Qatar, pays aussi grand que la Belgique mais bien plus riche que notre royaume. Grâce au pétrole dans un premier temps, au gaz ensuite. L'émirat est ainsi devenu le troisième pays exportateur de gaz naturel derrière la Russie et l'Iran. Depuis 1995, le pays est dirigé par l'émir Hamad bin Khalifa Al Thani qui a renversé son père. Sur le plan international, le Qatar se cherche une visibilité. Ce que le pétrole et le gaz ne lui ont pas donné ! Alors, les dirigeants ont choisi la voie du sport pour se faire connaître. Rachat de clubs européens (Malaga et le PSG) ou organisation de la Coupe du Monde de football 2022 sont les pans les plus visibles de cette stratégie bien plus globale qu'il n'y paraît puisque tous les événements sportifs sont ciblés.
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Qatar, pays aussi grand que la Belgique mais bien plus riche que notre royaume. Grâce au pétrole dans un premier temps, au gaz ensuite. L'émirat est ainsi devenu le troisième pays exportateur de gaz naturel derrière la Russie et l'Iran. Depuis 1995, le pays est dirigé par l'émir Hamad bin Khalifa Al Thani qui a renversé son père. Sur le plan international, le Qatar se cherche une visibilité. Ce que le pétrole et le gaz ne lui ont pas donné ! Alors, les dirigeants ont choisi la voie du sport pour se faire connaître. Rachat de clubs européens (Malaga et le PSG) ou organisation de la Coupe du Monde de football 2022 sont les pans les plus visibles de cette stratégie bien plus globale qu'il n'y paraît puisque tous les événements sportifs sont ciblés. Le cyclisme y débarque maintenant chaque année en janvier pour débuter l'année. Le tennis y a son tournoi ATP, prisé par les plus grands joueurs, le golf son Open et la moto son Grand Prix. En 2015, le Qatar organisera le championnat du monde de handball. Rien de bien exceptionnel, sauf si on regarde la concurrence. La France, qui a tout gagné ces dix dernières années, espérait être récompensée par l'organisation de l'épreuve mais l'argent qatari a tout balayé sur son passage. Doha, 18 mai 2011. Ce jour-là, le triumvirat anderlechtois au grand complet débarque dans ce pays du Golfe. Une première puisque jamais les trois hommes forts d'Anderlecht ( Roger Vanden Stock, Philippe Collin et Herman Van Holsbeeck) ne prennent la peine de se déplacer ensemble pour visualiser un projet. Doha, capitale du Qatar, siège d' Al-Jazira et ville de l'impossible. Comme le projet The Pearl, cet îlot artificiel construit sur le golfe Persique en réaction au projet du même acabit, The Palms dans l'émirat voisin de Dubaï. Le 18 mai, le trio mauve est accompagné de l'agent de joueurs Nenad Petrovic, clé d'entrée dans cet émirat, et de Bertrand Crasson qui s'est lancé dans une collaboration avec Petrovic. Est également présent le CEO de l'entreprise de construction belge, Besix, Johan Beerlandt, grand supporter d'Anderlecht et dont l'entreprise sera impliquée dans l'extension du nouveau stade. Le projet s'est mis en route un peu plus d'un mois plus tôt, le 15 avril, lors d'un meeting entre Van Holsbeeck et Petrovic. Herman Van Holsbeeck, séduit par les débouchés, en parle aux deux autres dirigeants et les persuade de se rendre à Doha. Du 18 au 26 mai, les têtes pensantes du club de la capitale étaient donc au Qatar. En quelques jours, les visites et les rendez-vous vont se succéder. Au programme : réception avec l'ambassadeur belge Luc Devolder, avec Bruno Metsu (ancien sélectionneur du Qatar, aujourd'hui en charge du club de Doha, Al Gharrafa), avec Milan Rajevac (sélectionneur du Qatar, mais également avec Saeb Motassem qui gère les fonds privés du Premier ministre) et avec Jassim Al Rumhaini (secrétaire général du club d'Al Saad, qui appartient au cheikh Jassim, le fils de l'émir, un des hommes les plus influents dans le football qatari). C'est lors de cette visite à Doha que les dirigeants anderlechtois rencontreront également Milan Jovanovic au Four Seasons. Cet étalage de luxe, d'accueil et de professionnalisme a complètement séduit le trio bruxellois. Mais dans quel but Anderlecht s'est-il déplacé ? Pour visualiser le projet ASPIRE et y prendre part. ASPIRE est le centre d'excellence du sport de Doha, qui appartient à l'Etat du Qatar. Ce centre est ultramoderne, avec le plus grand dôme multisport couvert du monde et notamment un stade de football de 6.000 places. Ce centre est situé juste à côté du stade national et de l'Aspetar Hospital, dirigé par Hakim Chalabi, ancien médecin du PSG, et spécialisé dans le sport et la recherche au niveau de la performance humaine. Il