La première coupure de presse de Lei Clijsters (07/09/1988, Sport 90) donne à merveille le ton d'un retour sur sa carrière. L'article s'intitule Casanier. Une grande photo montre Lei Clijsters, l'air un peu méfiant sous ses boucles blond foncé, avec ses filles, Kim et Elke, encore très jeunes, et un chien au pelage blond foncé. La légende : " Après un match, je ne puis rentrer assez vite à la maison. "
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La première coupure de presse de Lei Clijsters (07/09/1988, Sport 90) donne à merveille le ton d'un retour sur sa carrière. L'article s'intitule Casanier. Une grande photo montre Lei Clijsters, l'air un peu méfiant sous ses boucles blond foncé, avec ses filles, Kim et Elke, encore très jeunes, et un chien au pelage blond foncé. La légende : " Après un match, je ne puis rentrer assez vite à la maison. " Dans sa fermette nichée en pleine nature, dans le Limbourg, il expliquait le comportement conséquent qui a toujours été le sien : " J'ai besoin de voir et de humer cet environnement pour me sentir bien. C'est le seul endroit au monde où je suis vraiment en paix. "Fils d'un facteur, troisième rejeton d'une famille de six enfants, il n'avait encore accroché qu'un trophée dans son living : la coupe du joueur le plus méritant, décernée par les supporters du FC Malines. Il disait : " C'est le sommet de ma carrière. Je ne puis imaginer qu'un Soulier d'Or me ferait davantage plaisir. "Il savait parfaitement relativiser le football : " Récemment, j'ai reçu une vidéo de la finale de la Coupe des Coupes contre l'Ajax. Je ne l'ai pas regardée. Cela ne m'intéresse pas. Voici comment j'appréhende les choses : à Malines, je travaille. A la maison, j'ai d'autres occupations. (...) On fait beaucoup de tintouin autour du foot mais la vie est bien plus que cela. "Lei ne dévoilait pas l'origine de ce sens accru du relativisme mais sa femme était enceinte de leur deuxième fille quand on a décelé une tumeur cancéreuse chez lui. Allait-il vivre jusqu'à la naissance ? Il y parvint. " Songer à l'avenir n'est pas dans ma nature ", commentera-il plus tard. " Surtout après l'enfer que j'ai traversé il y a quelques années. Je n'ai pas envie de reparler de cette tumeur mais quand un médecin vous explique que vous pourrez être heureux de vivre deux mois, le sol s'effondre sous vos pieds et plus tard, vous êtes stupéfait d'entendre un footballeur râler parce qu'un orteil tuméfié l'empêche de jouer. On retire quelque chose de chaque expérience. "Il raconta aussi ce qu'il a ressenti lors de son bref passage au Club Bruges en expliquant comment il avait compris qu'en se laissant marcher sur les pieds, on n'arrivait pas loin dans la vie : " Cette période a trempé mon caractère. Depuis, je classe les gens qui ne sont pas corrects avec moi alors que je suis plutôt sensible et sociable. Savez-vous que je ne possède aucun maillot de l'équipe nationale ? Je les offre toujours pour l'une ou l'autre £uvre caritative. Je trouve que cela a plus de sens que de les empiler dans une armoire. "L'image du père de famille sociable et chaleureux a pâli au fil de sa carrière. Car Lei Clijsters a camouflé sa nature pour se faire cynique face à la presse... Lei n'a franchi les frontières du Limbourg pour enfiler le maillot de Malines qu'une fois la trentaine passée. Plus jeune, il avait vécu un véritable fiasco au Club Bruges. Il avait repoussé une offre d' Albert DeMeester et de Gand parce qu'il avait déjà donné sa parole à Waterschei. D'aucuns estiment que si son palmarès n'a pas été plus consistant, c'est parce qu'il a perdu trop de temps en D2. Mais l'intéressé a toujours appréhendé les choses autrement : " Je m'attache facilement. Pourquoi changer de club quand je me sens bien quelque part ? (...) On me dit parfois que je me suis trop accroché à Tongres, en D2, que j'aurais pu gagner bien plus d'argent. C'est exact mais je suis pourtant heureux d'avoir vécu cette période. Le plaisir que j'y ai vécu ne se chiffre pas en argent. "Lei Clijsters a atteint l'apogée de sa carrière en équipe nationale et à Malines. Il a gagné le Soulier d'Or en 1988 et a remporté la C2 sous les ordres d' Aad de Mos. Il préférait évoluer dans l'entrejeu, comme il ne cessait de le répéter, mais c'est au poste de libero qu'il a atteint son meilleur niveau. Pier Janssen, qui a été son coéquipier à Waterschei, explique qu'il avait deux grandes qualités : sa précision dans les duels et l'art de s'infiltrer au bon moment dans l'entrejeu, de son poste de libero : " Il avait toujours recours à des dribbles courts. Ceux-ci lui avaient déjà permis de décider des matches de jeunes sous le maillot d'Opitter. " Durant la saison 1990-1991, Clijsters accorda à l'hebdomadaire flamand Knack une interview qui lui valut d'être banni. " Le groupe se relâche ", déclarait notamment Lei Clijsters. " L'entraîneur ne s'en rend pas toujours compte parce qu'il ne vit pas avec le groupe. " Et : " Dans l'entrejeu, Marc Emmers et Bruno Versavel sont capables de