Lundi 3 novembre, 18 h. Le pub The Old Plough se remplit petit à petit. Des trentenaires au look plutôt propret trinquent à coups de verres de blanc et de pintes. L'endroit n'a rien du pub un peu sombre où les lads anglais aiment s'encanailler. Ici à Cobham, dans la banlieue londonienne, on préfère le calme et un minimum d'excentricité. Un cadre idéal pour loger les millionnaires de Chelsea et leur centre d'entraînement surprotégé. Christophe Lollichon nous a donné rendez-vous au pub, à l'écart du club, pour discuter le coup longuement et évoquer la déjà belle carrière mais aussi le futur de Thibaut Courtois. Depuis sept ans, c'est lui qui coache les derniers remparts des Blues ; un parcours étonnant pour quelqu'un passé par Nantes ou Rennes mais qui, joueur, n'a connu que l'équipe C de Nantes (D4). " J'ai vraiment bossé comme un taré et ça personne ne pourra me l'enlever. " Face à Everton, le 30 août dernier, Lollichon fêtait son 400e match sur le banc de Chelsea qu'il a partagé avec huit managers et non des moindres (Ancelotti, Mourinho, Scolari, Benitez, etc.). Réputé pour ne pas avoir sa langue en poche, le quinqua breton s'est parfois fritté avec ses supérieurs mais n'a jamais dû quitter le navire. Le lien indéfectible qui l'unit à Petr Cech, rencontré à Rennes et à qui il doit sa venue à Londres, l'a maintenu en place alors que cette saison c'est le gardien tchèque qui, pour la première fois depuis son arrivée à Chelsea il y a dix ans, a dû céder la sienne. " Petr passe d'un statut à un autre mais il aide Thibaut alors que beaucoup de gardiens lui auraient fait ombrage devant une telle situation...

Lundi 3 novembre, 18 h. Le pub The Old Plough se remplit petit à petit. Des trentenaires au look plutôt propret trinquent à coups de verres de blanc et de pintes. L'endroit n'a rien du pub un peu sombre où les lads anglais aiment s'encanailler. Ici à Cobham, dans la banlieue londonienne, on préfère le calme et un minimum d'excentricité. Un cadre idéal pour loger les millionnaires de Chelsea et leur centre d'entraînement surprotégé. Christophe Lollichon nous a donné rendez-vous au pub, à l'écart du club, pour discuter le coup longuement et évoquer la déjà belle carrière mais aussi le futur de Thibaut Courtois. Depuis sept ans, c'est lui qui coache les derniers remparts des Blues ; un parcours étonnant pour quelqu'un passé par Nantes ou Rennes mais qui, joueur, n'a connu que l'équipe C de Nantes (D4). " J'ai vraiment bossé comme un taré et ça personne ne pourra me l'enlever. " Face à Everton, le 30 août dernier, Lollichon fêtait son 400e match sur le banc de Chelsea qu'il a partagé avec huit managers et non des moindres (Ancelotti, Mourinho, Scolari, Benitez, etc.). Réputé pour ne pas avoir sa langue en poche, le quinqua breton s'est parfois fritté avec ses supérieurs mais n'a jamais dû quitter le navire. Le lien indéfectible qui l'unit à Petr Cech, rencontré à Rennes et à qui il doit sa venue à Londres, l'a maintenu en place alors que cette saison c'est le gardien tchèque qui, pour la première fois depuis son arrivée à Chelsea il y a dix ans, a dû céder la sienne. " Petr passe d'un statut à un autre mais il aide Thibaut alors que beaucoup de gardiens lui auraient fait ombrage devant une telle situation ", signale son plus grand défenseur. Malgré quelques tâtonnements en début de saison, José Mourinho a finalement tranché en faveur de notre Thibaut national. Titulaire à seulement 22 ans d'un des cercles les plus huppés d'Europe, la trajectoire fulgurante de Courtois fait immanquablement penser à son homologue tchèque. " Le talent n'a pas d'âge ", poursuit Lollichon. " C'est un poste à très haute responsabilité mais des jeunes d'exception peuvent l'occuper. Petr Cech a joué la Ligue des Champions à 18 ans et est devenu titulaire à 22 ans à Chelsea. Petr est donc au sommet depuis dix ans alors que Thibaut s'en rapproche. Je pense, par exemple, que Thibaut a encore beaucoup de choses à développer dans sa construction physique. Il n'est pas fait, son corps est quasiment celui d'un d'adolescent. Mais il a tellement de qualités naturelles que le travail à effectuer avec lui est moins important qu'avec d'autres. Je pense qu'il doit encore prendre de la masse pour être plus fort mais aussi pour se protéger. Le foot anglais, ça cogne peut-être moins qu'avant mais ça cogne toujours. Il doit aussi travailler le gainage, c'est à dire la solidité de la partie centrale de son corps, sans pour autant perdre ses qualités naturelles, c'est pourquoi des cycles de travail sont programmés. Tactiquement, il progresse aussi, il avait tendance à s'engager trop vite au premier poteau et libérer l'espace derrière. Thibaut a aussi compris l'intérêt de jouer plus haut. Sur les relances, il jouait rarement court à l'Atletico car l'entraîneur lui demandait d'allonger. Je voulais qu'il comprenne qu'il y avait d'autres façons