comprend un centre de revalidation qui a notamment accueilli ces derniers mois Ahmed Hassan et Jovanovic. ASPIRE, c'est un peu le centre de la stratégie qatarie dans le football. Car le but du Qatar est d'obtenir une équipe performante pour la Coupe du Monde 2022. Or, le Qatar ne dispose que d'un réservoir de 340.000 Qataris. Difficile dans ces conditions-là de bâtir une équipe compétitive. Pour améliorer la qualité de son équipe, le pays a décidé de faire progresser ses joueurs et son championnat. Pour le championnat, le Qatar offre des ponts d'or à des entraîneurs renommés et à des joueurs. Mais cela ne décolle pas à cause de la chaleur mais aussi du manque de réactivité locale. Pour les Qataris, faire du sport n'est pas une nécessité première. Reste alors à former les joueurs. Selon deux axes. Former les locaux à Aspire Doha et créer une Académie en Afrique. Cette dernière se trouve à Sali, au Sénégal. En collaboration avec Barcelone, une cellule de scouting a été mise sur pied et sillonne 14 pays africains pour dénicher les meilleurs joueurs de 10 à 13 ans. 400.000 joueurs ont été visionnés. Après affinage, ASPIRE n'en retient que 100. Les trois-quatre meilleurs vont directement à la Masia de Barcelone ; les autres à Sali. C'est là qu'ils vont être formés et passer des tests sous la houlette d' Arnold Rijsenburg (ex-Standard et Anderlecht, qui a notamment formé Marouane Fellaini, Romelu Lukaku, Axel Witsel et Christian Benteke). Pendant plusieurs années, ces joueurs africains vont sillonner les tournois européens en compagnie des meilleurs Qataris. Et vers 16 ans, les meilleurs rejoignent le centre de Doha, où tous les entraîneurs sont professionnels, diplômés et gagnent ce que peut gagner un entraîneur de D1 belge. On y trouve notamment Paul Nevin, ancien entraîneur adjoint de Fulham. C'est là qu'interviendraient Nenad Petrovic et Anderlecht. A la fin de leur formation, ces jeunes Africains, attirés pour prendre à terme la nationalité qatarie et intégrer l'équipe nationale, n'avaient, jusqu'à présent que le choix de rejoindre un club qatari. Or, le niveau du championnat demeure affligeant et l'AFC ( Asian Football Confederation) ne permet que trois étrangers et un communautaire par club. Il y a donc peu de places pour les joueurs africains d'ASPIRE. Petrovic a donc proposé à Anderlecht de servir de base arrière à ces joueurs. Les meilleurs pourraient renforcer directement l'équipe première mauve et blanche, les moins aguerris pourraient être prêtés à des clubs amis. Si on perçoit très bien le bénéfice que pourrait tirer Anderlecht, on se demande pourquoi les Qataris offriraient leurs meilleurs produits à un club moyen européen. Pour deux raisons : la première est une raison économique. Le Qatar tente de se positionner sur le marché européen et cherche une visibilité. Après avoir pris pied à Barcelone (sponsor maillot), à Paris, et en Angleterre (rachat du grand magasin de luxe Harrods), le Qatar cherche à imposer sa compagnie aérienne, deuxième fer de lance de la stratégie qatarie après le sport. Qatar Airways veut devenir une compagnie mondiale reconnue pour sa qualité, son service et également ses liaisons. Dans cette optique, Bruxelles, capitale de l'Europe les intéresse particulièrement et ce n'est d'ailleurs pas un hasard si Qatar Airways vient d'ouvrir des liaisons sur Bruxelles. Anderlecht pourrait également entrer en collaboration avec la compagnie aérienne et lui servir de support publicitaire (échanges commerciaux, voire même naming du nouveau stade). Outre son statut de capitale de l'Europe, Bruxelles plaît également au Qatar par son statut... francophone. Or, l'émir est reconnu pour sa francophilie. La deuxième raison est plus pratique. Le championnat belge dispose d'une législation favorable pour recevoir les extracommunautaires (contrairement au championnats espagnol, italien, anglais et même hollandais où les extracommunautaires coûtent très cher). De plus, la Belgique est réputée pour trois de ses centres de formation : celui du Standard, d'Anderlecht et de Genk. Avoir un accord avec Anderlecht garantit une bonne fin de formation aux jeunes d'ASPIRE. De leur périple dans le Golfe, les dirigeants anderlechtois sont donc revenus enchantés. Toutes les parties, dont la haute direction d'ASPIRE confiée à l'Allemand Andreas Bleicher, ont marqué leur accord pour débuter la collaboration, qui pourrait durer jusqu'à la Coupe du Monde 2022, et il ne reste plus qu'à finaliser le projet. Cela passe par le sommet de l'émirat. Or, pour le moment, les grosses chaleurs (la période du big