10-3 à la pause. Le petit Heysel tremble, la Géorgie aussi. Contre toute attente, la Belgique mène contre le quadruple tenant du titre ce 2 février 2013. C'est la première participation des Diables noirs à la Division 1A du Championnat européen des Nations, équivalent de l'antichambre du très fermé tournoi des VI Nations. Même s'ils s'inclinent finalement de justesse (13-17), les hommes de Richard McClintock réussissent leur entrée en matière.
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10-3 à la pause. Le petit Heysel tremble, la Géorgie aussi. Contre toute attente, la Belgique mène contre le quadruple tenant du titre ce 2 février 2013. C'est la première participation des Diables noirs à la Division 1A du Championnat européen des Nations, équivalent de l'antichambre du très fermé tournoi des VI Nations. Même s'ils s'inclinent finalement de justesse (13-17), les hommes de Richard McClintock réussissent leur entrée en matière. Il faut en avoir pour ne pas subir le joug des Lelos, tout particulièrement quand il vient de la main chaude de Mamuka Gorgodze, aka Gorgodzilla. La performance est donc de taille. Mais elle constitue l'unique véritable exploit belge sur les dix rencontres du tournoi. Un bon nul contre les Espagnols, huit autres défaites pour quatre petits points de bonus. Le bilan est maigre bien qu'encourageant. Les Diables redescendent fin 2014 pour mieux remonter. L'arrivée de Guillaume Ajac insuffle un vent nouveau. Avec neuf victoires sur dix possibles, les soldats du coach français sont logiquement sacrés. En clair, la Belgique n'a pas d'égal en D1B, au contraire de la D1A, et semble pour le moment vouée à faire l'ascenseur entre deuxième et troisième étages. L'accent mis par le staff sur la jeunesse a valeur d'espoir. Mais sur les 37 appelés pour le tournoi, les professionnels se comptent sur les doigts d'une main. " La fédération veut faire des efforts, mais le problème, c'est que les clubs français ne libèrent pas vraiment les joueurs ", explique Julien Massimi, pilier de 32 ans, déjà de la partie il y a quatre ans. " On leur dit : Je suis international belge et ils répondent : C'est bien, mais on s'en fout. " Au rugby, la 26e nation mondiale ne pèse pas très lourd dans la balance. La majorité des Géorgiens s'aguerrit à haut niveau en France, pareil pour les Roumains, quand les Russes bénéficient d'un championnat pro et les Espagnols d'une compétition semi-pro, qui rémunère plutôt bien ses joueurs et naturalisent les meilleurs dès que possible. Les Allemands, concurrents directs des Diables pour le maintien, mettent sensiblement la main à la poche pour développer leur ovalie. " On a de plus en plus de terrains synthétiques, ce qui est avantageux parce qu'avant, on avait des beaux terrains jusqu'en octobre puis jusqu'en juin, c'était des champs de boue et de cailloux ", poursuit Massimi, qui combine école de police et poste d'entraîneur-joueur à l'ASUB Waterloo. " Cela dit, on a encore une énorme marge de progression. Là, on est à la limite du niveau amateur, on n'a même pas les moyens de semi-professionnels... " Sur les " 37 ", seulement cinq évoluent à un niveau pro. Tous en France. Douze autres font le choix logique de progresser de l'autre côté de la frontière, dont sept en Fédérale 1, le troisième niveau français. Des chiffres qui démontrent la bonne santé du rugby belge, qui ne s'était jamais aussi bien exporté, mais aussi les difficultés de faire progresser son élite locale, la Bofferding Rugby League. Même poste mais sélection différente, Christophe Debaty est le frère de Vincent, ex-international français : " Les jeunes peuvent désormais rejoindre le centre de formation belge, qui se trouve au Sart-Tilman, à Liège. Le problème, c'est qu'ils le voient plus comme une sorte de tremplin. Ils font un an et partent en France. " " C'est ancré dans la culture française ", converge Massimi. " Malgré tous les efforts qui sont faits ici, c'est logique qu'il y ait de plus en plus de jeunes qui franchissent le pas. Les clubs français se renseignent plus en Belgique et il y a peut-être eu un petit effet Debaty. " Vincent Debaty est l'un des premiers joueurs belges à avoir signé un contrat pro. Repéré dès ses 18 printemps par La Rochelle, il opte pour le XV de France cinq ans plus tard. Son cadet préconise d'inverser le procédé : " On doit passer par là. Mais il faut aussi trouver des gars qui ont des grands-parents, voire des arrière-grands-parents belges... Même si on en récupère un seul, ça peut déjà faire une grosse différence. On est à mille lieux de ce que les autres peuvent faire. " L'Espagne aligne par exemple des Français d'origine ibérique, voire des anglophones venus monnayer leur talent. Bruno Lancelle, demi d'ouverture originaire du Var, a également gagné son ticket d'entrée chez les Diables pour avoir été domicilié trois ans en Belgique lorsqu'il portait les couleurs de Lille. Depuis son dépucelage en D1A, l'équipe de Guillaume Ajac tente de s'améliorer avec les moyens du bord et une réussite louable. Au courage, toujours : " Depuis mes débuts en 2003, il y a eu une grosse évolution. Avant, on était un peu plus axés sur les guindailles ", rembobine Massimi, rieur. " À titre personnel, je regrette un peu ce temps-là. Maintenant, disons qu'on doit performer dans un autre domaine... " Surtout que l'esprit de camaraderie a quelque peu du plomb dans l'aile. Plus de la moitié des joueurs de la sélection est amatrice et doit prendre des congés pour se rendre aux stages. " Il y a encore pas mal de joueurs qu'on ne connaît pas bien dans les appelés parce qu'ils ne sont pas libres habituellement. On va tout faire pour installer des automatismes rapidement ". Pour ce faire, coach Ajac réunit les siens pour dix jours à partir de ce mercredi mais ne pourra pas compter continuellement sur l'ensemble de son effectif. Nombreux sont ceux à ne pas pouvoir se libérer totalement. Une situation qui fait sens au vu du manque financier. Les appelés sont simplement défrayés pour leurs déplacements. " On est quand même nourris, logés, blanchis quand on se déplace. Et au moins, la sélection nous a permis de faire le tour d'Europe, voire du monde ", positive Christophe Debaty, international depuis 2001. " Mais c'est vrai qu'aujourd'hui, à part du respect, des bières et 40 balles, on n'a pas grand-chose. " C'est pourtant avec les outils les plus inattendus qu'on fabrique les plus belles histoires.PAR NICOLAS TAIANA - PHOTO SPORTKIPIK.BE