Qu'avez-vous fait de ces derniers 10 ans ? Entre 1994 et 2004, dates d'affiliation de Toni Brogno au Sporting de Charleroi, le joueur a changé. L'homme aussi. Le petit Antonio a bien roulé sa bosse : un an au Sporting, deux à l'Olympic, trois à Westerlo, deux à Sedan, à nouveau deux à Westerlo. Son bilan en D1 belge et française : 172 matches et 74 buts. Mais aussi 7 rencontres avec les Diables Rouges. Il détaille, avec la maturité de ses 30 ans, l'alphabet que nous avons composé pour lui.
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Qu'avez-vous fait de ces derniers 10 ans ? Entre 1994 et 2004, dates d'affiliation de Toni Brogno au Sporting de Charleroi, le joueur a changé. L'homme aussi. Le petit Antonio a bien roulé sa bosse : un an au Sporting, deux à l'Olympic, trois à Westerlo, deux à Sedan, à nouveau deux à Westerlo. Son bilan en D1 belge et française : 172 matches et 74 buts. Mais aussi 7 rencontres avec les Diables Rouges. Il détaille, avec la maturité de ses 30 ans, l'alphabet que nous avons composé pour lui. Toni Brogno : " La poussée d'adrénaline que ressent le buteur qui vient de mettre la balle au fond, ça me manque. Ce sont des sensations qu'on ne peut ressentir dans aucune autre situation et j'en ai été trop souvent privé à mon goût au cours des quatre dernières saisons. Dès qu'on les a découvertes, on ne peut plus s'en passer. Et ces sensations sont encore plus fortes quand on se remet à marquer après une longue période sans but. Chaque fois que je score, je pense dans un premier temps à ma famille, puis aux supporters qui ont donné de l'argent en espérant recevoir du bonheur en retour ". " J'ai commencé à porter une barbichette il y a pas mal de temps. Je le faisais par périodes : deux ou trois semaines, puis je rasais tout. Depuis six ou sept ans, je la porte à temps plein. Je ne cherche pas à m'identifier à qui que ce soit ou à avoir à tout prix un look reconnaissable : je veux seulement être bien dans ma peau, et c'est le cas avec mon visage actuel. Mais il y a un temps pour tout et, un jour, je redeviendrai plus classique ". " Jan Ceulemans était l'entraîneur idéal pour remplacer Jos Heyligen à Westerlo. Ils ont de nombreux points communs. Ils sont simples, calmes et parlent très peu. On ne peut pas dire que la communication soit leur point fort, mais aucun joueur ne s'en est jamais plaint. Dès que l'on comprend qu'il ne sert à rien de faire un long discours là où trois mots suffisent, on adhère à leurs méthodes. Les séances de théorie de Ceulemans durent cinq minutes tout au plus. Il dit que, si ça s'éternisait, les joueurs auraient sur les épaules une pression supplémentaire et inutile. Leur approche convient parfaitement à un club familial comme Westerlo. Je suis sûr qu'un entraîneur qui essayerait de serrer la vis se planterait vite là-bas ". " Je n'ai pas fait définitivement une croix sur l'équipe nationale, mais je ne suis pas idiot : Aimé Anthuenis a aujourd'hui beaucoup d'autres noms que le mien en tête. Il a décidé de renouveler les cadres, de miser sur des jeunes : tout cela ne joue évidemment pas pour moi. Et, de toute façon, si je n'ai pas été retenu pour l'EURO 2000 alors que j'avais marqué 30 buts, ce n'est pas demain qu'on va me rappeler. Je me dis simplement que mes matches avec les Diables ont été une très chouette expérience que jamais personne ne pourra m'enlever. Je ne me fixe plus du tout sur la sélection : Charleroi d'abord ". " Autant je ne rêve plus de l'équipe nationale, autant je continue à espérer une nouvelle expérience en Coupe d'Europe. J'y ai goûté deux fois : avec Charleroi contre le Rapid Bucarest, puis avec Sedan contre les Tchèques de Pribram û j'avais marqué deux buts au match retour. Une qualification européenne peut se présenter au moment où on s'y attend le moins. Si Westerlo, La Louvière et Beveren l'ont fait, pourquoi pas Charleroi ? Chaque saison, toutes les équipes ont leur chance. Retourner sur la scène européenne est un de mes objectifs, mais je me dis que des joueurs ayant fait une carrière bien plus intéressante que la mienne ne se sont jamais produits à ce niveau et ça me fait du bien ". " Jacky Mathijssen nous a demandé, dès le premier entraînement, de ne pas appeler Dante par son prénom. C'est Coach. Pour moi comme pour les autres. Et c'est mieux comme ça. Je tiens à être mis sur le même pied que tous mes coéquipiers. Je suis assez grand pour savoir faire la part des choses, et Dante aussi : nous sommes des frères dans la vie de tous les jours, mais nous avons une relation entraîneur/joueur dès que nous arrivons au stade. Je ne veux surtout pas mélanger