Renaud Lavillenie n'est pas un perchiste comme les autres. Avec son mètre septante-six et ses 69 kg, il fait figure de Lilliputien au pays d'Hercule. Doté d'un talent incroyable, il mise sur sa souplesse et sa vitesse plutôt que sur sa puissance, ce qui ne l'empêche pas de repousser chaque jour ses limites. " Il nous est déjà arrivé de sauter pendant plus de trois heures à l'entraînement ", expliquait-il l'an dernier à Libération. " Et quand les autres sont partis, j'ai continué jusqu'au soir. Vous voulez savoir ce qui me différencie de mes concurrents ? Je pense que j'aime davantage le sport qu'eux. "
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Renaud Lavillenie n'est pas un perchiste comme les autres. Avec son mètre septante-six et ses 69 kg, il fait figure de Lilliputien au pays d'Hercule. Doté d'un talent incroyable, il mise sur sa souplesse et sa vitesse plutôt que sur sa puissance, ce qui ne l'empêche pas de repousser chaque jour ses limites. " Il nous est déjà arrivé de sauter pendant plus de trois heures à l'entraînement ", expliquait-il l'an dernier à Libération. " Et quand les autres sont partis, j'ai continué jusqu'au soir. Vous voulez savoir ce qui me différencie de mes concurrents ? Je pense que j'aime davantage le sport qu'eux. " Selon son père, Gilles, champion régional de Poitou-Charente, il était écrit que le fiston serait perchiste. " A deux ans à peine, après l'entraînement, c'est lui qui rangeait mes perches dans les housses ", dit-il. " Chaque jour, il voulait m'accompagner. L'hiver, il s'ennuyait car au village, il n'y avait pas de salle. Alors, il faisait de la voltige, de la gymnastique artistique. Un sport tout aussi dangereux que la perche. " Son père attendait beaucoup de lui mais, dès l'adolescence, Lavillenie détermina lui-même ses objectifs. " Je me suis souvent demandé si je sautais pour faire plaisir à mon père mais la réponse était négative : je ne pouvais pas vivre sans la perche. " Toute sa vie est réglée en fonction du sport. Sa compagne, Anaïs Poumarat, est une bonne petite sprinteuse. Son frère, Valentin, a déjà franchi 5,65 mètres et son meilleur ami est son partenaire d'entraînement du Cognac Athlétique Club. En 2008, à l'âge de 21 ans, Lavillenie prend part à son premier tournoi international mais aux championnats du monde indoor à Valence, il ne franchit pas le cap des qualifications. L'année suivante, à Turin, il est sacré champion d'Europe en salle (5,81 m), décroche la médaille de bronze aux championnats du monde et franchit 6,01 m au Portugal, devenant ainsi le dix-septième membre du cercle fermé des six mètres. Et le plus petit ! Le plus modeste, peut-être, aussi : " Je n'ai encore rien prouvé. Je ne suis ni champion du monde, ni champion olympique ", déclare-t-il à l'époque. Trois ans après son premier saut à six mètres et malgré une période d'arrêt de trois mois à cause d'une fracture de la main, Airvillenie est intouchable. Champion du monde indoor pour la première fois à Istanbul, il remporte un nouveau titre européen et bat le record olympique pour décrocher la médaille d'or à Londres (5,97 m). Sergeï Bubka, son modèle, n'est jamais loin. " Nous nous sommes parlé l'an dernier. Il m'a dit qu'il ne s'était jamais entraîné à franchir six mètres, qu'il visait beaucoup plus haut. C'est pareil pour moi. " Lavillenie a beau être au-dessus du lot, il doit laisser le titre mondial à Raphael Holzdeppe, un Allemand de 23 ans qui n'a besoin que de deux sauts pour franchir 5,89 m alors que Lavillenie s'y reprend à trois fois. C'est sa seule défaite d'une saison outdoor au cours de laquelle il s'est permis quelques excursions, prenant part au prestigieux décathlon de Talence (6676 points) et aux 24 Heures du Mans moto. " La vitesse est ma deuxième grande passion ", dit-il. Au cours de l'hiver 2014, il reste intouchable et bat deux fois son record personnel : 6,04 m à Rouen et 6,08 m en Pologne, deuxième meilleure performance indoor de tous les temps. Le 15 février, à Donetsk, la ville où Bubka a porté le record du monde à 6,15 m 21 ans plus tôt, le sympathique français fait un centimètre de mieux que l'Ukrainien. Tout le monde est très ému, Bubka l'enlace. " Notre sport est entré dans une nouvelle ère ", déclare le champion olympique de 1988 à l'agence Associated Press. " Le fait que mon record soit battu par Renaud, une personnalité, rend la performance encore plus belle. Il est fait pour être recordman. " " Un record mythique à un endroit mythique ", titre L'Equipe qui, trois jours plus tard, rencontre un Lavillenie s'appuyant sur des béquilles. En tentant 6,21 m, il s'est mal reçu et les spikes de son pied droit ont déchiré sa cheville gauche. Résultat : 16 points de suture. " Un accident malheureux, propre à notre discipline ", dit-il. Le Français reste modeste tandis que le monde de l'athlétisme verse dans le superlatif. Jean Galfione, champion olympique à la perche à Atlanta en 1996, parle " d'un homme sans limites. Sauter plus haut que Bubka, c'est comme courir plus vite qu'Usain Bolt ou afficher de meilleures statistiques que Michael Jordan. Renaud n'est ni le plus grand, ni le plus puissant, ni le plus rapide. Il court le 100 mètres en 11 secondes, ce qui n'est pas exceptionnel. Mais avec une perche en main, c'est un phénomène. " Son prochain objectif : le record du monde outdoor (6,14 m) qui, depuis 1994, appartient à... Bubka. " Le fait d'avoir déjà sauté plus haut que Sergei en salle est déjà exceptionnel car, pour moi, il reste le plus grand. Les athlètes qui ont franchi 6 mètres au cours des cinq dernières années se comptent sur les doigts d'une main. Sergei, lui, y est arrivé à 46 reprises. J'analyse souvent les images de ses sauts, ça m'inspire et me motive. Sa technique, sa puissance et sa force mentale m'impressionnent ", dit Lavillenie dans spikesmag.com. " Je suis sûr qu'il aurait pu aller plus haut que 6,15 m mais il avait choisi de battre ses records du monde (17 outdoor et 18 en salle, ndlr) centimètre par centimètre. Dans L'Équipe, Lavillenie assure que les défis ne manquent pas. " Je veux être champion du monde et reconduire mon titre olympique. Le dernier perchiste à avoir fait cela, c'est Bob Richards dans les années 50 (1952 et 1956, ndlr). Même Bubka n'y est jamais arrivé. C'est mon prochain objectif. Et si j'y arrive, je tenterai de décrocher un troisième titre olympique en 2020. " ?PAR CHRIS TETAERT - PHOTOS: BELGAIMAGE" Sauter encore plus haut que Sergei Bubka, c'est comme courir plus vite qu'Usain Bolt. " Jean Galfione, champion olympique à la perche à Atlanta