heat) ont poussé tous les Qataris richissimes vers l'Europe ou les Etats-Unis. Cette période sera suivie par le ramadan au mois d'août. Ce n'est donc qu'en septembre que la collaboration sera conclue et officialisée. Mais la visite des dirigeants anderlechtois à Doha n'a pas tourné qu'autour du projet ASPIRE. Ils ont également tiré beaucoup d'enseignements de la visite du stade national, Khalifa Stadium. Ce stade a été, en effet, agrandi par Besix à partir d'un stade existant pour atteindre la capacité de 55.000 places. Soit à peu près le même projet que celui de l'agrandissement du stade Constant Vanden Stock. Si la collaboration aboutit, Anderlecht peut également espérer davantage que des joueurs. Pas à pas, le club bruxellois pourrait fidéliser et convaincre les Qataris qui pourraient très vite injecter 5 à 10 millions d'euros sous formes d'accords commerciaux ou d'organisation de camps d'entraînement hivernaux au Qatar. A terme, le marché qatari pourrait même être un débouché important pour la vente de joueurs anderlechtois. Plutôt que de chercher d'écouler ses meilleurs éléments à très bon prix en Russie, Anderlecht se tournerait vers le Qatar, d'autant plus que ce pays est friand d'Argentins et de Brésiliens et qu'Anderlecht s'est déjà positionné sur ce marché-là... En 2004, Anderlecht avait conclu un accord de coopération avec le FC Bibo, un des nombreux centres de formation dont regorgeait à l'époque la capitale ivoirienne, Abidjan. D'emblée, ce partenariat avait porté ses fruits puisque, une année plus tard à peine, le Sporting accueillit un premier joueur issu de cette école destinée aux jeunes de 8 à 16 ans : Cheikh Tioté. Dans la foulée, ce fut au tour de son compatriote Bakary 'Bouba' Saré d'aboutir au Parc Astrid en 2006. Depuis lors, toutefois, plus aucun jeune formé sur place n'a rallié le RSCA, ce qui a poussé ses dirigeants à rompre, il y a deux ans, l'engagement avec cette cellule. Idem avec la Kadji Sports Academy de Douala, au Cameroun, qui, entre 2005 et 2009, ne vit converger qu'un seul élément vers Bruxelles : Sébastien Siani. " C'est l'argent qui a tout tué ", observe Werner Deraeve, responsable de la prospection du RSCA en Afrique et en Amérique du Sud. " Au départ, il n'y a rien à redire : en échange de ballons et de quelques jeux de maillots, ils mettent tout en £uvre pour polir un joueur chez eux. Mais d'année en année, ils se montrent toujours plus gourmands sur le plan financier. Finalement, c'est cet aspect qui prend le pas sur tout. Au moment où nous avons entamé notre collaboration avec la Kadji Sports Academy, c'étaient des joueurs de la rue qui s'y épanouissaient. Actuellement, on n'y trouve plus que des gosses de riches. Le topo n'est évidemment plus le même car ceux-là n'ont pas besoin du football pour bien vivre ". A présent, c'est vers le Congo que les regards sont tournés au Sporting. Avec deux axes : le premier concerne un partenariat au plus haut niveau avec le Tout-Puissant Mazembe, meilleur club africain du moment et dirigé par Moïse Katumbi, hommes d'affaires et gouverneur du Katanga. L'autre a trait à une synergie avec le FC Rojolu (initiales de Romelu et Jordan Lukaku, club fondé par Roger Lukaku) qui évolue en EPFKIN (Entente Provinciale du Football de Kinshasa). " Les deux projets sont différents ", poursuit Deraeve. " Avec le Tout-Puissant Mazembe, l'objectif est d'être prioritaire en matière de recrutement. Et il y a incontestablement des joueurs de valeur à Lubumbashi, comme Dieumerci Mbokani autrefois ou Patou Kabangu et Alain Kaluyituka Dioko aujourd'hui. S'ils sont mis sur le marché, ce qui sera sans doute le cas en octobre au terme des matches de la LINAFOOT, le championnat national, nous serons les premiers avisés. Pour ce qui est du FC Rojolu, qui compte une équipe première et des formations en classes d'âge, l'objectif est de créer une cellule élite chez eux, comme c'est le cas chez nous à Neerpede. Formés sur place, les meilleurs d'entre eux convergeront par la suite vers le RSCA via un système de passerelles entre les clubs. Ici aussi, nous aurons le premier droit de regard. Mais, dans un cas comme dans l'autre, les termes exacts de l'accord doivent encore être mis sur papier. Idem, en Amérique du Sud, pour notre collaboration avec le Belgrano Cordoba où nous avons recruté Matias Suarez et Pablo Chavarria. Mais à présent que ce club est en D1, les prix risquent de gonfler sérieusement et de ne plus être à la portée de notre bourse ". PAR STÉPHANE VANDE VELDE ET BRUNO GOVERS" A Abidjan et Douala, c'est l'argent qui a tout tué... "