la famille et le boulot. Et je ne serai jamais la taupe qui lui rapporterait, en dehors du stade, les petits problèmes qui pourraient surgir dans le noyau ". " J'ai appris la valeur de l'argent quand je partais travailler à la SONACA, une entreprise de Charleroi qui fabrique des pièces d'avion, avec ma gamelle. J'y repense souvent. Je bossais le jour et je m'entraînais le soir avec le noyau B du Sporting. Quand Georges Leekens avait besoin de moi dans le groupe pro, je prenais une demi-journée de congé. A la fin de cette saison-là, le club m'a proposé un contrat professionnel, mais j'aurais alors gagné moins qu'en combinant boulot et noyau B. Je suis alors parti à l'Olympic ". " Le hasard joue un rôle important dans le foot. Mais, quand on confirme, il y a d'autres explications. Si un attaquant marque dix buts sur une saison, ça peut être dû en partie au hasard. Par contre, la chance n'y est plus pour rien s'il en met 30, comme je l'ai fait en 1999-2000. De même, on ne peut plus parler de hasard pour un joueur qui reste pro pendant une quinzaine d'années. On ne se construit pas une carrière ou une réputation sur quelques coups de bol ". " Il faut l'être pour devenir buteur. Si on se met constamment en tête que ce sera plus chouette de faire marquer un coéquipier, on ne peut pas se transformer en goleador. C'est agréable de donner un assist, mais ça ne procure jamais que 50 % de la poussée d'adrénaline que l'on ressent quand on marque soi-même ". " J'étais le joker attitré de Jan Ceulemans à Westerlo. Je lui ai parlé plusieurs fois, je voulais savoir ce qu'il pensait exactement de moi. Chaque fois, il me disait de continuer à travailler, que mon tour finirait par venir et que je devrais alors saisir ma chance. J'ai eu l'impression de la saisir quand il me la donnait, mais ça ne changeait pas grand-chose à ma situation : je restais son troisième attaquant derrière David Paas et Tosin Dosunmu. Cet été, le manager du club m'a confié que rien n'allait changer la saison prochaine, que je redeviendrais le numéro 3 dès le premier match amical. Ce discours m'a un peu choqué et j'en ai tiré mes conclusions ". " Je n'oublierai jamais l'ambiance de Westerlo. Là-bas, c'était kermesse tous les 15 jours. Une ambiance simple, vraie. Globalement, je garderai un souvenir extraordinaire de mes deux passages là-bas. J'y étais le chouchou du public et le joueur de Westerlo le plus détesté lors des matches à l'extérieur. Exactement comme Dante avec Charleroi. Les Brogno, on les adore ou on les déteste. Ils ne laissent pas indifférent ". " Georges Leekens m'a fait découvrir la D1, la Coupe d'Europe et l'équipe nationale. Je ne pourrai jamais oublier ça. Je lui voue un respect énorme ". " Je suis conscient que certains m'attendent comme un Messie à Charleroi. On voudrait que je remplace mon frère, que je devienne le buteur attitré que le Sporting n'a plus jamais eu depuis son départ à la retraite. On m'attend au tournant. Mais je ne veux pas que les supporters se fassent d'illusions : ce n'est pas parce que Toni Brogno est arrivé que tout va aller subitement comme sur des roulettes. Cette année, le Messie de Charleroi devra être tout le groupe ". " Les dernières saisons du Sporting ont été très compliquées. Il est grand temps de stabiliser à nouveau le bateau. Westerlo y arrive avec de tout petits moyens. Pourquoi pas Charleroi ? Peut-être parce que la pression est 100 fois plus forte ici. A Westerlo, le seul objectif en début de saison, c'est le maintien. Ici, on vise directement plus haut et ça se passe mal. Ce serait une bonne chose pour ce club s'il pouvait être sûr de son maintien dès le mois de mars. Histoire de connaître une fois une fin de saison calme ". " C'est là que je me suis relancé après ma saison difficile au Sporting. La première année, nous avons été champions en D3. L'année suivante, nous n'avons pas su nous sauver en D2, sur des détails. Mais je suis parti pour Westerlo, qui montait en D1. Donc, j'aurais dû descendre mais je suis monté ". " Ma petite taille et mon poids plume sont un handicap dans certaines situations. Prenez Jan Koller : il peut marquer indifféremment de la tête ou des pieds. Moi, je n'ai que mes pieds. J'ai déjà scoré deux ou trois fois de la tête et je peux vous dire que, dans ces cas-là, je savoure. Je me souviens notamment d'un but du front qui nous avait valu la victoire contre l'Antwerp. Et c'était contre Bernt Evens, qui fait 1m89 : 20 cm de plus que moi ! " " Je sors de quatre saisons difficiles. La première à Sedan ne s'était pas trop mal passée, mais je m'étais blessé en fin de championnat. La deuxième là-bas