Notre terre

Aleksandar Boljevic (22 ans) : Nous n'avons jamais été très nombreux, pas même lors des batailles historiques. Mais nous avons toujours été très vaillants, nous ne nous sommes jamais repliés. Nous sommes prêts à mourir pour notre pays. Si un groupe de dix personnes attaque deux Monténégrins, ces deux-là ne prendront pas la poudre d'escampette. Cela me rend fier.

Mon village

J'ai grandi à Zeta, un village où les habitants possèdent de grands jardins. C'est très pratique pour ceux qui aiment jouer au football. Il y a beaucoup de paysans, des gens qui cultivent des tomates, des poivrons et d'autres légumes. Ils les vendent dix kilomètres plus loin, dans notre capitale, Podgorica. Ma mère cultivait aussi des légumes, autrefois. Et parfois, nous avions un cochon à la maison, que nous engraissions puis que nous abattions. Plus tard, ma mère est devenue chef-coq dans un hôtel. Mon père, lui, travaillait comme chauffeur de poids-lourd.

Notre référendum

Jadis, il y avait la grande Yougoslavie. Ensuite, quelques territoires ont pris leur indépendance mais il restait encore une petite Yougoslavie, dont le Monténégro faisait partie. Je me souviens très bien de cette époque, et surtout de la finale du Championnat du monde 2002 de basket, entre la Yougoslavie et l'Argentine. A partir de 2003, notre pays s'est appelé Serbie-Monténégro. Nous étions encore très forts dans tous les domaines, sportif et politique. C'était une très belle époque. En 2006, alors que j'avais dix ans, un référendum a été organisé et le Monténégro est devenu indépendant. Depuis lors, certaines choses se sont améliorées, d'autres pas. Notre équipe nationale, par exemple, n'est plus aussi forte, mais j'ai plus de chances d'en faire partie.

Notre monastère

Nous avons tout au Monténégro : on peut skier le matin et se prélasser sur la plage l'après-midi. C'est le grand avantage de notre petit pays : les montagnes, au nord, sont à deux heures et demie de route de la côte, au sud. Le mont Lovcen, qui est toujours enneigé, n'est qu'à dix minutes de la mer Adriatique, où le thermomètre peut grimper jusqu'à 35 ou 40 degrés. Par temps clair, on peut apercevoir l'Italie.

L'un de mes endroits favoris, au Monténégro, est le monastère d'Ostrog. Il est blotti au coeur d'un rocher, dans la ville de Niksic. Lorsque je prie dans ce monastère, je suis envahi par un sentiment divin. J'oublie tous mes problèmes. Je suis orthodoxe et c'est un monastère orthodoxe, mais on y trouve des gens de toutes les confessions, y compris des catholiques, car l'endroit est superbe.

Mon héros

Dejan Savicevic est le meilleur footballeur monténégrin de tous les temps. Il n'était pas très musclé, mais il avait un talent incroyable. Lorsqu'il jouait à l'AC Milan, il avait inscrit un but magnifique en finale de la Ligue des Champions contre Barcelone ( en 1994, ndlr).

Etrange en Belgique

Ici en Belgique, lorsque j'attends devant un feu rouge, je découvre toujours un grand emplacement dessiné sur le sol à l'usage des vélos. Lorsque je m'en suis aperçu pour la première fois, je me suis demandé : qu'est-ce que c'est que cela ? ! ( il rit) Lors de mes premiers mois à Eindhoven, j'ai presque tué dix cyclistes, toujours en tournant à droite ( il rit). Au Monténégro, on ne trouve pas beaucoup ce genre d'usagers de la route. Et il n'y a pas de piste cyclable, non plus, les deux-roues roulent là où ils se sentent le plus en sécurité. Je n'avais pas encore vu, non plus, des feux de signalisation pour les cyclistes, ni des couloirs spéciaux pour les bus. Aux Pays-Bas, le premier jour, lorsque j'ai voulu tourner à gauche, j'ai coupé involontairement la route d'un bus qui roulait derrière moi. Le chauffeur a klaxonné comme un fou. A Podgorica, les voitures, les bus, les camions et tous les autres usagers de la route empruntent le même couloir. Nous n'avons pas de voies rapides et pas de bouchons sur les routes. Le pays ne compte que 600.000 habitants, ne l'oubliez pas. Ici, tous les jours, on fait la file pendant des heures sur le ring d'Anvers.