porter l'équipe. Malheureusement, ils ne disent ce qui ne va pas qu'en dehors du terrain. En cours de match, ils n'osent pas ouvrir la bouche. " Le libero a toujours été honnête, quitte à se faire du tort. Il n'était pas de ceux qui prétendent que les journalistes ont mal interprété leurs propos : " La plus grande satisfaction que je retire de ma carrière est de n'avoir jamais perdu le respect de ma personne. Quand on veut devenir entraîneur, plus tard, il est essentiel que les joueurs puissent vous faire confiance. "Il a toujours suivi une ligne de conduite claire : " Chaque entraîneur sait que les joueurs dominants font et défont l'ambiance. Il peut donner des directives mais par leur approche, ils peuvent les déformer. Les entraîneurs qui prétendent que tous les joueurs sont égaux me font rire. "Joueur, il avait eu des problèmes de santé. " Je souffrais de l'estomac. J'avais des pointes au flanc gauche ", expliqua Clijsters en 1991 dans le magazine Humo. " J'ai fait effectuer une prise de sang qui m'a alarmé. J'ai fait le tour des hôpitaux pendant deux mois. On m'a radiographié et scanné sous tous les angles, par tous les orifices possibles sans jamais parvenir à établir un diagnostic sûr. J'avais des crampes dans l'intestin grêle, qui était épaissi mais on en ignorait la cause. Certains médecins prétendaient que c'était un effet du stress mais c'est de la foutaise. J'ai toujours été d'un naturel décontracté et en plus, le mal avait débuté pendant les vacances. " S'il a connu le succès avec le Malines de John Cordier, Clijsters a souffert sous l'ère Willy Van den Wijngaert : il a été renvoyé à 44 ans et remplacé par Valère Billen. Lei a vécu ses plus beaux moments d'entraîneur à Gand. L'état des finances du club l'avait contraint à former une équipe avec des jeunes. Après son engagement, la moyenne d'âge est brusquement passée de 30 à 24 ans. Son côté sombre émergea. Un pessimiste, un râleur, disait-on. Lei rétorquait : " Je ne suis pas pessimiste mais réaliste : je ne me laisse jamais influencer par les moments d'euphorie et je ne suis jamais non plus au fond du trou. On me reproche depuis longtemps de trop me plaindre. Cela remonte à l'époque où j'étais capitaine de Malines et où je devais tout demander, non pour moi, mais pour le groupe. Quand je m'adressais à la direction, celle-ci pensait : -Et voilà, Clijsters vient encore nous ennuyer. " Etrangement, le club évoque sa santé pour justifier son renvoi. " En 21 jours, il a passé son temps à la maison, à l'exception de trois matches et de quelques séances d'entraînement ", expliqua le président Jean Van Milders. " Nous n'avons pas besoin d'un coach mécontent mais d'un homme qui encourage son groupe. Je ne suis pas médecin et ne veux pas non plus attaquer Lei mais son état de santé est mauvais depuis des semaines. Il n'a plus d'aura. Nous sommes humains et nous lui disons qu'il vaut mieux qu'il se soigne. " Entraîneur, Clijsters n'a jamais atteint le niveau qui était le sien comme footballeur. Lei s'est consacré à la carrière tennistique de ses filles Kim et Elke. " Je n'ai jamais aimé le tennis ", commenta-t-il un jour. " Cependant, nul dans mon entourage n'excellait dans ce sport. Si je peux choisir entre le tennis et le football, j'opte résolument pour ce dernier. "Ses interviewes se firent plus rares et il protégea Kim, jusqu'à exaspérer les journalistes. " Je ne joue évidemment pas le beau rôle à l'égard du monde extérieur. Je suis le mauvais ", lâcha-t-il en 2001. " Mais cela ne me dérange pas. Tant qu'on me harcèle et qu'on laisse Kim en paix, elle peut se concentrer sur son sport. "Au terme de la carrière de Kim, Lei renoua avec le métier d'entraîneur au SK Tongres mais il y fit long feu. Valère Billen lui succéda. " Je veux éprouver du plaisir et avoir assez de temps. Dès qu'on revient dans le milieu du ballon rond, cela n'arrête plus. J'ai besoin de temps pour ma famille et mes hobbies. Ils sont plus importants à mes yeux. Kim me prend beaucoup de temps. Ne considérez donc pas ceci comme un vrai retour au football. Je ne le veux pas et je n'en ai pas non plus besoin. "Il y a un peu plus d'un an, on a appris que Lei était gravement malade. Il y a une dizaine d'années, son ex-femme, Els, la mère de Kim et d'Elke, avait également souffert d'un cancer. Ils ont divorcé en 2005, après 23 ans de mariage. Els avait triomphé du mal grâce à une transplantation du foie. Lei a effectué une de ses dernières interventions publiques sur son blog. Le 27 décembre 2007, il a écrit : " 2007 tire lentement ses rideaux. 2008 approche à grands pas. Le moment de regarder dans une boule de verre et de philosopher sur ce que l'année nous apportera est venu. (...) Kim met au monde une fille qui, quelques mois plus tard, frappera sa première balle devant toute la presse. Son premier mot sera alors : - Caca. J'étais là. " Le grand-père n'aura malheureusement pas eu assez de temps. Il a cependant survécu assez longtemps pour voir sa petite-fille Jada. par raoul de groote