Quatre lettres : RSCA pour Royal Sporting Club Anderlecht. Avec 31 titres de champion, 9 coupes de Belgique, 10 supercoupes, 3 Coupes d'Europe et 2 Supercoupes d'Europe, le Sporting présente sans aucun doute le plus beau palmarès du Royaume.
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Quatre lettres : RSCA pour Royal Sporting Club Anderlecht. Avec 31 titres de champion, 9 coupes de Belgique, 10 supercoupes, 3 Coupes d'Europe et 2 Supercoupes d'Europe, le Sporting présente sans aucun doute le plus beau palmarès du Royaume. Connu dans l'Europe entière, voire le monde, le club ne laisse pas indifférent les amateurs de foot : on l'aime où on le déteste. Et les Bruxellois peuvent se targuer de compter des supporters dans tout le pays : d'Ostende à Virton, de Tournai à Genk, dans chaque commune battent des c£urs mauve et blanc. Parmi les abonnés du stade Constant Vanden Stock, moins de 10 % seulement proviennent de la Région bruxelloise. C'est bien peu et cela entraîne inévitablement la question suivante : quelles relations entretient le club avec les Bruxellois et plus particulièrement les Anderlechtois ? Sport/Foot Magazine a mené l'enquête et est parti à la rencontre de plusieurs habitants de la troisième plus grosse commune bruxelloise (107.000) en termes de population. Première étape : le Parc Astrid, qui jouxte le stade. En ce dimanche après-midi ensoleillé, les scouts sont de sortie. Didier surveille ses troupes du coin de l'£il. " J'habite à deux pas et j'aime bien le foot donc forcément je suis supporter d'Anderlecht. Je pense que si j'avais habité Saint-Trond, j'aurais été fan du STVV. Enfin bon, il n'y a pas que la proximité qui joue non plus. Il y a les titres aussi. C'est important : Anderlecht, c'est le meilleur club de Belgique, c'est un grand club mais c'est aussi le club de ma commune et ça j'en suis fier ! Et puis ça met de l'animation dans les environs. Je ne vais pas tout le temps au stade mais les jours de match, c'est chouette, il y a du monde dans les rues, une bonne ambiance, les gens boivent un coup. Ça met de la vie dans le quartier, c'est positif. " En nous enfonçant un peu plus dans le Parc, nous rencontrons Jean. Attablé à la terrasse du " Loungetime " avec ses amis Mera et Cela, les propriétaires des lieux, Jean a tout connu à Anderlecht : du premier titre en 1947 jusqu'au dernier en passant par les glorieuses épopées européennes. Mais depuis quelques années, il a rendu son abonnement : " Je suis en rote contre le club depuis quelques années déjà. Je ne me reconnais plus dans cette équipe. Il n'y a que des étrangers. Et n'y voyez pas un quelconque racisme, j'ai des amis dans toutes les communautés. Je veux dire par là qu'il n'y a plus de véritables Anderlechtois. A une certaine époque, tous les joueurs venaient du coin. Ils travaillaient aux abattoirs, à la commune, on les croisait dans la rue. Aujourd'hui, il ne doit pas y en avoir un seul qui habite ici. Je me souviens du premier " étranger " arrivé, c'était Jef Mermans (sic) qui est venu du Tubantia Borgerhout. Maintenant, cet aspect local, convivial a disparu. J'adorais aller au stade, c'était une chouette sortie entre amis, avec femmes et enfants. Aujourd'hui, je n'oserais plus emmener d'enfants au stade. Je pense que c'est le côté foot business qui a tué ça petit à petit. Quand je vois ce que certains gagnent. Personne ne vaut autant d'argent. Dans le temps, quand un joueur rejoignait l'équipe, on lui donnait une machine à laver et il était content. A l'heure actuelle, si tu offres une Ferrari à Dieumerci Mbokani, il n'en voudra même pas, il en a déjà une. Je continue quand même à suivre les résultats du club mais s'il y a un beau film à la télé un jour de match, j'opte pour le film. " Cela acquiesce mais nuance : " Jean a raison mais il y a tout de même une chose qu'il ne faut pas oublier : le Sporting c'est Anderlecht. C'est important pour l'image de marque. Quand tu es à l'étranger et que tu dis que tu viens d'ici, on va d'office te parler de foot. "" Il faut aussi voir le côté économique de la chose ", ajoute Mera. " Moi je suis commerçant. Ici, on est déjà trop loin du stade pour ressentir un impact mais le club et ses supporters dynamisent le quartier. Il y a beaucoup de cafetiers qui auraient bien du mal à survivre si le RSCA n'était plus là. "En effet, Avenue Théo Verbeeck, place De Linde et dans les environs du stade, un