fut catastrophique. Henri Stambouli, qui avait remplacé Alex Dupont, ne m'a jamais fait confiance. Il a transféré une ribambelle de nouveaux joueurs et nous nous retrouvions parfois à 40 à l'entraînement. Petit à petit, j'ai été écarté du groupe pro. Je n'avais plus de contacts avec les titulaires : dur à vivre. Après cela, il y a eu le retour à Westerlo : une saison moyenne qui s'est mieux terminée qu'elle n'avait commencé. Et ma deuxième année là-bas ne me laissera pas non plus un souvenir extraordinaire. Attendre, attendre, attendre, c'était devenu mon credo avec Ceulemans ". " Je ne suis pas revanchard dans l'âme. Je me suis d'ailleurs fait très peu d'ennemis depuis que je vis dans le monde du football. J'ai quitté tous mes clubs en bons termes. Mais j'ai quand même une revanche à prendre avec Charleroi : par rapport à moi et à ma première expérience ratée ici. Je n'ai pas réussi ce que je voulais réussir avec ce club, je ne me suis jamais mis la tête dans le sable ". " Jean Pol Spaute était venu me chercher à Marchienne pour me transférer au Sporting. C'était un risque. Un an plus tard, il m'a conseillé d'aller à l'Olympic parce que cela lui permettait de garder un oeil sur moi. C'est peut-être le plus grand monsieur de l'histoire du foot carolo ". " J'ai résidé à Sedan pendant deux ans parce que le club me l'avait plus ou moins imposé, mais je n'ai jamais voulu habiter dans la région de Westerlo. En décidant de vivre ici, je m'obligeais à rouler 250 km par jour, cinq fois par semaine. Et j'ai fait ça pendant quatre ans. Faites le compte. A la longue, ça devenait très lourd. Aujourd'hui, je suis au terrain d'entraînement en quelques minutes et je vais gagner quelques heures de repos par jour ". " Le jour où Pascal Urano quittera la présidence de Sedan, ce club pourra fermer boutique. Sedan, c'est Urano et personne d'autre. Depuis que je suis dans le foot, je n'ai jamais vu un homme aussi puissant. Il est entrepreneur en travaux publics et son club, c'est sa passion. Il a tout payé là-bas : la construction du nouveau stade, la rénovation du complexe d'entraînement, etc. Il est d'une honnêteté incroyable. Malgré nos excellentes relations, il n'a jamais voulu intervenir quand le coach m'a relégué dans le noyau B, mais je l'ai parfaitement compris : pour lui, chacun doit rester à sa place, ce n'est pas le président qui doit composer le noyau ou l'équipe ". " Mes relations avec Matthieu Verschuere sont de vraies relations d'amitié. Nous nous sommes rencontrés à Sedan et nous avons toujours gardé le contact. Lui aussi est revenu en Belgique après un retour raté dans ce club ". " Herman Wijnants, le manager de Westerlo, ne voulait pas, dans un premier temps, que je parte. Il m'appréciait trop. Mais il a finalement accepté de me rendre ma liberté parce qu'il ne supportait plus de me voir sur le banc. Nous avons travaillé cinq ans ensemble. Pour lui, l'événement le plus délicat de ces cinq années fut certainement le moment où il a signé mon document de sortie ". " Les oubliés de cette liste sont sans aucun doute mes parents et ma femme, qui ont fait des sacrifices incroyables pour que je puisse faire du football mon métier ". " Les Diables ont fait leur shopping en yens durant l'été 2002. Pour moi, ce fut beaucoup moins dur à vivre que l'EURO 2000. En 2002, j'étais éloigné de l'équipe nationale. Mais, même si j'en avais été tout proche, je ne me serais plus fait autant de mal et de soucis que deux ans plus tôt. J'avais entre-temps appris à devenir philosophe. Depuis l'EURO 2000, je me suis fait une raison : le plus important, c'est mon club. Je n'ai plus jamais été sélectionné depuis ce moment-là û sauf une fois en Aspirants û mais je n'en fais plus une affaire d'Etat. Si j'en ai été malade sur le coup, c'est surtout parce que je voulais offrir ce tournoi à tous mes proches qui m'avaient toujours soutenu ". " Je parais beaucoup plus calme que Dante, mais j'ai le sang aussi chaud que lui. Simplement, je me contrôle mieux. Je garde le plus souvent ma nervosité en moi. Notez que, plus d'une fois, je suis passé près de l'explosion dans des moments importants. Comme le jour où Robert Waseige m'a évincé de la sélection pour le Championnat d'Europe 2000. Mon père et mon frère ont réagi ; pas moi. Grâce à Danny Boffin û lui aussi exclu û, qui m'a supplié de ne pas m'exprimer à chaud. Il m'a fait comprendre que j'avais tout à perdre en pétant un plomb en public. S'il ne m'avait pas parlé comme ça, j'aurais sûrement explosé et je l'aurais regretté ". Pierre Danvoye" LES BROGNO, ON LES ADORE OU ON LES DÉTESTE. Ils ne laissent pas indifférent "