommes arrivées".
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En 96, 20 mois après avoir accueilli la World Cup sur leur sol, ils démarraient la Major League Soccer. Vingt et un mois après la Coupe du Monde féminine toujours sur leurs terres, voici que naît le championnat Women's United Soccer Association. "Notre rêve est devenu réalité", dit la meilleure joueuse au monde, Michelle Akers. "La route fut longue pour aboutir à la création d'un championnat professionnel faisant le lien entre l'université et l'équipe nationale mais nous y sommes arrivées". Dans la foulée de la finale de juillet 99 contre la Chine à Pasadena devant 90.185 spectateurs (et 40 millions de téléspectateurs) conquis par l'excellent niveau de jeu, l'engagement et la sportivité des actrices, l'équipe nationale américaine avait entrepris un Victory Tour à travers le pays entier. Le succès fut sidérant : des stades combles, 4 millions de téléspectateurs et des bénéfices nets de 5 millions de dollars! Il n'en fallait pas plus pour que les têtes bien pensantes de l' United States Soccer Federation se penchent sur la faisabilité d'un championnat professionnel. Ils furent rapidement confortés par les experts en marketing qui estiment que le sport féminin est bel et bien viable, à condition qu'il soit abordé de manière spécifique et non pas présenté comme une distraction vers laquelle on se tourne par défaut quand on n'a rien d'autre à faire! Exemple : le championnat WNBA qui, après 4 ans, se targue d'une assistance moyenne de 9.100 personnes et d'un taux d'écoute télévisée de 1,4 million de foyers,... plus que la National Hockey League des hommes! On estime à quelque 7 millions le nombre de footballeuses actives. C'est un des résultats tangibles d'un effort d'un quart de siècle, d'une transformation culturelle. C'est en 1975 que fut votée la loi fédérale Title IX destinée à encourager par tous les moyens possibles le sport féminin. Des techniques marketing différentes et innovantes ont été lancées comme la Dads and Daughters, voulant séduire les couples pères-filles. Le prix d'accès aux stades reflète également le souci de toucher les jeunes et les familles. Alors qu'en NBA, le sésame coûte en moyenne 2.300 francs, il revient à 700 francs pour voir évoluer les basketteuses. Les footballeuses seront moins chères encore : 500 francs. Soutenue par une importante campagne publicitaire extrêmement bien ciblée (les 18 à 49 ans), cette politique très agressive des prix a porté ses fruits. L'équipe Washington Freedom a vendu 2.500 abonnements pour ses 21 matches à domicile étalés entre les mois d'avril et d'août. Dans l'ensemble, les responsables de l'Association tablent sur une chambrée de 7.000 personnes de moyenne.Avec un business plan crédible et une saine vocation de sport en famille, les investisseurs et les sponsors ont mis 3,690 milliards de francs sur la table. Les magnats des télécommunications ont suivi : Discovery Channel, Comcast Corporation, Cox Communications, Time Warner Cable, Turner Sports, TNT et CNN/SI. C'est un sophisme : le soccer féminin professionnel est géré professionnellement. Aux commandes, on retrouve Barbara Allen, un ancien cadre supérieur de Quaker Oats, et Tony DiCiccio, l'entraîneur heureux qui a conduit les filles au titre mondial, désigné directeur exécutif. Même si les études de marché sont positives, rien n'est évidemment couru d'avance. Pour preuve, le passif accumulé par la MLS : en six saison, on parle de 250 millions de dollars. "Mais qui aurait osé imaginer un championnat pro pour femmes il y a une dizaine d'années?", demande Shannon Boxx des San Diego Spirit. Est-ce à dire que ces dames s'enrichiront. La réponse est un "non" catégorique presque empreint de misérabilisme. Le plafond salarial imposé par l'Association a été limité à 800.000 dollars par équipe et 1,8 million de francs par joueuse. Malgré la modestie des émoluments, le nouveau championnat professionnel a attiré une kyrielle de joueuses étrangères. D'aucuns diront -et ils n'ont pas tort- que c'était ça ou rien. Car il est vrai qu'il n'existe à notre connaissance d'autre championnat féminin de football professionnel que l'américain. En parcourant les listes, on constate une prédominance logique de représentantes des nations fortes : la Chine, la Norvège, la Suède, le Brésil. Quant aux vedettes américaines, elles n'ont évidemment pas raté le train. Elles sont toutes là: Michèle Akers (toujours convalescente), Mia Hamm, Brianna Sculley, Julie Foudy, Kristine Lillyz, Carla Overbeck, Brandi Chastain. Surtout la petite Chastain! On ne se lassera jamais de voir et de revoir les images de son merveilleux penalty décisif en finale de la Coupe du Monde contre la Chine. Et n'allez surtout pas croire que c'est parce qu'elle a ensuite enlevé et brandi son maillot! Non, c'est pour l'intensité émotionnelle du moment.Bernard Geenen, à Chicago