Souvent, dans les travées du Kehrweg, on parlait de départ sur la pointe des pieds. La nomination de Beñat San José pour succéder à Claude Makélélé avait beau redonner un accent espagnol au staff technique eupenois, le mercato de l'été dernier ressemblait surtout à un puzzle constitué à la sauvette, sans véritable fil conducteur. Orphelins de Josep Colomer, ancien directeur de la Masia qui dictait la destinée du club depuis son retour parmi l'élite, les Pandas avancent alors sans destination sur le navigateur, et ne doivent leur maintien qu'à l'organisation défensive mise en place par leur coach et aux buts hivernaux de Smail Prevljak.
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Souvent, dans les travées du Kehrweg, on parlait de départ sur la pointe des pieds. La nomination de Beñat San José pour succéder à Claude Makélélé avait beau redonner un accent espagnol au staff technique eupenois, le mercato de l'été dernier ressemblait surtout à un puzzle constitué à la sauvette, sans véritable fil conducteur. Orphelins de Josep Colomer, ancien directeur de la Masia qui dictait la destinée du club depuis son retour parmi l'élite, les Pandas avancent alors sans destination sur le navigateur, et ne doivent leur maintien qu'à l'organisation défensive mise en place par leur coach et aux buts hivernaux de Smail Prevljak. Difficile, au sein de ce bouillon de culture footballistique, d'encore voir la trace d'Aspire, le géant qatari qui a permis à Eupen de retrouver l'élite du football belge il y a quatre ans. Depuis l'éclosion spectaculaire d' Henry Onyekuru, les produits de l'Académie financée par le Qatar ont rarement fait vibrer les cantons de l'Est. Le départ de Lazare Amani pour Charleroi, l'hiver dernier, semblait presque mettre un terme à la dispersion progressive des enfants d'Aspire, après avoir vu Eric Ocansey rejoindre Courtrai et Moussa Wagué atterrir à Barcelone. Au Kehrweg, on avait d'ailleurs confié le mercato de janvier à Siggi Marti, plus proche des réseaux allemands en sa qualité d'ancien directeur du recrutement de Mayence. Le retour de Jordi Condom a tout changé. Sur son CV, le coach qui avait permis aux Pandas de retrouver la D1 affiche non seulement des voyages africains pour superviser les détections de talents du projet Aspire, mais aussi un passage de six ans comme coach au sein de la Masia, le prestigieux centre de formation du FC Barcelone. Forcément, le Catalan conserve de nombreux contacts au sein de son ancien club, et les liens entre Eupen et le Barça, déjà mis en lumière lors de l'arrivée étonnante de Jeffren en D2 belge voici quelques années, sont revenus sous les projecteurs avec le transfert d' Adriano Correia, vainqueur de deux Ligues des Champions et quatre Ligas avec les Blaugranas. Sans compter que le nom de Victor Vázquez, ex-prodige de la Masia et ancien maître à jouer de Bruges, circule également avec insistance dans l'est du Royaume à l'heure d'écrire ces lignes. Dans les tribunes clairsemées de l'enceinte eupenoise, dimanche après-midi, la victoire brugeoise est scrutée de près par un certain Ivan Bravo. Ancien dirigeant du Real Madrid, l'Espagnol est aujourd'hui le directeur général d'Aspire. Comme une preuve supplémentaire que l'investisseur qatari semble à nouveau s'intéresser à sa pépinière belge. Débarqué en janvier dernier, Isaac Nuhu, unique buteur des germanophones cette saison, était pourtant présenté comme l'un des derniers académiciens sorti des écoles africaines d'Aspire, prêtes à mettre la clé sous le paillasson. Et semblait indirectement annoncer le coup de sifflet final des investissements qataris dans les cantons de l'Est. La deuxième pige eupenoise de Jordi Condom est peut-être le coup d'envoi d'une nouvelle phase de la collaboration. Rompu aux joutes du championnat, qu'il a eu l'occasion de découvrir en passant 54 matches sur le banc des Pandas au sein de l'élite, le Catalan semble vouloir constituer un noyau qui mixe valeurs sûres du championnat belge ( Benoît Poulain, Stef Peeters ou Amara Baby), jeunes talents prometteurs (Nuhu, mais aussi Ignace N'dri ou Julien Ngoy) et tauliers internationaux, à l'image d'Adriano. Un cocktail qui doit permettre aux Pandas de réaliser la meilleure saison de leur courte histoire au sommet du football belge. Jusqu'à présent, les 32 points acquis par Makélélé en 2019, assortis d'une douzième place, constituent le record local. En s'imposant lors de la trentième journée, San José aurait pu atteindre les 33 unités l'an dernier. Dans les cantons de l'Est, on rêve aujourd'hui de la barre des quarante.