grand nombre de cafés ont des noms footballistiques (La Coupe, la Mi-temps, le Stade,...), sans parler des snacks, des baraques à frites et des marchands ambulants. Qu'adviendrait-il de tout ce monde si le Sporting déménageait comme il a été un temps envisagé ? Pour Michel Demarque, propriétaire du café " The Champions ", rue Emile Versé, ça ne fait pas un pli : " Sans le Sporting, on peut tous mettre la clé sous le paillasson. Le foot c'est notre gagne-pain. Les soirs de match, je réalise environ 80 % de mes recettes du mois. Les autres jours, c'est juste pour qu'il y ait de la lumière. On a pu le remarquer pendant la rénovation de 1983. Anderlecht est parti jouer au Heysel pendant les travaux et ça a été très difficile. Moi je m'en suis sorti en organisant un tas de trucs, dont des déplacements en car, mais ceux qui n'ont rien fait, je ne sais pas comment ils s'en sont tirés. D'ailleurs, on parle beaucoup de l'agrandissement du stade et j'y suis favorable. Pas du simple au double bien sûr. 50.000 personnes, ce serait difficile à gérer mais passer à 35.000 places serait profitable à tous. " Déménagement, agrandissement : Anderlecht est à l'étroit au stade Constant Van Den Stock et de nombreuses pistes ont été explorées. Si la possibilité de quitter le Parc Astrid semble avoir été écartée, le projet d'agrandissement est bien présent mais parmi les plus proches voisins, certains grincent des dents. Marc Vanwelde fait partie du comité de quartier des riverains du RSCA. " D'abord je dois dire que je ne suis absolument pas contre le football. J'y ai joué moi-même pendant des années. Mais vivre au quotidien avec le stade à deux pas de chez soi est plus difficile qu'on ne le pense. Il y a énormément de nuisances. Les jours des matches, plusieurs rues sont fermées, il est impossible de circuler en voiture. Les supporters se garent n'importe où et, si vous en aviez l'intention, vous pouvez tout de suite oublier l'idée d'inviter des amis à manger chez vous. Il y a énormément de bruit jusque tard le soir puisque les supporters ont le droit de rester sur les terrasses des cafés deux heures après la fin du match. Pour une rencontre de Coupe d'Europe en semaine, ça signifie du bruit jusqu'à une heure du matin. Après une joute, si vous avez le malheur de sortir, il faut slalomer entre les déchets en tous genres. Et c'est sans parler des dégradations que les supporters causent. Rétroviseurs brisés, sonnettes arrachées et projectiles dans les carreaux ne sont pas rares. Et personne n'en assume la responsabilité. Le seul espoir de se faire indemniser est de se retourner contre l'auteur des faits, ce qui est souvent impossible. Tout ça alors que l'on parle souvent de " matches à risques " ! Avoir un tel stade dans un centre urbain est une aberration de nos jours. Partout, les nouveaux stades sont construits en périphérie. L'accès y est plus facile et les voisins ne sont pas embêtés. Des pistes ont été proposées mais elles seraient trop chères. Quand je vois le prix de certains transferts je m'interroge. Et le projet d'agrandissement du stade existe toujours ! La commune a même signé un accord-cadre dans lequel elle s'engage à ne pas remettre en cause l'économie du projet. Ça en dit long sur les intentions du collège échevinal qui parle de modernisation du stade et non pas d'agrandissement. Pourtant les travaux prévus sont lourds. La hauteur de la façade du nouveau stade serait de 45 à 48 mètres contre 28 actuellement. Ça représente plus de 70 % d'augmentation. Vous imaginez l'incidence d'un tel mastodonte sur le voisinage proche en termes de lumière ? Et les moins-values immobilières que cela va entraîner ? Le club et la commune ne parviennent déjà pas à gérer les supporters actuels et on voudrait qu'il y en ait encore plus ! Je voudrais aussi rappeler que le RSCA est une société anonyme à but commercial. Doit-on sacrifier le bien-être des riverains pour cela ? Certains ont tenté de minimiser le nombre de mécontents mais nous avons fait circuler une pétition qui a récolté plus de 1.200 signatures. C'est tout de même significatif. Une chose est certaine, nous ne nous laisserons pas faire. "Changement de décor. Nous quittons le stade et ses environs pour le quartier de la Roue. Proche du canal, cette " cité-jardin " est un des plus grands quartiers de la commune. Les maisons se suivent et se ressemblent. Place Ministre Wauters, le terrain