de jouer. J'analysais tous ses matchs, je lui envoyais un montage sur DVD et un rapport écrit. Par après, on se téléphonait, on échangeait. " Christophe Lollichon est une sorte de nerd du coaching (voire cadre) pour qui le moindre détail a son importance. " Aucun entraînement n'est identique à un autre. Je ne veux pas que les gardiens de but soient des robots, je veux qu'ils pensent qu'ils réfléchissent à ce qu'ils font. En répétant toujours les mêmes exercices, on risque de s'installer dans une routine. Il n'y a rien de pire. J'ai dû consulter un seul bouquin de coaching dans toute ma vie, je m'inspire essentiellement des situations de match, de mon expérience. Vous ne me verrez jamais faire un échauffement où je frappe un ballon en direction du gardien en face de moi qui le capte puis me redonne. Avec des jeunes, on peut le faire mais pas avec des pros de ce niveau. " Le terme " dernier rempart " usité dans le jargon footeux ne correspond certainement pas à sa conception du keeping. " Je considère que le gardien est un joueur de champ qui a le droit d'utiliser ses mains. Et j'ai le sentiment que les gens ont découvert que le gardien savait jouer au pied en voyant Manuel Neuer à la Coupe du Monde. Sa métamorphose est due à la venue de Pep Guardiola au Bayern. J'ai eu la chance d'être formé à Nantes dans une des meilleures écoles qui soit où l'on considère le gardien comme un joueur à part entière. Il faudrait être idiot de se priver d'un onzième joueur... D'ailleurs à votre avis combien de kilomètres nos gardiens parcourent-ils pendant un match ? Plus de 6 km car ils sont toujours dans le réajustement. La défense monte de deux mètres, le gardien monte de deux mètres. Ce qui m'intéresse, c'est qu'un gardien augmente sa zone d'influence. Plus vous jouez bas, plus un gardien va se retrouver avec un grand nombre de joueurs devant lui et va être dans la mouise. Carlo Ancelotti l'a compris en venant à Chelsea alors qu'en Italie on a pour habitude de jouer bas sur phase arrêtée. " En Angleterre, le kick and rush a quelque peu été rangé au placard mais les duels aériens restent très intenses. Une donne à laquelle tout le monde ne peut être préparée. " On peut être un excellent gardien en faisant 1m80 mais pas en Angleterre. Avant on disait que les grands gardiens étaient des tracteurs, qu'ils mettaient trop de temps pour être au sol. Vous avez vu l'évolution des basketteurs ? Ils font 2m10 et ce sont des phénomènes d'explosivité. Même chose pour les handballeurs. Désormais, il y a une nouvelle génération qui est grande et explosive. Thibaut en fait partie. Au niveau de l'explosivité, c'est très fort. Il a une vitesse de réaction naturelle, quasi génétique. Il est toujours possible de l'améliorer encore quelque peu en travaillant la coordination entre le haut et le bas du corps. " Ce talent d'exception, Christophe Lollichon l'a décelé très tôt. " J'observais énormément de championnats à travers le monde et je regardais si un jeune gardien commençait à jouer. J'ai donc vu un jour qu'un certain Thibaut Courtois commençait à faire son trou et que d'après certains sites, il était pas mal du tout. L'un des scouts de Chelsea m'a dit plus ou moins au même moment d'aller jeter un oeil sur le jeune gardien de Genk. Je suis parti dès le week-end suivant le visionner. Quand je l'ai scouté, j'ai pris une claque. J'ai vu quelque chose que je n'avais plus vu depuis très longtemps : un gamin de 17 ans d'une maturité étonnante alors qu'il paressait par moments hors du match. J'avais parfois l'impression qu'il dormait et pourtant il était là et bien là. Il a un calme naturel qui lui évite d'être pollué par le stress et qui lui permet de se concentrer uniquement sur son keeping. Je pense qu'il tient ça de sa maman qui semble beaucoup plus détachée que son père qui lui est plus explosif. Sa sérénité vient de son entourage familial, des gens très honnêtes, équilibrés et des sportifs dans l'âme. Thibaut a baigné dans le sport. Il a touché au volley, il a d'ailleurs un corps et des impulsions de volleyeur. Quand il appuie, ça atteint des hauteurs impressionnantes. Il est très peu démonstratif mais ça ne l'empêche pas de penser. Il a une analyse assez fine quand on lui demande de parler de sa performance. C'est même très juste. Thibaut est tout à fait conscient qu'il est très fort. Eden Hazard et Thibaut Courtois ont ce même détachement, cette même décontraction par rapport aux événements. Ou alors ils dissimulent et c'est drôlement bien joué. J'ai l'impression que plus il y a d'enjeu plus ils sont à l'aise, plus ils se régalent. Je crains même qu'ils aient besoin de jouer des matches importants pour exprimer tout leur potentiel. " PAR THOMAS BRICMONT À LONDRES" Thibaut Courtois n'est pas fait, son corps est quasiment celui d'un d'adolescent. " " Plus il y a d'enjeu plus Thibaut et Eden sont à l'aise, plus ils se régalent. "