ORIGINE - Montenegro

- Un peuple qui ne recule devant rien

- Un coca ne coûte que 50 centimes

- Les stations de ski et les plages se côtoient

- Mon héros : Dejan Savicevic

© Getty Images/iStockphoto
Aleksandar Boljevic (22 ans) : Nous n'avons jamais été très nombreux, pas même lors des batailles historiques. Mais nous avons toujours été très vaillants, nous ne nous sommes jamais repliés. Nous sommes prêts à mourir pour notre pays. Si un groupe de dix personnes attaque deux Monténégrins, ces deux-là ne prendront pas la poudre d'escampette. Cela me rend fier. J'ai grandi à Zeta, un village où les habitants possèdent de grands jardins. C'est très pratique pour ceux qui aiment jouer au football. Il y a beaucoup de paysans, des gens qui cultivent des tomates, des poivrons et d'autres légumes. Ils les vendent dix kilomètres plus loin, dans notre capitale, Podgorica. Ma mère cultivait aussi des légumes, autrefois. Et parfois, nous avions un cochon à la maison, que nous engraissions puis que nous abattions. Plus tard, ma mère est devenue chef-coq dans un hôtel. Mon père, lui, travaillait comme chauffeur de poids-lourd. Jadis, il y avait la grande Yougoslavie. Ensuite, quelques territoires ont pris leur indépendance mais il restait encore une petite Yougoslavie, dont le Monténégro faisait partie. Je me souviens très bien de cette époque, et surtout de la finale du Championnat du monde 2002 de basket, entre la Yougoslavie et l'Argentine. A partir de 2003, notre pays s'est appelé Serbie-Monténégro. Nous étions encore très forts dans tous les domaines, sportif et politique. C'était une très belle époque. En 2006, alors que j'avais dix ans, un référendum a été organisé et le Monténégro est devenu indépendant. Depuis lors, certaines choses se sont améliorées, d'autres pas. Notre équipe nationale, par exemple, n'est plus aussi forte, mais j'ai plus de chances d'en faire partie. Nous avons tout au Monténégro : on peut skier le matin et se prélasser sur la plage l'après-midi. C'est le grand avantage de notre petit pays : les montagnes, au nord, sont à deux heures et demie de route de la côte, au sud. Le mont Lovcen, qui est toujours enneigé, n'est qu'à dix minutes de la mer Adriatique, où le thermomètre peut grimper jusqu'à 35 ou 40 degrés. Par temps clair, on peut apercevoir l'Italie. L'un de mes endroits favoris, au Monténégro, est le monastère d'Ostrog. Il est blotti au coeur d'un rocher, dans la ville de Niksic. Lorsque je prie dans ce monastère, je suis envahi par un sentiment divin. J'oublie tous mes problèmes. Je suis orthodoxe et c'est un monastère orthodoxe, mais on y trouve des gens de toutes les confessions, y compris des catholiques, car l'endroit est superbe. Dejan Savicevic est le meilleur footballeur monténégrin de tous les temps. Il n'était pas très musclé, mais il avait un talent incroyable. Lorsqu'il jouait à l'AC Milan, il avait inscrit un but magnifique en finale de la Ligue des Champions contre Barcelone ( en 1994, ndlr). Ici en Belgique, lorsque j'attends devant un feu rouge, je découvre toujours un grand emplacement dessiné sur le sol à l'usage des vélos. Lorsque je m'en suis aperçu pour la première fois, je me suis demandé : qu'est-ce que c'est que cela ? ! ( il rit) Lors de mes premiers mois à Eindhoven, j'ai presque tué dix cyclistes, toujours en tournant à droite ( il rit). Au Monténégro, on ne trouve pas beaucoup ce genre d'usagers de la route. Et il n'y a pas de piste cyclable, non plus, les deux-roues roulent là où ils se sentent le plus en sécurité. Je n'avais pas encore vu, non plus, des feux de signalisation pour les cyclistes, ni des couloirs spéciaux pour les bus. Aux Pays-Bas, le premier jour, lorsque j'ai voulu tourner à gauche, j'ai coupé involontairement la route d'un bus qui roulait derrière moi. Le chauffeur a klaxonné comme un fou. A Podgorica, les voitures, les bus, les camions et tous les autres usagers de la route empruntent le même couloir. Nous n'avons pas de voies rapides et pas de bouchons sur les routes. Le pays ne compte que 600.000 habitants, ne l'oubliez pas. Ici, tous les jours, on fait la file pendant des heures sur le ring d'Anvers.