de mini-foot en béton est encerclé par les travaux, mais cela n'empêche pas Michaël, Nicolas et leurs potes de discuter tranquillement, assis sur un banc en ce mercredi après-midi. Tous deux sont abonnés au Sporting et ne manqueraient une rencontre pour rien au monde. " Ma première fois au stade, c'était lors de la superbe campagne en Ligue des Champions 2000-2001, époque Radzinski- Koller. ", explique Nicolas. " On avait gagné 2-1, c'est un super souvenir. " " Moi, je ne me suis jamais posé la question de savoir quelle équipe supporter, ça a toujours été évident ", poursuit Michaël. " J'habite Anderlecht, je soutiens Anderlecht, c'est normal. Et puis, il y a l'influence de la famille. Mon père est aussi supporter du club. Il m'a emmené au stade quand j'étais encore petit. C'était super impressionnant. Je me souviens que le O-side me faisait peur. Aujourd'hui, j'en fais partie et je suis là à chaque match. " Mais est-on forcément un acharné du Sporting quand on vit à la Roue et qu'on aime le foot ? " Oui, les gens soutiennent Anderlecht mais ils ne sont pas forcément aussi mordus que nous ", avance Nicolas. " La preuve, quand on perd un match contre le Standard, certains me charrient dans le quartier ", ajoute Michaël. " Ils se moquent mais, en fait, ils s'en foutent du Standard. Ils préfèrent Anderlecht mais ils suivent ça de loin, c'est juste pour me faire enrager. Dans les plus jeunes, il y en a beaucoup qui ne s'intéressent pas au foot belge. Ils préfèrent regarder les gros matches de Ligue des Champions avec Lionel Messi ou CristianoRonaldo. Par contre, chez les plus vieux, c'est Anderlecht qui compte avant tout. Vous pouvez vérifier, il suffit de sonner aux portes et demander. Une chose est sûre, je suis fier d'être Anderlechtois ! Quel autre club belge a gagné trois Coupes d'Europe ? Et les trois étoiles sur le maillot pour les 31 titres ? Personne peut en dire autant, hein ? " Dernière étape : Cureghem. La maison communale, la rue Wayez et ses commerces, un quartier bien vivant. Près de l'Athénée Royal Leonardo da Vinci, le stade communal Franky Vercauteren est rarement vide. Chaque après-midi, les jeunes du coin, principalement d'origine maghrébine (25 % de la population de la commune n'a pas la nationalité belge) viennent y taper le ballon entre amis. Habillé aux couleurs du Sporting, Kamel s'étonne quand on lui demande s'il suit les résultats du club : " Evidemment, je joue au RSCA. On nous dit toujours les résultats de l'équipe première et donc forcément je suis un peu. " Plus loin, Bilal ne partage pas son avis. " Franchement, pour être honnête, Anderlecht, je m'en fous un peu. J'habite ici, donc s'ils gagnent, tant mieux, mais s'ils perdent j'en fais pas une maladie. En vérité, je m'intéresse très peu au foot belge. C'est pas une compétition qui fait rêver. Il n'y a pas de vrais grands joueurs. Moi, ce qui me plaît c'est l'Espagne, l'Angleterre. Là il y a des grands clubs avec des vedettes : Ronaldo, Messi, Karim Benzema, Wayne Rooney, Zlatan Ibrahimovic,... C'est autre chose qu'ici quand même. Cette année, ils jouent la ChampionsLeague mais il n'y a pas vraiment de gros clubs qui vont venir. J'aurais été tenté d'aller au stade pour voir le Barça ou Chelsea mais je ne sais même pas si je l'aurais fait. T'as vu combien ça coûte pour une place ? Avant, je m'intéressais un peu plus. Y'avait Boussoufa. Ça c'était un terrible joueur. Mais depuis qu'il est parti, ça craint un peu à Anderlecht. " Mbark Boussoufa, un nom qui revient souvent dans les conversations alors que le joueur a mis le cap sur la Russie depuis plus d'un an et demi. Phénomène d'identification ? " Bien sûr qu'il y a de ça ", explique Younès. " Bous c'est un Marocain comme beaucoup d'entre nous ici, alors forcément quand il était là, on aimait bien. C'était le chouchou. Et puis c'était un beau joueur avec de la technique, des dribbles. Maintenant Mbokani est pas mal mais c'est pas la même chose. Peut-être que s'il y avait de nouveau quelques Marocains dans l'équipe, on s'intéresserait plus, on irait parfois au stade. " Sans doute, une bonne piste de réflexion pour les dirigeants mauves. PAR JULES MONNIER - PHOTOS: ARNAUD GHYS" Le foot business a tué la convivialité qu'il y avait au stade. "" Un tel stade dans un centre urbain est aberrant à notre époque. "" Sans le Sporting, tous les cafés du quartier peuvent mettre la clé sous le paillasson. "